AU FIL DES HOMELIES

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JE NE TE CONDAMNERAI PAS

Dn 13, 1-9+15-60 ; Jn 8, 2-11

Lundi de la cinquième semaine de carême – C

(6 avril 1992)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

a justice semble bien malmenée dans l'Ecri­ture, que ce soit le récit de Suzanne ou celui de la femme adultère. Dans le premier, il s'agit de juges iniques, ceux qui ne savent pas rendre la justice. Dans le second c'est aussi une question de justice qui est posée à Jésus. On a l'impression qu'il y a, à la fois une opposition entre la justice et la miséri­corde et que l'une et l'autre semblent être dépassées par l'attitude que l'on peut avoir face à quelqu'un qui a péché. Qui peut s'estimer être juge dans tous les cas et comment doit-on exercer la justice ?

Mais le problème que posent à Jésus les scri­bes et les pharisiens tend à enfermer Jésus dans un procès, dans une justice inique car, comme le dit si bien l'Ecriture, on "lui tend un piège". Ce piège est à la fois simple et fort car si Jésus ne condamne pas cette femme Il se condamne Lui-même car Il condamne ce qu'il y a de plus précieux aux yeux des juifs, la justice donnée par Dieu, par l'intermédiaire de Moïse. Qui peut, dans ces cas-là, aller contre la justice de Dieu, contre celle qui fait vivre ce peuple depuis plusieurs siècles ? En même temps, si Jésus condamne cette femme adultère, qu'a-t-il de plus à annoncer que Moïse ? Qu'a-t-il de plus que les autres prophètes ? Il ne peut pas être au-dessus. Et dans ce cas-là son messianisme, sa parole n'ont pas plus de valeur que celle des autres prophètes. C'est donc dans un enfermement que les scribes et les pharisiens es­saient de pousser Jésus.

Mais ce passage se retourne contre ceux qui voulaient poser le piège. Tout simplement parce que, à la mort Jésus oppose la vie. Il oppose à la mort du pécheur la vie du sauvé. Ce passage d'évangile est tout à fait pascal. Nous qui nous préparons à célébrer la fête de Pâques qui nous fait passer, avec le Christ, de la mort à la vie, nous sommes déjà dans la dyna­mique pascale. Les hommes, les juges amènent cette femme. Que proposent-ils face au péché ? La mort. Les paroles de ces scribes sont des paroles de mort. Il n'y a, pour ce péché, pas d'autre solution que la mort. Que fait Jésus ? Il dit aussi une parole, mais cette parole procure la vie. Il y donc pour cette femme adultère une véritable Pâque. Condamnée à la mort par les hommes, elle passe avec Jésus à la vie. Là où les hommes finalement enfermaient aussi cette femme dans son propre péché et la confondaient avec lui, Jésus la délivre pour la vie. Jésus ne confond pas le pécheur avec son péché. Peut-être y a-t-il certaines religions qui vous coupent la main si vous avez volé et alors vous n'êtes plus tenté de voler. C'est une confusion entre l'être du pécheur et le péché lui-même. Jésus ne fait pas une telle confusion. Le péché est condamné : "Va et ne pèche plus !" Mais le pé­cheur, lui, est sauvé et il est sauvé parce qu'il est amené à mourir au péché et à passer à la vie du Res­suscité.

Sachons donc trouver dans cette préparation ultime du passage de la mort à la vie, tout ce qui en nous doit être mort et véritablement mort, que ce soit la mort au péché, la mort à toutes les tentations de ce monde, pour ne se tourner plus que vers le visage de Jésus qui est seul face à nous et ne nous condamne pas, mais au contraire nous fait vivre de la plénitude de sa miséricorde qui est la véritable justice.

 

 

AMEN

 

 
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