AU FIL DES HOMELIES

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DEUX REGARDS

Dn 13, 1-9+15-60 ; Jn 8, 2-11

(30 mars 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Dendermonde : Femme adultère 

F

rères et soeurs, le rapport entre ces deux textes est bien connu. Par certains côtés, il saute aux yeux, d'une part, une femme innocente accusée par des pseudo justes qui échappe de justesse à la mort à cause du sens prophétique du prophète Daniel, de l'autre, une femme pécheresse, vraiment pécheresse, surprise en flagrant délit par des gens qui sont des juges, qui eux se croient innocents, et qui est pardonnée, non condamnée par Jésus. 

       Cela montre d'une part la situation de chacun vis-à-vis de la Loi, l'une étant parfaite justice et condamnée, l'autre en désaccord et en désobéissance et elle est pardonnée, et d'autre part, cela montre des réactions assez différentes vis-à-vis du péché. Les uns, les vieillards du récit de Daniel qui camouflent leur propre convoitise et leur propre péché sous des dehors d'anciens du peuple et qui peuvent faire condamner la femme en utilisant leur déception comme une prise de pouvoir sur cette pauvre femme Suzanne. Les autres, apparemment plus corrects, en réalité refoulent aussi un certain ressentiment, une sorte de jalousie vis-à-vis de la femme adultère. D'une certaine manière, ils lui reprochent d'avoir pris du plaisir avec un autre homme, alors qu'eux-mêmes, à cause de la Loi restent le plus stricts possible sur le sujet. D'une manière comme d'une autre, on sent que les deux situations sont extrêmement délicates. D'une part, on peut tomber sous le coup de la violence et du péché réprimé, déguisé et travesti par l'hypocrisie en vengeance, c'est le cas des deux vieillards, dans l'autre cas, c'est aussi le péché des hommes qui engendre leur dureté de cœur et les transforme en justiciers. 

       Si l'on juxtapose les deux cas, à part l'intervention divine du prophète Daniel et de Jésus, on a l'impression que le pouvoir du mal est partout et que le pervers dans les deux cas, c'est que l'on se revête de justice ou que l'on cache ses péchés, on arrive toujours au même résultat, c'est la mort. 

       Cela nous amène à reconsidérer effectivement le problème qui est sous-jacent à tout cela, c'est le rapport de tout homme à Dieu. Ce que veulent dire les deux récits, c'est qu'il y a une relation secrète entre chaque homme, si pécheur soit-il, et Dieu, et que cette relation secrète même au nom de la Loi de Moïse, même au nom des prescriptions les plus universelles, nous les humains, nous ne pouvons pas y toucher. Il n'y a que Dieu qui a un regard juste sur la question. 

       Ce n'est pas que Dieu soit laxiste avec la femme adultère. Ce n'est pas que finalement, Dieu dise : oh ! elle a commis ce péché, mais après tout, il y en a dans le monde, et finalement, dans la masse des péchés, je vais la pardonner. C'est le fait que dans un cas, celui de l'innocente Suzanne, et dans l'autre cas celui de la pécheresse surprise, c'est la détresse de l'homme face au pouvoir du mal. C'est à ce moment-là que chacun d'entre nous, face au mal, soit celui qui nous agresse, soit celui qui nous dévore de l'intérieur, à un moment ou l'autre, nous sommes amenés à reconsidérer ce regard secret de Dieu sur notre vie la plus cachée et la plus profonde. Et là, Dieu voit une réalité que nous ne voyons pas habituellement avec nos yeux humains : c'est la détresse de l'homme, qu'il soit innocent ou qu'il soit pécheur, et cette détresse Dieu est le seul à être capable d'y faire face. 

       Le vrai ressort de la miséricorde de Dieu, ce n'est pas qu'il brise les tabous, Jésus les a bien brisés en disant aux gens : regardez vous-mêmes, vous n'êtes si nets que cela. Daniel aussi a brisé les tabous, puisqu'il a dit : ces deux vieux personnages qui se donnent comme les modèles et les chefs de la communauté, sont en réalité des crapules ! Mais ce n'est pas simplement le fait de briser les tabous. C'est le fait que dans un comme dans l'autre cas, ces deux femmes ont reconnu plus ou moins explicitement qu'il n'y avait que Dieu qui pouvait regarder le plus profond de leur cœur. De ce point ce point de vue-là, on peut dire que le comportement de la femme adultère a quelque chose aussi de très beau et de très noble. Au moment où elle est traînée devant Jésus, je ne sais pas ce qu'elle a pensé, mais elle a peut-être pensé au fur et à mesure que Jésus écrivait sur le sable, qu'il y avait quelqu'un qui la regardait autrement. Pour Suzanne, c'est clair, elle le dit dès le début : "Mieux vaut tomber entre vos mains et mourir innocente". Elle sait que Dieu a un regard sur le fond de son cœur  et que là, normalement, c'est inattaquable. La femme adultère en sait sans doute beaucoup moins, peut-être qu'elle a le regard un tout petit plus trouble et embué par sa passion, mais en tout cas, au moment où les pharisiens s'en vont les uns après les autres, et où elle reste avec Jésus seul, elle découvre qu'on peut poser sur elle un regard qui n'est pas le regard pervers de celui qui lui veut du mal. 

       Frères et sœurs, c'est le début de toute conversion. C'est la reconnaissance que Dieu peut jeter sur nous un regard encore plus profond que la manière même dont nous nous regardons, et que la manière même dont les autres nous voient. 

 

       AMEN


 

 

 
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