AU FIL DES HOMELIES

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LA MISÈRE ET LA MISÉRICORDE

Dn 13, 1-9+15-60 ; Jn 8, 2-11

(21 avril 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Dendermonde : le pardon à la femme adultère 

V

ous avez entendu ces deux textes. Il peut vous paraître étrange qu'on raconte dans la Bible des histoires de tentative de violer quelqu'un (car c'est de cela qu'il s'agit dans le livre de Daniel) ou d'infidélité à un époux puisque la femme adultère a été prise en flagrant délit. Dans la loi de Moïse et dans la foi de l'Église ces deux faits attirent l'attention car normalement, l'amour d'un homme et d'une femme doit durer toujours parce qu'il est l'image de l'amour de Dieu pour nous, amour qui dure toujours. C'est pourquoi dans la loi juive on insistait beaucoup pour que l'amour soit fidèle ; c'est pourquoi on devait lapider cette femme qui avait trompé son mari. Dans les deux cas, le jugement tourne autour de cette question. Mais dans les deux scènes, le contexte est bien différent. Car Suzanne a été vraiment fidèle à son mari, c'est la méchanceté des deux vieillards qui la convoitaient qui l'a mise dans une situation terrible. Ils étaient considérés comme des justes; ils avaient bonne réputation et l'on ne savait pas lire au fond des cœurs. Suzanne a préféré rester fidèle à son mari, à la loi de Dieu, mais cela devait lui coûter la mort. Au dernier moment, elle a été sauvée par la parole de Daniel qui a montré que les deux vieillards avaient inventé toute l'histoire. En Israël, on se racontait cette histoire pour montrer qu'il ne fallait pas se fier à la mine des gens et que Dieu venait au secours des innocents. Daniel a joué son petit Sherlock Holmes et dévoilé le stratagème.

       Dans l'évangile, le fait est beaucoup plus délicat car là la femme a été prise en flagrant délit d'infidélité. On la mène à Jésus pour lui dire : "Comment réagis-tu vis-à-vis de la Loi ? Normalement, on doit condamner cette femme. Et Toi, que vas-tu faire ?" Et Jésus montre là la grande profondeur de son regard sur les êtres. A ces hommes pleins de vengeance, de rancune, qui ont à la fois envie de condamner cette femme et de coincer Jésus, Il répond : "Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre !" Alors là, il y a quelque chose de très intéressant. Jésus avait simplement dit :" Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre !" Qu'est-ce qu'ils auraient dû faire ? Ne pas jeter de pierre. Et que font-ils ?  Ils s'en vont. Est-ce que vous avez compris ce que cela veut dire ? Ils ne restent plus auprès de Jésus. Or c'est la femme qui a été pécheresse, qui a été surprise dans son péché qui, elle, a l'audace de rester près de Jésus. Ceux qui condamnaient, quand ils n'ont plus à condamner, ils s'en vont, ça ne les intéresse plus. Quand il s'agit de reconnaître d'être eux-mêmes pécheurs, ils ne veulent pas le reconnaître devant Jésus et c'est pourquoi ils s'en vont. Ils considèrent que c'est fini, ce n'est plus intéressant, il n'y a plus à se venger, et puis surtout, c'est gênant de reconnaître, devant Jésus, qu'on est pécheur. Alors, ils disparaissent discrètement les uns après les autres.

       Et alors, la femme qui est pécheresse et qui le sait bien puisque son péché est public a ce merveilleux réflexe de rester près de Jésus. Il est là, près d'elle. Et au bout d'un moment, ils sont tout surpris de se retrouver tous les deux seuls. Et Jésus lui dit : "Tu vois, ils n'ont pas osé te condamner. Moi non plus je ne te condamne pas !" Et pourquoi Jésus ne la condamne-t-il pas ? C'est parce que Jésus a vu dans le cœur de cette femme que, humblement, elle se reconnaissait pécheresse devant Dieu et qu'elle avait besoin de cet amour de Jésus. Il n'est pas complice de son péché. Il lui dit : Effectivement la loi devrait te condamner, mais moi je ne te condamne pas parce que tu as cru en la puissance de mon amour et de mon pardon pour toi.

       Si on demande aux chrétiens de recevoir le sacrement du pardon de Dieu, ce n'est pas pour se défiler et aller chacun dans son coin en disant : oh j'ai des péchés sur la conscience, mais je ne veux pas en parler à Dieu. C'est au contraire pour faire comme cette femme, reconnaître que l'amour de Dieu est le plus grand et le plus fort. Et l'on reste tout prés de lui comme la femme est restée à ses pieds. Alors Jésus nous accueille et nous dit : "Je vais te montrer que mon amour est plus fort. A ce moment-là, je te pardonne ! Et puisque tu es pardonné, ne garde plus de trace de péché dans ton cœur. Ouvre ton cœur à l'amour de Dieu et aime en vérité. Ne pèche plus, sois mon ami pour toujours !"

       AMEN


 

 
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