AU FIL DES HOMELIES

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SUZANNE ET LA FEMME ADULTÈRE

Dn 13, 1-9+15-60 ; Jn 8, 2-11

Lundi de la cinquième semaine de Carême – A

(9 avril 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Je ne te condamne pas

A

 

travers l'histoire de ces deux femmes, Suzanne dans l'ancienne Alliance et la pécheresse adultère, repentie et pardonnée que le Christ a délivrée de son péché, nous sont évoquées les deux grandes figures du salut, les deux grandes alliances, l'ancienne et la nouvelle Alliance.

Dans la première Alliance, l'Alliance dans la Loi, la Loi est capable de protéger ceux qui vivent "selon la Loi". Elle leur montre comment vivre, et ceux-là même qui lui obéissent sont sauvés par elle. C'est le sens de l'intervention de Daniel qui est prophète, qui reçoit la Sagesse de Dieu, et la Sagesse de Dieu vient au secours de ceux qui ont vécu selon la Loi. "Mieux vaut pour moi tomber entre les mains du Dieu vivant" c'est effectivement ce qu'a fait Suzanne, et les mains du Dieu vivant se sont montrées fidèles parce que Suzanne avait été fidèle à la Loi.

Dans le deuxième épisode, ce n'est pas que le Seigneur veuille nous donner un salut selon des critères un peu plus laxistes ou un peu plus faciles, comme s'il disait : "Péchez ! péchez! Cela n'aura pas beaucoup d'importance !" En réalité, il ne s'agit pas de cela. La femme adultère est effectivement exposée à la Loi car elle n'a pas vécu selon la Loi, et normalement, elle doit mourir. C'est le sens même de ce que dira un jour saint Paul : "La Loi peut montrer où est le péché, mais elle est incapable de nous sauver." A partir du moment où cette pauvre femme tombe dans les mains de ceux qui se prennent un peu pour la Loi ou en tout cas pour le moyen pratique de la faire observer, c'est bien plus redoutable que de tomber entre les mains du Dieu vivant. C'est terrible car, à ce moment-là, la Loi ne peut rien pour sauver ceux qui vivent en dehors d'elle. Sa propre sphère est absolument restreinte au domaine de ceux qui vivent selon la Loi. D'ailleurs ce n'est pas sans inconvénient car ceux-là mêmes qui croyaient vivre selon la Loi pensaient ainsi avoir une assurance de salut et pouvoir condamner les autres, en l'occurrence cette pécheresse.

Ce qu'il faut bien comprendre c'est que le Christ est la Loi nouvelle. Non pas une loi qui devient complice du péché, mais une Loi qui est vraiment capable de sauver. C'est cela le sens du récit. Dans l'ancienne Alliance, la plénitude du salut n'était pas donnée. Elle était donnée en partie, dans la mesure où on vivait selon la Loi. Dans le Nouveau Testament, la Loi n'est pas abolie mais accomplie, car maintenant, en Jésus Lui-même, la Parole éternelle de Dieu gravée dans la chair, le salut devient plus fort, devient plus puissant, devient absolu. C'est vraiment l'œuvre de Dieu qui manifeste toute la puissance de son salut qui s'accomplit pour cette femme. C'est pourquoi la parole finale de Jésus : "Je ne te condamne pas !" veut dire : "Je t'ai pardonné ton péché" et "Va ! Désormais ne pèche plus !" veut dire non pas : "Vis selon la Loi, mais vis selon la grâce. Vis selon ce que je te donne maintenant. Mon pardon te donnera de ne plus pécher."

Et c'est pourquoi, je pense c'est le seul cas dans le Nouveau Testament, où l'on voit le Christ écrire. Je pense qu'à ce moment-là, Il écrit la Loi nouvelle. Il est comme Moïse qui avait vu Dieu graver de son doigt les tables de pierre. Là Il écrit sur le sol, sur cette fragilité de la terre dont nous sommes sortis. C'est l'accomplissement de la parole : "Je graverai ma Loi au fond de leur être et Je l'écrirai dans leur cœur !" C'est l'amour de Dieu qui, à travers ce geste symbolique du Christ, se grave dans le cœur de la femme où il restera gravé. Ce n'est pas simplement l'intériorisation de la Loi, comme on le dit parfois, c'est plus exactement que cette femme est purifiée, justifiée par l'unique source de justification qui est le pardon de Dieu manifesté en Jésus-Christ, mort, crucifié et ressuscité pour nous.

Que ces dernières étapes de carême nous aident à comprendre la puissance de salut de Dieu, la double puissance du salut de Dieu. A la fois dans la Loi ancienne qui nous demande de vivre selon la Loi car la Loi n'est pas abolie, et en même temps dans la Loi nouvelle, sachant que nous n'arriverons jamais à vivre selon la Loi, que nous serons toujours, comme cette pécheresse, amenés devant le Seigneur et que nous aurons toujours besoin de son pardon. Alors demandons-Lui de graver vraiment sa Loi au fond de notre être.

 

AMEN

 
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