AU FIL DES HOMELIES

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LA MAIN DU PÈRE

Dn 3, 13-20+46-52+91-92+95 ; Jn 10, 17-39

Jeudi de la cinquième semaine de carême – A

(1er avril 1993)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

'était la fête de la Dédicace !" Dans l'évangile de saint Jean, les moindres notations concer­nant l'espace ou le calendrier ont toujours une importance théologique extrêmement précise. Ici la fête de la Dédicace fait allusion au fait que cent cin­quante environ auparavant le Temple avait fait l'objet d'une solennité spéciale parce qu'il avait été profané par un culte païen d'origine grecque, hellénistique. Celui qui l'avait profané ayant été vaincu à la guerre, le Temple avait pu être restitué à sa destinée première. Dans la tradition juive, cette fête de la dédicace signi­fiait l'inaliénabilité de ce lieu comme lieu consacré au Dieu d'Israël. Par conséquent la fête de la dédicace était la célébration du fait que le lieu du Temple était consacré à Dieu, était le lieu de l'appartenance non seulement des murs mais sur peuple qui venait pour y célébrer toutes les fêtes, les grandes époques qui mar­quaient le calendrier de la liturgie juive.

C'est ce moment que Jésus choisit pour annoncer que désormais ceux que le Père lui a confiés sont dans sa main et que personne ne peut les arracher à sa main. C'est le même mystère. Transposez. Là où le Temple, l'édifice cultuel de pierres signifiait la consécration d'Israël comme peuple dans son activité cultuelle au Dieu d'Israël, ici le Christ transpose immédiatement sur Lui ces catégories en disant : "Je suis la main du Père". Le nouveau Temple c'est la main du Père, c'est le Christ. "Personne ne peut arracher de ma main ceux qui me sont consacrés." C'est-à-dire ceux qui deviennent mes disciples ne peuvent pas être aliénés à un autre pouvoir, à une autre puissance ils me sont consacrés, ils sont consacrés au Père.

Sur ce thème de la main, il y a deux choses. "Nul ne peut les arracher de ma main" et "nul ne peut les arracher à la main du Père" à deux versets de suite. Là encore, dans l'évangile de Jean c'est une chose assez suggestive, la main du Père ou la main du Christ c'est le mystère de l'Esprit. C'est parce que nous appartenons à la main du Christ que nous som­mes remplis de l'Esprit Saint, que nous habitons dans l'Esprit, comme nous le disons dans toutes les prières, nous nous adressons au Père, par le Fils, dans l'Esprit. La main c'est-à-dire ce qui saisit, ce qui étreint, ce qui porte, ce qui embrasse, la main c'est précisément l'Es­prit. Main du Père ou main du Fils, c'est-à-dire ce par quoi nous sommes venus dans l'amitié divine.

Vous comprenez pourquoi cette page de l'évangile était une page très importante de la caté­chèse des futurs baptisés car elle leur disait qu'à partir du moment où ils étaient entrés dans ce mystère de la reconnaissance du Christ, ils étaient littéralement dans sa main, c'est-à-dire ils devenaient un peuple consa­cré. D'une certaine manière, ce thème de la main du Père ou de la main du Christ c'est une méditation sur l'appartenance des catéchumènes à l'Église. Et à plus forte raison sur l'appartenance des baptisés à l'Église. C'est l'Église qui est dans le monde la propriété ina­liénable de Dieu. Et c'est là-dessus que se fonde la liberté même du croyant.

Chez saint Jean, ce thème de la liberté qui re­vient plusieurs fois dans son évangile n'est pas sim­plement le fait de pouvoir réaliser ses désirs, le fait d'agir à sa guise. Mais la liberté, chez saint Jean, est fondée sur la certitude de l'appartenance, comme d'ailleurs nous le savons la liberté est toujours plus grande dans le cadre d'un amour solide et fort que dans le cadre, au contraire, d'une sorte de sécurité que l'on rechercherait uniquement à partir de soi-même. C'est cela que l'on annonçait à ce moment-là aux catéchumènes. Lorsqu'ils avançaient vers Pâques, ils étaient dans la main de Dieu, non pas pour être pris, pour être enserrés, mais pour trouver leur véritable liberté parce qu'ils savaient déjà à qui ils appartenaient.

Et nous retrouvons ainsi ce mystère des trois enfants dans la fournaise qui sont apparemment jetés dans le feu et les flammes du pouvoir de Nabuchodo­nosor mais qui en réalité sont enveloppés par la rosée et la brise de l'Esprit qui est la main de Dieu et qui leur donne la véritable liberté que le tyran lui-même constate du haut de la fournaise en disant : ce n'est pas croyable, je les ai mis dans le feu et ils se baladent en liberté. Et bien c'est cela notre vie. Nous vivons dans le monde, mais entre le monde conçu par saint Jean comme ce qui empêche l'homme de vivre sa pleine liberté et nous, il y a comme cette fine brise légère de la main de Dieu, de l'Esprit de Dieu, de la liberté qui nous est donnée pour que nous puissions véritable­ment en vivre dans l'appartenance totale à Dieu.

AMEN

 

 

 
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