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LE FLAGRANT DÉLIT

Dn 13, 1-9+15-60 ; Jn 8, 2-11

Lundi de la cinquième semaine de Carême – B

(10 avril 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

e ne sais pas s'il faut parler aux plus vieux ou aux plus jeunes d'entre vous, cela dépend dans quel sens on va entreprendre la procession de sortie après l'évangile que nous avons entendu... nous sommes en fait, tous concernés. Dans l'un et l'autre texte, il y a le flagrant délit. Quand on est pris en fla­grant délit, on est confondu avec le délit, on est identi­fié au délit. C'est l'occasion pour ceux qui nous ont surpris, de perdre un peu de réflexion, de perspicacité, en tout cas, de profiter de l'occasion du flagrant délit, pour ne plus se voir soi-même, mais pour ouvrir la porte à l'océan de l'indignation qui est toujours un peu en attente chez nous et qui pour le coup, a toutes rai­sons de prendre corps : enfin, nous voyons de près à quoi ressemble un péché, et non pas un pécheur.

C'est un peu l'occasion pour nous, dans une espèce de mécanisme de projection, de nous régaler et de nous déclarer à nous-mêmes que le péché nous dégoûte. Nous le voyons bien chez l'autre, vous savez comme moi que les péchés des autres ont le don de nous agacer plus que les nôtres, surtout quand on les surprend en flagrant délit. C'est vrai que nous éprou­vons instinctivement un dégoût à l'égard du péché, il s'empare de nous, nous sommes comme possédés par de l'indignation. Lorsque nous pouvons l'épingler, le désigner, le voir sur quelqu'un qui l'a commis sous vos yeux, évidemment, cela nous permet d'oublier que nous-mêmes l'avons peut-être fait, pis encore, sans que personne ne l'ait vu et même peut-être pas nous. Il y a des péchés qu'on fait et l'on s'arrange pour ne pas trop les voir... "un petit peu" comme disent les enfants quand ils se confessent : "oui, mais pas tellement" ! C'est la grande phrase du refoulement, "oui, mais pas tellement", -"est-ce que tu mens ?" -"oui, mais pas tellement". Que dit l'enfant ? il dit celui qui te parle n'est pas confondu avec ce qu'il a commis et qu'il n'aime pas.

De fait, Jésus a envie de dire aux autres : "elle est surprise en flagrant délit d'adultère, oui mais pas tellement", c'est-à-dire qu'elle n'est pas que ce délit-là. Et d'ailleurs, Il va la délier, sans jeu de mots de ma part, pour lui permettre d'aller : "Va et ne pèche plus". Qu'est-ce que le flagrant délit de péché ? C'est d'im­mobiliser par le péché, la tête dedans, le corps collé, et surtout l'indignation qui fonctionne comme un rempart, qui entoure et nous oblige à n'être que ce délit. C'est bien pratique pour celui qui veut pas se voir lui-même.

En fait, tout le texte de l'évangile de Jésus est une série de flagrants délits : ils amènent à Jésus une femme pour le prendre en flagrant délit lui-même, pour pouvoir l'accuser, et Jésus les prend en flagrant délit de jugement de condamnation à l'égard de la femme, seulement Lui, Il a une façon de faire diffé­rente, qui d'une part les pharisiens qui ont pris la femme en flagrant délit, et qui veulent serrer Jésus dans un piège, autre flagrant délit, Jésus, Lui, pose un temps, un moment, il écrit sur le sol.

Il ne saisit pas l'occasion de dire :"ah, je vous ai bien vu venir, c'est vous qui êtes aveuglés par le péché". Il laisse un moment où une autre instance va pouvoir être inaugurée, l'instance de l'accueil du pé­ché, et de la miséricorde, de délier comme hier, Jésus a délié Lazare, de délier la pécheresse. Ce qui ne veut pas dire que ce péché s'efface, comme s'effacerait l'écriture sur le sable, mais qu'il est saisi et proposé à une transformation, à une miséricorde, une façon dont Dieu travaille le mal pour le rendre bien. Donc on n'a pas sauté de flagrant délit en flagrant délit, toute occa­sion lui est donnée de saisir cette occasion, mais il instaure un autre rythme, il inaugure un autre registre de relation avec l'homme, et son péché, car il voit l'homme, il l'entend, il entend cette femme : "Va et désormais, ne pèche plus".

 

 

AMEN