AU FIL DES HOMELIES

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LE FLAGRANT DÉLIT

Dn 13, 1-9+15-60 ; Jn 8, 2-11

Lundi de la cinquième semaine de carême – B

(21 mars 1994)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e problème de la contagion des péchés ou autrement du flagrant délit nous est posé au­jourd'hui. Lorsque Jésus écrit sur le sol devant ces juifs qui ont surpris la femme adultère, j'imagine qu'Il écrit l'histoire de la patience de Dieu avec les hommes et Il écrit aussi les péchés de ceux qui sont autour de Lui et qu'ils ne voient pas. Après Il deman­dera implicitement de partir car ils ne sont pas assez justes pour porter un jugement sur cette femme.

Le flagrant délit visé par la Loi est si délicat, si subtil qu'il est possible que l'homme ne sache pas dénoncer un autre sans pécher soit par orgueil soit par concupiscence en lui-même. Très difficile de dénon­cer l'autre sans pour autant tomber soi-même dans ce péché de fausse justice qui consiste à croire que je peux dénoncer l'autre. C'est pourquoi de la couronne de ceux qui accusent la femme Jésus se détache, Il est là non pas comme Celui qui juge mais Il va proposer à la femme de se relever. Notre regard sur celui qui mèche est toujours un regard qui met un terme à la vie de celui qui vient de pécher. Le regard de Dieu sur nous qui péchons est un regard qui élève et inaugure une vie nouvelle.

C'est pourquoi nous nous trompons souvent sur le mot péché. Il est lié à la faute, il est lié à notre vie ténébreuse, mais dans la Révélation telle que nous l'avons reçue, il est aussi étroitement lié à la force de pardon de Dieu. Et séparer le péché du pardon c'est se couper de ce qu'est Dieu Lui-même. C'est pourquoi il est si difficile et même presque impossible de sur­prendre quelqu'un en flagrant délit sans pécher nous-mêmes. Et l'évangile nous propose de réfléchir sur la façon dont ce péché est contagieux. Et comme il nous répugne, comme nous éprouvons à son égard quelque répulsion, il est facile de se hisser au-dessus et de se croire hors d'atteinte en le dénonçant. Mais qu'est-ce qu'on dénonce ? Sinon sa propre incapacité à s'en tirer soi-même.

Jésus écrit sur le sol des choses qui ne reste­ront pas. Il écrit ces péchés innombrables qui s'ajou­tent les uns aux autres, qui s'enchaînent les uns les autres. Et par ce geste de Dieu qui écrit, Il précise que Dieu ne retient pas son péché car l'écriture laisse sur le sable, sur cette terre en ce jour, s'est effacée à tout jamais comme s'effaceront à tout jamais nos péchés si nous acceptons que le pardon vienne sur nous et en nous.

La seule chose que nous puissions vivre les uns avec les autres ce n'est pas de nous prendre en flagrant délit de péché, mais c'est de nous sentir soli­daires les uns des autres d'une même démarche. Plus je demanderai le pardon au Seigneur, plus vous de­manderez le pardon au Seigneur et vice-versa. Nous sommes tous non pas enchaînés mais solidaires les uns des autres. Nous avons tous besoin que chacun de nous réclame ce pardon pour que l'Église que nous formons s'élève et soit vraiment l'Epouse attendue par Dieu. Demandons au Seigneur que nous soyons assez humbles pour ne pas nous croire justes ou capables de juger les autres, et qu'Il nous dise la parole de Jésus à la femme adultère : "Moi non plus Je ne te condamne pas. Va et désormais, ne péché plus !"

 

 

AMEN

 

 
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