AU FIL DES HOMELIES

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LE VISAGE DE VÉRITÉ

Dn 13, 1-9+15-60 ; Jn 8, 2-11

Lundi de la cinquième semaine de carême – A

(18 mars 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous pourrions multiplier les affiches et les tracts. Nous pourrions avec une voiture pu­blicitaire, passer dans les rues avec un haut-parleur et inviter les passants à venir se réconcilier. Nous pourrions en avion passer dans le ciel avec une grande banderole pour indiquer les horaires de confessions. Nous pourrions multiplier à l'infini tous ces moyens, s'il n'y a pas dans le cœur de celui qui veut se tourner vers Dieu, qui désire boire à la Source, s'il n'y a pas ce désir, tout cela ne servirait à rien. Alors, faudrait-il nous prendre chacun par la peau du cou, comme cette femme qui a été surprise en flagrant délit d'adultère, et que l'on amène voir le médecin, en direct ? S'il n'y a pas ce mouvement qui nous pousse au repentir, s'il n'y a pas ce mouvement qui nous pousse à aller trouver le médecin, à ce moment-là, on risque de rester du côté du remords.

Cette phrase qui a été une lumière pour ma vie : "Le remords a goût de mort et le repentir ouvre un avenir". Le repentir qui manque cruellement à ces vieillards de l'histoire de Suzanne.

Il me vient quelque chose, pour nous pousser peut-être à faire cet effort avant Pâques, un effort, mais qui est une grâce, d'aller ainsi trouver un prêtre et d'aller se confesser. Je crois que la grâce des grâces du sacrement de réconciliation c'est de paraître en vérité, un peu plus vrai devant Dieu. Durant toute l'année, durant toute notre activité de chrétien, durant tout ce que nous faisons, nous accumulons un certain nombre de choses, des prières, nous faisons un certain nombre d'aumônes, de gestes, des petites choses comme cela, c'est en quelque sorte, notre beau visage. Et l'on est tout fier de le présenter à Dieu, et l'on se dit que Dieu saura bien s'en contenter de tout cela, que cela doit l'intéresser quelque part ces actions que l'on peut faire, tous ces petits mouvements du cœur qui nous tournent vers Lui de temps en temps. Voilà, je présente ce beau visage, et c'est sans doute ce visage-là qu'Il attend de moi ? Mais si nous osions aussi pré­senter ce visage qui est aussi le nôtre ? Ce visage où il y a des mesquineries, où il a des brouilles, des choses qui ne sont pas très claires. Ce visage on ne voudrait pas le présenter à Dieu, on voudrait le garder pour nous, on a honte de le présenter à Dieu, on voudrait le cacher sous le sable. On est un peu comme ces amou­reux, dans l'amour naissant, quand l'amour est à son commencement. on cherche à présenter à celle, à celui que l'on aime, on chercher à présenter son beau vi­sage, ce qui nous met en valeur et l'on espère que l'autre s'en contentera, et l'on est naïf de penser qu'il saura bien ne pas deviner cet autre visage que l'on a aussi. Ce visage qui est moins beau, mais plus vrai. On sait bien que dans l'amour tôt ou tard, les masques tombent, le vrai visage apparaît, et qu'il faudra non pas s'en contenter, mais il faudra aimer ce visage qui est renvoyé par l'autre. Il faudra même aimer l'autre à cause de ce visage, parce qu'il a ce visage aussi.

Je crois qu'avec Dieu, c'est la même chose. Il ne faut pas être comme cet amoureux dans l'état un peu naissant, dans ce premier mouvement, mais il faut se présenter en vérité devant Dieu. Il faut lui offrir tout le paquet, il faut se dévoiler, révéler sa laideur aussi pour qu'Il puisse vraiment nous aimer, et sur­tout, parce qu'il nous aime déjà, mais surtout qu'il puisse nous dire à travers ce sacrement de réconcilia­tion qu'il nous aime, même avec de visage-là. qu'on voudrait cacher. Et Dieu nous dit : c'est ce visage-là que j'aime aussi. Comme pour la femme adultère : c'est ce visage-là que j'aime chez toi, et je en veux pas que tu me le révèles ce visage, pour que je t'enfonce davantage, mais pour que je puisse t'aimer davantage et que tu saches que tu es aimée par moi, davantage, que tu n'as pas de masque ou de faux visage à pré­senter, mais tu as à être vrai devant moi. Est-ce que tu penses qu'à la croix c'est le visage agréable de toi que j'ai voulu prendre sur moi ? Est-ce que tu ne crois pas qu'à la croix, c'est précisément ce visage-là que j'ai voulu prendre, ce visage qui est un peu mesquin, qui n'est pas très beau, qui est un peu bancal. C'est cela que j'ai voulu prendre avec Moi.

Vous voulez ressusciter à Pâques ? Vous voulez vivre pleinement de cette grâce de la réconciliation, de cette grâce de renouveau qui est offerte gratuitement ? Alors, je crois qu'il nous faut chacun, moi aussi, préparer notre cœur à accueillir cette miséricorde qui nous sera proposée dans ces jours, à travers toutes les permanences, à travers tous ces moments, vous pourrez aller trouver un prêtre pour s'entendre dire que l'on est aimé en vérité par Dieu jusque-là.

 

 

AMEN

 

 
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