AU FIL DES HOMELIES

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COMPRENDRE LE LANGAGE

Gn 18, 1-14 ; Jn 8, 31-46 a

Mardi de la cinquième semaine de carême – C

(14 mars 1989)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

travers cette question de Jésus aux juifs et le débat qui s'instaure entre Jésus et eux, nous sommes presque en pleine psychanalyse, pas même freudienne mais lacanienne pour les initiés. "Pourquoi ne comprenez-vous pas mes paroles, mon langage ?” Cela paraît tout simple d'écouter les parole de Jésus. On nous demande tous les jours d'écouter la parole de Jésus. On nous dit qu'il faut se nourrir de l'évangile, qu'il faut la digérer, la remâcher. Nos frères protestants insistent encore plus que nous là-dessus.

Pourtant l'évangile que nous venons d'enten­dre est terrible parce que les auditeurs de Jésus écou­tent tous la parole de Jésus et ils sont aux premières loges, ils ont des fauteuils d'orchestre. Mais en réalité, au moment même où ils écoutent cette Parole, Jésus leur dit : "Mais vous ne comprenez pas mon langage" Vous n'accueillez pas mes paroles. Pourquoi cela ?

C'est Jésus Lui-même qui transpose immé­diatement le débat et qui fait du problème de l'audi­tion un problème de filiation. Pour entendre et pour comprendre, il faut être fils. On n'entend que "par génération". La plupart du temps, et c'est typiquement moderne, nous croyons que pour comprendre il suffit de lire, d'ouvrir les yeux et les oreilles, qu'il suffit d'ouvrir la télé. Mais il y a des tas de gens aujourd'hui, et peut-être que nous en sommes, qui entendent des tas de choses et qui ne comprennent rien. On peut être totalement abreuvé d'informations et de médias et être "bête comme ses pieds" pour comprendre la réalité de ce qui se passe. C'est malheureusement parfois comme cela.

Le fait même de l'audition, le fait même d'en­registrer le message ne suffit pas. Pourquoi ? Parce que, précisément, avant l'audition et permettant l'au­dition, il y a la relation que Jésus désigne comme une relation filiale pour pouvoir entendre. On n'entend bien que parce qu'on est fils. On n'écoute bien la Pa­role de Dieu que parce que, d'abord nous sommes constitués fils. C'est dans cette relation de confiance au Père, au vrai Père, que peut naître la compréhen­sion du langage. C'est d'ailleurs comme cela que tous nous avons appris à parler. C'est parce que nous étions dans une relation de confiance avec nos parents et que ce petit jeu qui consistait à articuler des mots avec sa bouche était plus intéressant qu'il n'y parais­sait. Jésus dit la même chose.

Il dit : si vous voulez comprendre, soyez d'abord des fils, et pas de n'importe qui. Car comment voulez-vous comprendre les paroles de Dieu si vous n'êtes pas enfants de Dieu ? Et Jésus va même plus loin, Il dit : la filiation dont vous vous réclamez, la génération d'Abraham ne suffit pas, car si vous voulez entendre ma Parole, il faut être fils de Dieu. Et Jésus en tire directement le verdict. Puisque vous ne com­prenez pas, c'est que vous n'êtes pas fils de Dieu et que vous faites les œuvres de votre père qui est le mensonge, qui est l'anti-vérité, ce qui empêche de comprendre la vérité même de mes paroles.

Cet évangile-là a quelque chose de redoutable pour nous encore aujourd'hui. Comment accueillons-nous la Parole de Dieu ? Est-ce comme une sorte de centre de documentation religieuse ? Ou bien l'ac­cueillons-nous en vérité, comme des fils, constitués pour pouvoir entendre ? Lorsque nous célébrons les sacrements, lorsque nous prions, nous ne faisons que laisser se bâtir en nous les conditions de l'écoute. Et la Parole vient parce que nous sommes fils.

Qu'en cette dernière étape du carême, nous sachions vraiment reconnaître là où se trouve la racine de notre péché. Elle est dans notre manque à être vraiment des fils. Si nous entendons la Parole tous les jours, que cette Parole vienne au moins réveiller ce désir d'être vraiment les fils de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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