AU FIL DES HOMELIES

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CONFRONTÉS AU POUVOIR DU MAL

Dn 3, 13-20+46-52+91-92+95 ; Jn 10, 17-39

Jeudi de la cinquième semaine de Carême – B

(29 mars 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

La fournaise (Dendermonde)

N

ul ne peut rien arracher de la main du Père". Frères et sœurs, tout à l'heure, j'évoquais la fosse aux lions et Daniel, qui sont un peu en parallèle avec le texte des trois compagnons dans lequel peut-être il y a Daniel, on ne sait pas puisqu'ils ont changé de nom, et qui est la fournaise de feu. Dans tous les cas, la visée est la même. A cette époque-là, mais aujourd'hui encore, il y a des moments ou des situations dans lesquelles on vit la même chose, c'est la démultiplication du pouvoir du mal. Le roi Nabuchodonosor et ses conseillers sont certes des chenapans et des guerriers qui n'ont qu'une idée, qui est d'étendre leurs pouvoirs et de se faire respecter, mais ce que veut nous montrer le texte biblique, c'est que dès qu'ils s'y mettent, ils sont capables de déployer et de démultiplier leurs initiatives mauvaises à travers des moyens techniques qui sont la fournaise de feu, la fosse aux lions, etc … Ce qui choquait déjà les hommes à cette époque, c'était l'idée qu'il y a une disproportion entre le mal tel qu'il germe dans le cœur de l'homme et que tout à coup ce mal peut comme s'embraser, et atteindre des proportions qu'on n'imagine pas.

Le texte est très actuel, remplacez Nabuchodonosor par des personnages tristement célèbres qui ont émaillé le XXème siècle et vous aurez la même problématique, de quelqu'un qui est capable d'avoir des projets de mal, et par la puissance extraordinaire technique qu'il se donne, et c'est la fosse aux lions et la fournaise de feu, qui donnent tout à coup au mal une sorte d'ampleur et de disproportion absolument délirantes. A-t-on besoin de faire le mal à cette échelle-là ? De ce point de vue-là, nous n'avons guère évolué ! On pense être plus civilisé, on parle de frappes chirurgicales, mais généralement cette chirurgie-là ressemble beaucoup plus à de la charcuterie qu'on ne le pense. Ce qui choque les auteurs bibliques, Daniel en tête, c'est cette démultiplication du pouvoir du mal.

Il est intéressant de lire en contrepoint du texte sur la fournaise ou de Daniel dans la fosse aux lions, avec l'affirmation du Christ : "Nul ne peut rien arracher de la main du Père". C'est une affirmation encore pus paradoxale parce que ce que Jésus vivra c'est la fournaise de feu et la fosse aux lions. Le récit de la Passion est bien un récit de la fosse aux lions. Ce que Jésus dit au milieu de gens qui lui sont plus ou moins hostiles déjà, c'est qu'ils peuvent démultiplier la puissance du mal, mais nul ne peut rien arracher de la main du Père.

C'est sans doute un des aspects que dès le début des premières communautés chrétiennes ont réalisé de la façon la plus concrète et la plus réaliste possible. Les martyrs, c'est cela même : nul ne peut nous arracher à la main du Père. Les premières communautés chrétiennes menacées entourées de gens qui les calomnient, disant par exemple qu'ils font des festins dans lesquels ils mangent de la chair humaine, le christianisme est sorti d'une fosse aux lions. C'est le mystère ; d'une part c'est un avertissement pour nous dire que si nous sommes chrétiens pour nous réfugier dans une sorte de paradis club méditerranéen à deux étoiles, on se trompe. Mais si on est chrétien parce qu'on sait que de toute façon d'une manière ou d'une autre on sera confronté à la force du mal, là on se rapproche de la vérité.

Le mystère de la Passion c'est bien : nul ne peut arracher à la main du Père. Quand le Fils monte vers la croix, personne ne peut l'arracher à la main du Père. Il est entouré de la meute rugissante, comme on le chantera au moment des Ténèbres dans le psaume 21 avec la bande des taureaux et des lions qui rugissent autour de lui. Personne ne pourra l'arracher à la main du Père jusqu'au moment de sa mort sur la croix quand il remet son âme entre les mains du Père.

 

 

Cela ne paraît faire partie tout à fait de la vie quotidienne, on espère toujours échapper à la fosse aux lions, on le voudrait bien, mais encore aujourd'hui il y a des chrétiens qui vivent ce mystère de la fosse aux lions. C'est une authentique marque chrétienne on ne peut pas le nier. Ce qu'il faut demander, c'est à la fois : "Ne nous soumets pas à la tentation", et en même temps, il faut demander cette confiance absolue que nul ne peut rien arracher de la main du Père.

 

 

 

AMEN

 

 

 

 

 
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