AU FIL DES HOMELIES

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LE DON DE SA VIE

Dn 3, 13-20+46-52+91-92+95 ; Jn 10, 17-39

Jeudi de la cinquième semaine de Carême – B

(13 avril 2000)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

P

etites brebis dans le feu de Nabuchodonosor, les trois enfants dans la fournaise qui donnent leur vie, comme plus tard les Macchabées donneront leur vie, tous ceux qui ont risqué leur vie, ceux qui ont donné leur vie pour une cause qui était quelquefois même gagnée d'avance, ou pour une cause qui est perdue d'avance, quand on donne sa vie, on ne compte pas, ceux qui ont donné leur vie pour sauver une autre vie, ceux qui ont donné leur vie pour leur patrie. Quand on donne ... on ne compte pas.

Quelle est la différence entre tous ces martyrs, ces gens qui sont allés jusqu'au bout, et la façon très particulière que Jésus a de présenter le don qu'Il fait de sa propre vie ? A mon sens, il y a deux grandes différences. La première, c'est que Jésus dit : "Ma vie nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne, c'est moi qui ait le pouvoir de la donner et de la reprendre". Il s'avance volontaire vers sa Passion, il s'avance libre, comme jamais personne n'a été aussi libre, il s'avance comme si la machine avait été mise en mouvement, et qui pourrait l'arrêter, qui pourrait arrêter une flèche quand l'arc a fait son ouvrage ? Il s'avance, formida­ble au milieu de chaos, et derrière, l'Église vient à pied sec. Jésus le nouveau Moïse a franchi les eaux de la Passion, et derrière, Marie suit à pied sec. Pourquoi ce don de sa vie est-il si différent ? Parce que per­sonne n'a jamais disposé de sa vie comme Celui-là en a disposé. Les Pères l'appellent l'auteur de la Vie, Il possède la Vie en plénitude, alors Il en dispose en plénitude, et à ce moment-là, le don qu'Il fait de sa vie est un don en plénitude, car si personne ne disposait de sa vie, c'est que personne n'a jamais donné sa vie autant que Lui. Parce qu'Il est la plénitude de la Vie, Il en dispose pleinement, Il est libre d'en faire ce qu'Il veut, Il s'avance formidable au milieu du chaos.

La deuxième différence, c'est cette relation qu'on peut qualifier d'intime qu'Il a avec son Père : "Le Père m'aime parce que je donne ma vie". On a qualifié la doctrine, mais le mot est encore trop faible, on devrait la qualifier d'hypostatique, mais les gens de la rue ne comprendraient pas, alors il faut rester dans le secret de cette relation, qu'aucune relation humaine ne peut traduire de façon adéquate. "Le Père m'aime parce que je donne ma vie". Ils donnent leur vie tous les deux, il se sont donnés l'un à l'autre, ils se sont offerts l'un à l'autre, ils n'ont rien gardé l'un pour l'au­tre, et à travers le don volontaire du Fils, on voit comme un signe caché, mystérieux, le don volontaire du Père. Si le Christ n'était qu'un homme, ce n'aurait été qu'un homme de plus donnant sa vie pour une cause, il aurait laissé le christianisme, si le Christ n'était qu'un homme, uniquement comme une tension, un but à atteindre, quelque chose qui nous pousserait vers une fin. Mais le Christ est Dieu, Il a offert sa vie comme homme, Il a offert sa vie comme Dieu. On comprend alors que le christianisme n'est plus une sorte de trajectoire vers un but, mais qu'il est davan­tage mouvement, nous avons à aller vers Dieu non pas comme vers un but, mais à nous couler dans un mou­vement, à rentrer dans le mouvement qui est celui du Père et du Fils.

Quelles sont les deux grandes différences qui vont nous apprendre comment concrètement donner notre vie ? On pourrait dire deux choses : la première c'est que quand on donne sa vie on donne un vivant, si notre spiritualité, si notre façon de traiter avec Dieu fait de nous des demi-morts, ce n'est plus le don d'un vivant, mais le don d'un cadavre. Nous offrons une vie, comme le Christ, qui n'est pas un demi-vivant quand Il prononce ses paroles, mais qui est un grand vivant.

Et la deuxième chose, c'est que donner notre vie c'est se couler dans un mouvement, c'est s'impli­quer dans ce mouvement d'une façon très particulière. Notre vie chrétienne ne sera jamais assez trinitaire, nous ne serons jamais assez cette respiration très par­ticulière entre le Père et son Fils. Donnons notre vie comme Lui s'est donné comme vivant, et dans ce mouvement sans fin de l'Amour.

 

 

AMEN

 

 
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