AU FIL DES HOMELIES

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DIEU DE JUSTICE ET DE MISÉRICORDE

Dn 13, 1-9+15-60 ; Jn 8, 2-11

Lundi de la cinquième semaine de carême – A

(10 mars 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, rien ne marque mieux que la juxtaposition de ces deux textes, la distance entre l'Ancien et le Nouveau Testament.

Dans l'Ancien Testament, Dieu est avant tout celui qui fait respecter la justice. Dieu est celui qui délivre le juste et qui condamne le pécheur et si j'ose dire, c'est le premier rôle de Dieu dans un monde où toute valeur est bafouée et où les méchants triomphent, c'est le rôle propre de Dieu que de faire éclater la justice des justes et de montrer l'iniquité des pécheurs. Ce texte de Suzanne qui est magnifique nous montre d'une manière éclatante, ce rôle de Dieu. Accusée injustement par ces vieillards lubriques, Suzanne est abandonnée de tous, et on est prêt à la condamner et à l'exécuter. Il faudra que Dieu suscite l'esprit prophétique d'un jeune homme pour qu'éclate la vérité et que la prière de Suzanne soit exaucée, elle qui n'avait pas d'autre recours que Dieu pour faire éclater sa pureté et pour être sauvée. Quand nous lisons ce texte, nous comprenons à quel point il est nécessaire, en l'occurrence, Dieu, soit responsable de la justice pour que toutes les injustices et les faussetés et les mensonges du monde soient amenés au grand jour et que la vérité soit proclamée.

Dans l'évangile, une femme encore. Mais cette fois il ne s'agit pas d'une femme juste injustement accusée, mais d'une femme pécheresse, à juste titre accusée. Les pharisiens l'ont prise en flagrant délit d'adultère, ils la défèrent devant Jésus pour voir comment Il va appliquer la loi de Moïse qui au nom de la justice demande que soient sauvés les justes et punis les méchants, et que les femmes adultères soient lapidées. Jésus va-t-il contredire Moïse ou bien contredire sa propre prédication qui est une prédication de miséricorde. Jésus va les renvoyer à leur propre péché, qu'ils ne pourront pas supporter devant lui et les accusateurs vont s'en aller. Jésus n'est pas celui qui sauve les justes et punit les pécheurs, mais celui qui vient pour sauver les pécheurs : "Moi non plus je ne te condamne pas".

C'est toute la distance entre l'Ancien Testament et le Nouveau, d'une part, un Dieu juste qui punit les pécheurs et sauve les justes, de l'autre côté, c'est un Dieu de miséricorde qui vient sauver même les pécheurs. Est-ce que cette miséricorde de Dieu rend caduque la justice ? Est-ce que désormais le péché n'est compté pour rien et le pécheur traité comme le juste ? n'y a-t-il pas là un manquement grave à ce premier devoir de Dieu qui est de sauver ceux qui sont dans la droiture et de confondre ceux qui sont dans la méchanceté ? parce que Dieu est miséricordieux, cesse-t-Il d'être juste ? La seule réponse c'est Jésus a été fait péché lui qui est sans péché. Sur la croix, Jésus ne vient pas seulement pardonner nos fautes, mais porter le poids de nos péchés. Jésus s'est chargé de tout le péché du monde et sa mort sur la croix est l'expiation pour ce péché du monde. Ainsi Il accomplit toute justice, comme Il le disait lui-même à Jean-Baptiste au moment de recevoir ce baptême des pécheurs dont Il s'approchait, lui qui est sans péché.

C'est le mystère ultime de la miséricorde de Dieu qui n'est pas négation de la justice mais qui est le fait que Dieu prend sur lui cette justice, cette nécessité de justice en acceptant d'expier le mal à notre place pour que nous puissions être justifiés, pour qu'Il puisse dire à chacun d'entre nous : "Je ne te condamne pas, ne pèche plus".

 

 

AMEN

 

 
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