AU FIL DES HOMELIES

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LE PROCÈS DE NOTRE TIÉDEUR

Dn 13, 1-9+15-60 ; Jn 8, 2-11

Lundi de la cinquième semaine de carême – B

(7 avril 2003)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

A

première vue, peu de choses identiques entre ces deux textes, d'une part, une femme accu­sée injustement, Suzanne, d'autre part, une femme accusée justement, cette femme adultère. Deux avocats très différents, un très jeune, avec une parole volubile, imprécatif, astucieux. De l'autre côté, un avocat silencieux, Jésus, qui se laisse arracher quelques paroles, une phrase, qui est penché sur le sol et qui écrit.

En fait, ce qui est identique, ce sont les accu­sateurs, ces hommes qui s'approprient d'une certaine manière, la Loi. J'ai envie de dire que ces deux procès ne montrent pas tellement la question d'une femme adultère dans l'évangile, que plutôt de se demander où sont les hommes adultères ? Ce n'est pas l'adultère dans l'acte même, car cette femme n'a pas péché toute seule, il fallait bien qu'il y ait quelqu'un avec elle, mais je crois qu'au-delà même encore de cet homme adultère dont on ne sait rien, en fait, l'évangile nous propose une autre dimension de l'acte adultère, qui n'est plus le rapport que l'on peut avoir avec une femme, mais bien au contraire le rapport que l'on peut avoir avec la loi. Dans les deux cas, il s'agit d'une convoitise, soit d'une femme pour les deux vieillards, soit de la Loi elle-même pour les pharisiens.

Comment, quand on est incapable, faible, ti­moré, fauteur, médiocre, comment réussir à se mon­trer sage, puissant, à se montrer autre que ce que l'on est. C'est vrai que la meilleure manière est peut-être de s'approprier cette Loi et de l'utiliser pour soi-même. C'est un adultère que de vouloir s'approprier quelque chose qui ne nous appartient pas, d'en faire sa propre chose.

Le deuxième aspect, dans ces textes, au-delà de cette appropriation de la Loi, c'est justement l'acte de Jésus. Jésus qui n'a jamais rien écrit, écrit sur le sol. On le voit écrire comme Dieu écrivait au Sinaï la première Loi de Dieu. Dieu écrit la Loi, cette Loi est brisée, Dieu charge Moïse de réécrire cette Loi, c'est un homme qui écrit cette Loi, et face à ces hommes qui veulent justement s'approprier la Loi divine, l'acte d'écriture du Christ est de rendre la Loi à qui de droit, c'est-à-dire à Dieu. A Loi est revenue à Dieu et quand cette Loi revient à Dieu, elle est libre de toute parole et il ne s'agit plus d'une Loi qui accuse, mais d'une Loi qui libère. Il ne s'agit plus de penser que c'est la Loi qui justifie, mais plutôt bien la grâce et la foi. Il faut donc découvrir que cette Loi que nous nous ap­proprions nous-mêmes et qui est souvent la meilleure manière de vivre notre vie chrétienne dans une sorte de tiédeur, comme le dit si bien le texte de l'Apoca­lypse, "Dieu qui vomit les tièdes", comment juste­ment Jésus en redonnant la Loi à son Père, l'ouvre à une véritable aventure, l'inscrit à nouveau dans des lettres de feu.

Je crois que dans ces deux procès, frères et sœurs, ce n'est pas de devoir se prononcer sur l'inno­cence ou non des deux accusées, mais c'est plutôt le procès de notre tiédeur, la manière dont nous savons très bien manipuler la Loi à notre propre profit, pour rester tièdes, et pour éviter cette grande aventure de l'amour, de savoir et d'essayer d'aimer sans cesse, toujours plus, cette aventure que Dieu nous propose.

 

 

AMEN

 

 
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