AU FIL DES HOMELIES

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LA FEMME ADULTÈRE

Dn 13, 1-9+15-60 ; Jn 8, 2-11

Lundi de la cinquième semaine de carême – A

(6 avril 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

P

ermettez-moi de commencer par un trait d'hu­mour, mais je trouve que ces deux textes ne font pas vraiment l'éloge des anciens puisque dans les deux cas les plus âgés d'entre nous sont en face d'une femme qui a péché, mais ce sont eux les plus pécheurs. Dans le premier cas ce sont deux vieillards portant un faux témoignage et dans le se­cond cas les accusateurs se retirent en commençant par les plus âgés comme le précise l'évangile. Mais plus profondément ces deux textes nous ouvrent sur le mystère même de ce qu'est le péché. Pour nous le péché, en fait, nous le constatons comme une certaine quantité et nous avons coutume, d'ailleurs l'Église l'avait enseigné en distinguant différentes sortes de péché, nous avons coutume d'en mesurer les diffé­rentes gravités. En notre conscience, nous avons l'ha­bitude de considérer que tel ou tel péché fait partie de cette vie quotidienne vis-à-vis de laquelle nous avons quelque difficulté à tout maîtriser et qui serait moins grave que tel autre péché peut-être plus volontaire ou plus conscient, dans lequel nous discernons davantage un véritable refus d'aimer. Cela est sans doute vrai, mais c'est du côté de l'homme.

Reprenons le texte de l'évangile. Une femme a péché, d'un péché relativement grave. Des hommes l'ont amenée devant Jésus pour tendre un piège à Jé­sus, mais en même temps ils veulent aussi rendre jus­tice, par la Loi qui est la leur, vis-à-vis du péché de l'adultère. Un péché, le premier, est celui de la femme, mais il se complique par différents péchés de ces hommes qui voulaient rendre justice afin de condamner comme il se devait mais qui y ajoutent un autre péché à celui de cette femme, qui est celui de tendre un piège à Dieu. Et Jésus ne répond pas à cette avalanche de péchés, à cette condamnation de visages multiples qui s'opposent à Lui, mais Il reste silencieux et Il écrit sur le sol.

La tradition de ce Christ écrivant sur le sol nous rapporte plusieurs versions. On y dit qu'Il avait écrit cette Loi nouvelle, cette loi du nouveau com­mandement, loi d'amour, et qu'Il avait commencé à écrire sur le sable, mais que sur le sable rien ne tient et l'on voulait signifier par là que cette loi que le Christ voulait faire entendre au fond du cœur de l'homme ne tenait pas devant la condamnation et la volonté de lapider cette femme. Une autre tradition dit que c'est ce même Christ, ce même Verbe de Dieu, qui se penche vers la terre pour reprendre cette glaise, ce sable qui avait servi à la première création comme pour recommencer, comme pour remodeler ce qui a été abîmé.

Quel que soit le choix que nous faisons, dans l'un et l'autre cas, il y a un mystère que l'évangile ne dévoile pas et qui doit rester mystère, le Christ écrit une chose inconnue et ne répond pas par paroles à la condamnation et à l'opposition de ce péché qu'Il a en face de Lui. Finalement cela a pour conséquence que cette condamnation humaine, que ces péchés humains ne tiennent pas, puisqu'ils s'en vont. Les uns après les autres, les hommes qui voulaient rendre justice et qui ajoutaient leur propre péché à celui de cette femme, vont être obligés, par une simple phrase de Jésus, de partir. Et il ne reste en face du Christ qu'une femme. Il ne reste face à face que l'homme et Dieu, dans ce face à face vraiment réel qui est que Dieu regarde et de­mande à l'homme : "Qui t'a condamné ?" Loin des condamnations humaines, loin de ces lois proprement humaines, mêmes de l'ancienne Alliance, Jésus dé­passe ce niveau de face à face pour en ouvrir un autre, un véritable cœur à cœur avec cette femme pécheresse : "Qui t'a condamnée ?"

Est-ce à dire que le péché se trouve oublié, ef­facé ? Pas du tout, mais il est simplement ouvert sur ce qui lui donne une véritable signification. Le péché est comme un manque qu'éprouvait cette femme, afin qu'elle comprenne le pardon. Il y avait comme un manque, comme un trou, comme un manque d'amour, comme un manque d'être, que seul le Christ par son pardon, par ce regard qu'Il pose sur cette femme, peut vraiment opérer. Dans la première alliance, dans la première condamnation humaine, le péché était jugé d'un point de vue humain, du fait de sa gravité. En face de Jésus, ce n'est plus cette gravité qui est jugée, mais cette possibilité même d'être pardonné. "Qui t'a condamnée ?"

Pour nous, le péché est une espèce d'éparpil­lement, d'éclatement. C'est comme un détournement partiel de nous-mêmes face à Dieu, comme si nous étions partiellement "de dos" et que nous ne pouvions refléter totalement cette gloire de Dieu. Le Christ, qui nous regarde, nous demande un véritable face à face, afin que l'homme, que le pécheur reflète, y aujour­d'hui, plus totalement, dans le pardon, cette gloire de Dieu. C'est là le sens du récit que nous venons d'en­tendre : c'est que le Christ regarde cette femme afin de la pardonner et cette femme reflète, envoie au monde entier le sens même du pardon, c'est-à-dire le sens de cette lumière nouvelle qui jaillit en elle et qui est celle de la résurrection qui commence à naître. Nos péchés sont comme des éléments plus noirs qui, dans un vitrail empêchent Dieu de se refléter en nous. Il faut donc nous ouvrir en nous souciant moins de la gravité du péché, mais en 1'offrant davantage à la lumière de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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