AU FIL DES HOMELIES

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TROIS PÈRES

Gn 18, 1-14 ; Jn 8, 31-46 a

(22 mars 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL 

 

Moissac : Le sein d'Abraham 

L

 

'affrontement de Jésus avec les Juifs a lieu, dans le texte de ce jour, à propos de la personne d'Abraham, sur l'origine de Jésus et des juifs. Qui est le "père" de Jésus ? Qui est le "père" des juifs ? Trois pères sont avancés dans cette discussion : Abraham, Dieu et le diable.

Les juifs se réclament d'Abraham. Jésus va leur dire : "On reconnaît qui le père de quelqu'un aux œuvres qu'il accomplit." Nous accomplissons les œuvres que nous avons reçues en héritage de celui qui est notre père". - "Si vous étiez les enfants d'Abraham, vous feriez les œuvres d'Abraham ! Les œuvres d'Abraham, c'est la foi, c'est l'accueil de Dieu, de la promesse. Or vous ne croyez pas en moi !" Alors, de qui les juifs sont-ils les fils ? Ils vont revendiquer une paternité plus haute encore : "Nous n'avons qu'un seul père, c'est Dieu !" Mais les œuvres de Dieu sont encore plus grandes que celles d'Abraham. Au-delà de la foi, au-delà de l'accueil de la promesse, les œuvres de Dieu Jésus nous les décrit en trois traits : "L'œuvre de Dieu c'est la vérité !" Dieu fait la lumière dans notre cœur d'abord, dans notre action ensuite, dans la totalité de notre vie. "Si vous demeurez dans ma parole, vous accomplirez les œuvres de Dieu !"

       Le deuxième trait c'est la liberté. "Cette vérité vous rendra libres !" Libres ! non pas de faire n'importe quoi ou ce que nous voulons, mais libres du péché qui est un esclavage, libres à l'égard de toutes ces pressions qui écrasent notre volonté, notre sensibilité, notre chair, notre esprit, toutes ces pressions qui viennent de notre fonds mauvais. Dieu est celui qui libère, qui défait les entraves, qui ouvre devant nous un chemin, un chemin de lumière et un chemin de liberté.

       Le troisième trait que donne. Jésus de cette œuvre de Dieu en ceux qui sont ses enfants : "Si Dieu était votre Père, vous m'aimeriez !" C'est l'amour et plus exactement l'amour du Fils qui est envoyé par le Père. Aimer le Fils, reconnaître en lui celui qui a été envoyé par le Père, écouter sa parole, reconnaître en sa parole la vérité, être libéré par cette parole de vérité, voilà l'œuvre du Père. Et Jésus montre aux juifs qu'ils n'accomplissent aucune de ces œuvres du Père. Alors Il va pousser l'affrontement plus loin et leur dire : "Les œuvres que vous accomplissez, ce sont celles que vous avez vues chez votre père ; votre père c'est le père du mensonge, c'est le diable ! " L'œuvre du diable, Jésus va la définir par deux traits : l'homicide et le mensonge. "Ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir ; c'est pourquoi vous voulez me tuer parce qu'il est homicide depuis le commencement." C'est lui qui, au début du monde, a conduit Adam le premier homme jusqu'à la mort, par cette tentation qui a détruit en lui la source de vie, qui l'a coupé de la source divine. Le diable est celui qui veut faire œuvre de mort, œuvre de destruction, œuvre d'anéantissement, d'aliénation. En outre, le diable est celui qui profère le mensonge car pour conduire Adam à la mort, il lui a menti. Il lui a présenté cette prétendue autonomie, cette prétendue liberté qui devait résulter du fait de manger le fruit défendu, de s'affranchir de la loi de Dieu, de la volonté de Dieu. Comme si la volonté de Dieu était celle d'un tyran qu'il fallait secouer comme un joug qui pèserait sur vos épaules. En présentant frauduleusement ce rejet de la loi de Dieu comme une libération, le diable a de fait asservi Adam à sa pauvreté et sa médiocrité. Il l'a coupé de la source vraie de la liberté ; il l'a rendu esclave de lui-même, esclave de la mort car en croyant être libre, Adam s'est simplement replié sur lui, cherchant en lui la source d'un bonheur qu'il ne peut pas se donner. En cela Satan est menteur, le père du mensonge.

       Nous sommes invités par le Christ comme Il y invitait les Juifs à regarder ce qu'il y a dans notre cœur. Y a-t-il la liberté ou l'esclavage ? Y a-t-il le goût de la vérité et de la lumière ou bien la tentation du mensonge ? je ne parle pas des petits mensonges que l'on accuse en confession, mais de ce mensonge radical qui est l'inadéquation de notre volonté avec la volonté de Dieu, avec ce que Dieu veut que nous soyons. Sommes-nous habités par la lumière ou par le mensonge ? Sommes-nous habités par l'amour du Christ ou par le désir de la mort ? Le désir de la mort sous toutes ses formes : haine, mépris, rejet, indifférence, égoïsme, éloignement, orgueil, repliement sur soi. Examinons-nous pour savoir si, avec Abraham, nous sommes orientés vers le Christ, ou si nous sommes avec les juifs qui ont refusé le Christ, des enfants du prince des ténèbres.

      AMEN


 

 
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