AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST SOLITAIRE FACE AU PÈRE

Dn 3, 13-20+46-52+91-92+95 ; Jn 10, 17-39

Jeudi de la cinquième semaine de carême – C

(1er avril 2004)

Homélie du Frère Yves Habert

 

L

es textes de la liturgie, particulièrement l'évangile, nous invitent à suivre Jésus dans sa Passion et en écoutant ces textes, il me semble que Jésus apparaît vraiment bien seul devant sa Pas­sion, il apparaît extrêmement solitaire.

Il y a des exemples dans l'Ancien Testament, de persécutions de solitaires, nous lisons en ce mo­ment aux Vêpres, Jérémie dans sa fosse, nous avons lu le texte du combat de Jacob, il y a aussi les textes de Job. D'autres textes insistent au contraire dans l'Ancien Testament, sur une participation commune à un même don de sa vie, comme le texte de Daniel, avec Shadrak, Meshak et Abed Nego qui n'iront pas jusqu'au don de leur vie puisque pour l'instant, le roi Nabuchodonosor reconnaît la pertinence et le secours apporté par Dieu. Il y a les Maccabées, et plus globa­lement aussi tout le peuple qui apparaît persécuté.

Mais là, Jésus s'avance vraiment vers sa Pas­sion dans une grande solitude. Les apôtres vont l'abandonner et il est quand même remarquable de constater que pour le fondateur d'une communauté, d'un premier groupement des apôtres, des hommes, des femmes, des disciples, il y ait été le seul à monter sur la croix et que les autres aient vraiment tous échappé. Il faut tenir compte de ce fait qui est pré­senté par tous les évangélistes au moment de la Pas­sion, que Jésus meurt seul sur la croix. Certes, il y a les larrons, il va en canoniser un, mais on aurait pu s'attendre à ce que d'autre membres de ce groupement, qu'Il avait formé, montent aussi avec lui sur le Gol­gotha. Non, Il est tout seul.

Dans l'histoire de la spiritualité, dans l'histoire de notre Église, cela a induit aussi toute une sorte de comportement, comme Jésus meurt sur la croix, comme Jésus donne sa vie seul, à ce moment-là, il faut donner notre vie seul, et le véritable don de sa vie est un don solitaire, et il faut imiter le Christ (l'Imita­tion de Jésus-Christ), et pas l'imitation de Jésus-Christ et des apôtres, mais il y a une telle personnalisation du don que Jésus fait de sa vie, que beaucoup se sont engagés dans une imitation du Christ seul. Y compris Pascal, tout le monde présente le Christ vraiment seul à la Passion, et la réponse chrétienne serait l'imitation de ce Jésus face à Dieu, seul.

Il faut peut-être dépasser cela, car si Jésus a donné sa vie seul, parce qu'Il entretient un rapport très particulier avec son Père, et il faut peut-être arrêter d'envisager la Passion de cet homme seul seulement dans son aspect négatif, abandonné des autres, aban­donné des siens, c'est une forme de passion de vivre seul la Passion, abandonner cet aspect. Certes, pas sa solitude, Il nous sauve de toutes nos solitudes, comme par sa soif, Il nous a sauvés de toutes les soifs, comme par sa fatigue, Il nous a sauvés de toutes nos fatigues, certes, sa solitude assume cette part irréductible en chacun d'entre nous d'une certaine manière de s'adres­ser à Dieu seul à seul, une certaine manière surtout de mourir seul, même si on est entouré.

Mais je crois qu'il faut envisager cela d'une manière positive, dans le sens où cette solitude de Jésus à la Passion induit le rapport très particulier que Jésus a avec son Père. Si Jésus est seul à la Passion, c'est qu'Il est le Fils unique, et aussi, si Jésus est seul à la Passion, c'est qu'Il est le sauveur, Il est le seul, Lui, qui est capable de nous donner le salut. A ce moment-là, on comprend que cette solitude n'est pas simple­ment le poids d'une nouvelle couronne d'épines, un nouveau clou, une nouvelle charge contre Lui de mourir seul, mais une certaine manière de présenter de façon très positive la relation qu'Il a avec son Père. D'ailleurs, plus Il s'engage seul dans sa Passion, plus Il s'achemine vers l'issue finale, plus Il parle de son Père, et de l'Esprit Saint. Plus il s'avance seul vers sa Passion, plus Il livre les secrets de son cœur. Le fait que les apôtres s'éloignent à un certain moment, cela permet aussi une sorte de révélation très particulière du mystère de Dieu qui est communion.

Vous savez comment cette solitude n'est pas le dernier mot de l'évangile de saint Jean, ainsi au chapitre dix-septième, quand Jésus dit : "Le Père et moi nous sommes un, afin que vous aussi vous soyez un en nous". Il nous introduit vers un Dieu commu­nion, tout en s'avançant seul, pour que nous partici­pions à cette communion, car le dernier mot de la révélation chrétienne n'est pas la solitude, n'est pas un rapport d'un homme seul ou d'une femme seule face à un Dieu solitaire, mais le dernier mot de la foi chré­tienne est la présentation d'une humanité communion face à un Dieu qui est communion.

 

 

AMEN

 

 
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