AU FIL DES HOMELIES

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DÉCOUVRIR QUI EST DIEU DANS L'EXPÉRIENCE DU PARDON

Dn 13, 1-9+15-60 ; Jn 8, 2-11

Lundi de la cinquième semaine de carême – C

(2 avril 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e flagrant délit, que ce soient les deux vieil­lards ou les hommes qui entourent la péche­resse de l'évangile, c'est d'être mis en face du péché tel qu'il est, brut, impardonnable. Non seule­ment ils ne croient pas au pardon, mais ils n'ont pas d'accès à un chemin qui les ferait changer d'avis. Ils l'ont tellement sous les yeux, ce péché de l'autre, qu'il les empêche de faire un pas qui leur permettrait de découvrir le pardon. Le pardon nous y croyons, mais très théoriquement, nous n'y croyons pas tellement. Au fond, ce serait bien beau que cela marche comme ça, mais au fond, nous n'y croyons pas. Pourquoi ? Parce qu'instinctivement, lorsqu'une faute est com­mise, elle crispe et rétrécit notre vie, nous renferme sur nous, et il n'est pas possible de contrarier tout de suite ce mouvement puisque le pardon va dans l'autre sens. Instinctivement, le pardon va tellement à l'en­contre de notre habitude, de notre instinct, de notre psychologie humaine, qu'il nous faut faire toujours une expérience du pardon, comme un athlète, il nous faut nous exercer à faire l'expérience du pardon, pour un jour finalement obtenir, comme un athlète, un mouvement qui désamorce cette crispation, ce retour sur soi que provoque toute faute soit que nous la commettions, ou que nous la subissions, parce qu'elle a le même effet en nous. C'est le grand mystère du péché, de sa communication et de sa contagion. Pour désamorcer ce rétrécissement provoqué par la faute, ce retour en soi, c'est là que notre vie relationnelle avec Dieu est une sorte de laboratoire où nous nous exerçons à contrarier ce que la faute provoque en nous. Au fond, il y a toujours pour nous un étonne­ment, une surprise au sens profond, sorte de surgis­sement hors de soi face au pardon de Dieu. Nous confondons pardon et magnanimité, ce qui veut dire que nous pensons que Dieu ne prend pas en compte ce qui a été commis, qu'Il est au-dessus de cela, qu'Il est plus grand que cela. Il est plus grand, mais pas comme nous le pensons. Il est plus grand non seule­ment que la faute, mais il est capable de l'endosser, de la recevoir, et de la transformer, non pas de la mettre de côté.

Ceux qui prennent en flagrant délit cette femme adultère sont évidemment empêchés de faire cette expérience. Celle qui est le plus près du pardon, c'est la pécheresse, parce qu'il y a des tas de faiblesses et la confusion dans laquelle elle est plongée par le regard des autres, il n'y a plus rien d'autre, il n'y a plus de place que pour quelqu'un qui intervient. Elle est au fond du gouffre, il n'y a pas de degré plus bas pour cette femme, et elle ne peut attendre que du secours. Elle est bien plus près du pardon que les autres.

Le carême sera toujours pour nous un mo­ment d'apprentissage de ce pardon, non pas d'appren­tissage de l'échec de notre propre volonté, mais ap­prentissage de cet espace dans lequel nous allons lais­ser Dieu prendre sa place pour que notre foi s'éta­blisse en une confiance dans ce pardon, qui ressuscite et fait ressurgir de la vie là où cette vie a cessé d'être. Mais prenons compte que nous n'y croyons pas fon­damentalement, et qu'il faut, comme souvent, nous redire au cœur même de la faute commise par les au­tres ou par nous, la miséricorde qui est ce mouvement océanique qui n'oublie rien, transforme tout et renou­velle en vie ce qui était mort. C'est la résurrection dans sa transparence.

C'est pourquoi l'Église dans sa grande sagesse a inventé un petit laboratoire dans lequel il y a place pour deux personnes, dont l'un est toujours un homme (c'est un charade !), qui porte parfois une étole, cela se passe dans un petit coin de l'église, parfois dans une petite "boîte". Ce laboratoire s'appelle la réconci­liation, la confession, et c'est là où en s'essaie, à deux, avec un autre pécheur qui a quelque expérience de son péché et de celui des autres, on s'essaie à cette expérience du pardon, à ce renouvellement, à ce re­tournement. C'est pour cela qu'on a inventé la confes­sion. Ce n'est pas pour "aller mieux", mais c'est pour découvrir qui est Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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