AU FIL DES HOMELIES

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UNE GRANDEUR QUI VIENT DU DON

Dn 3, 13-20+46-52+91-92+95 ; Jn 10, 17-39

Jeudi de la cinquième semaine de carême – C

(5 avril 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

S

'il y a une chose qui est sûre, une chose qui est très certaine, c'est que l'évangile est du côté de la grandeur. L'évangile n'est jamais du côté du rétrécissement, d'une certaine façon de se racornir, d'une façon de se diminuer, d'une certaine façon de rechercher les humiliations pour elles-mêmes. L'évangile ne nous pousse jamais, même si la porte est étroite à imiter la souris qui va se contorsionner pour entrer dans son petit trou et disparaître. Tous les évangiles nous placent du côté de la grandeur. Si l'évangile nous délivre de l'orgueil, si l'évangile va chasser au fond de nos cœurs les racines de l'orgueil, je crois que l'évangile démasque aussi sûrement les racines d'une certaine fausse humilité. Il y a certains jours où je préférerais me trouver orgueilleux plutôt que faux humble, parce que l'orgueilleux il a encore au moins le désir d'avancer, il a encore au moins le mérite de se comparer, il a encore au moins le désir de grandir, tandis que celui qui est atteint par la fausse humilité, il est persuadé qu'il a déjà trouvé le but en atteignant ce point zéro dans lequel il se complaît, il est persuadé qu'il a trouvé quelque chose mais il n'a jamais trouvé que lui-même. Il est atteint de ce rétré­cissement, de ce racornissement qui va lui faire trou­ver précisément le point où il ne va pas rencontrer Dieu, mais où il va se rencontrer lui-même, dans une image amoindrie de lui-même.

L'évangile est du côté de la grandeur. Il n'est qu'à écouter cet évangile d'aujourd'hui, cet évangile de saint Jean où l'immense, où l'infini, où le large, bat entre chaque ligne de ce que nous venons d'entendre. La Christ affirme sa dignité de Fils de Dieu, Il affirme sa grandeur, Il nous entraîne dans cette grandeur, Il nous entraîne en faisant battre le cœur immense de Dieu : "Ma vie nul ne la prend, mais c'est Moi qui la donne". Il la donne comme un homme, Il la reprend comme un Dieu, Il la donne comme un Dieu, et Il la reprend comme un Dieu. Il fait qu'à travers ce don de Lui-même, Il nous entraîne aussi à cette grandeur du don.

Quelle est la grandeur de l'évangile ? Si cette grandeur nous délivre des humiliations ce n'est certes pas par la révolte, mais elle nous fait toucher notre grandeur, notre être qui est grand. Jésus affirme sa dignité de Fils de Dieu et il nous pousse aussi à sa suite. L'évangile ne sera jamais la consolation d'une humanité pleurnicharde. D'où vient cette méprise ? Pourquoi prend-on si souvent l'évangile comme quel­que chose qui nous rétrécit, alors qu'au contraire, l'évangile manifeste notre véritable taille. D'où vient cette grandeur ? Elle vient du don. Cette grandeur de l'évangile n'est pas une grandeur de tapage, bruyante, elle n'est pas la grandeur d'un Napoléon qui l'a ac­quise sur les champs de bataille. La grandeur de l'évangile c'est une grandeur silencieuse, une grandeur de partage, immense, mais sans tapage.

Accueillons ces lignes où le Christ est comme poussé dans ses derniers retranchements : "Vas-tu nous dire si tu es le plus grand ou le plus petit ?" Et le Christ affirme sa grandeur pour nous entraîner à sa suite, et l'évangile ne sera jamais une consolation à bon marché, mais l'évangile révélera notre véritable taille et il sera en même temps ce don immense pour nos vies.

 

 

AMEN

 

 
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