AU FIL DES HOMELIES

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UN FEU PROTECTEUR

Dn 3, 13-20+46-52+91-92+95 ; Jn 10, 17-39

Jeudi de la cinquième semaine de carême – A

(14 avril 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

La fournaise (Fonts baptismaux-Dendermonde)

F

rères et sœurs, ce récit des trois enfants dans la fournaise a quelque chose d’extrêmement spectaculaire. Il a frappé les imaginations depuis les premiers siècles de l’ère chrétienne. Il y a dans une catacombe, une petite fresque où l’on voit les trois enfants avec des bonnets phrygiens, symbole de l’Orient pour les romains, ils sont environnés de flammes. Ils sont d’une teinture un peu ocre et rouge, et c’est du plus bel effet. C’est donc très tôt dans la liturgie chrétienne qu’on a reconnu dans cette histoire, le symbole d’une véritable aventure spirituelle.

En fait, si l’on y regarde d’un peu plus près, il y a un antécédent dans la tradition de l’Ancien Testament, et c’est le Buisson Ardent. La première fois que Moïse voit la présence de Dieu, au désert, il voit quelque chose qui l’intrigue, un buisson envahi par les flammes et il ne se consume pas. Ici, nous voyons un peu la même chose, un feu qui normalement devrait brûler les trois enfants puisque cette fournaise dont on ne sait pas très bien à quoi elle pouvait servir. On y jette les trois enfants en punition de leur attitude et on obtient exactement le même résultat que pour le Buisson Ardent, les enfants ne sont pas consumés par le feu. L’Ange du Seigneur qui parlait à Moïse du milieu du Buisson ici vient au milieu de cette fournaise et il fait comme une sorte de brise de fraîcheur, de douceur, qui permet aux enfants non seulement de se promener à l’aise dans la fournaise de feu, mais également de chanter le célèbre cantique des trois enfants, qui est un des sommets de la louange de l’Ancien Testament.

On voit bien que ce récit veut nous évoquer deux choses. D’une part, c’est vrai que dans la tête du roi Nabuchodonosor qui veut être honoré, qui veut recevoir les honneurs divins, ce qui est le comble de la profanation pour un juif, la fournaise, la feu est une punition, c’est un châtiment. Si on est jeté dans la fournaise, on est puni par le roi. Dieu est capable de transformer ce châtiment dans le symbole même de sa présence et de sa protection. Lorsque les trois enfants sont dans la fournaise, ils sont littéralement intouchables. On ne peut pas les atteindre, et le feu qui normalement aurait dû les détruire, maintenant devient le feu protecteur. Quand les Chaldéens en haut de la fournaise jettent un regard vers le bas, ils sont brûlés eux aussi par la flamme qui monte de plusieurs coudées.

C’est tout le problème de la condition de l’homme qui est évoqué dans cette histoire de Daniel. C’est vrai que la plupart du temps, nous avons l’impression que notre vie est comme une fournaise, nous sommes dans la fournaise. Il y a ce qui est autour de nous qui risque à tout instant de nous brûler, de nous dévorer, les soucis, les grandes catastrophes, les grands malheurs, etc… En fait, nous vivons tous dans une fournaise à différents degrés, mais ce monde ressemble quand même étonnamment à une fournaise. On peut croire à ce moment-là que la vie chrétienne, être jeté dans cette fournaise, c’est être immédiatement brûlé, consumé, perdu et détruit par le feu. Et cependant, on s’aperçoit que ça tient et que loin d’être brûlé, cette fournaise à certains moments peut prendre l’aspecte de la brise légère, de la protection, de l’enveloppe divine de la présence de Dieu et à ce moment-là, nous faire découvrir une autre dimension de la vie.

Je pense que lorsqu’on lisait ce texte aux catéchumènes, c’est une des raisons pour lesquelles on les invitaient à méditer sur ce mystère des trois enfants dans la fournaise. C’est vrai que quand ils faisaient toutes leurs démarches baptismales, renoncement au mal, renoncement u péché, conversion, etc … c’était envisager leur vie comme menacée par le feu de la passion, le feu des événements, le feu des malheurs du monde, et en même temps, on leur disait qu’au cœur même de ce feu, au cœur même de ces moments de leur itinéraire baptismal et de leur vie après, il y avait une sorte d’autre manière de considérer ce feu, comme quelque chose qui les invitait à constater la présence divine qui les protège, les fait grandir dans la foi et qui les amène à la reconnaissance de la louange.

C’est encore le pain quotidien de notre existence. Nous sommes toujours dans le feu fournaise ou dans le feu de la présence de Dieu, c’est à nous de voir et de transformer notre regard pour effectivement pouvoir avancer même à travers les circonstances souvent très difficiles.

 

AMEN

 

 

 

 

 
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