AU FIL DES HOMELIES

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LA VÉRITÉ VOUS RENDRA LIBRE

Gn 18, 1-14 ; Jn 8, 31-46 a

Mardi de la cinquième semaine de Carême – C

(31 mars 1998)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

e ne suis pas très sûr de ce que je vais dire, mais il me semble que pour entendre une parole de quelqu'un, on doit lui donner une sorte de crédit de vérité. Quand on écoute avec une certaine courtoi­sie les propos de quelqu'un, on trouvera toujours, on soupçonnera toujours, on imaginera toujours qu'il y a derrière les paroles, une autre intention.

La vérité vient de l'adéquation entre l'inten­tion, d'être vrai et le propos, un soupçon met le doute dans l'oreille de quelqu'un qui écoute, on suppose qu'il y a une distorsion entre le propos et l'intention de celui qui parle : c'est le cas du serpent. Quand le ser­pent parle à Eve, qu'il explique, ce qu'il dit était peut-être vrai, mais l'intention était cachée, presque diffé­rente. Quand nous écoutons quelqu'un et que nous soupçonnons que l'intention est différente de son pro­pos, nous invalidons ce qu'il dit. Il faut donc que nous acceptions que l'intention pour entendre quelque chose, que l'intention de la personne qui parle est à la hauteur de son propos, alors, nous pouvons aider à parler plus en vérité, en demandant à la personne de développer, est-ce que c'est vraiment cela qu'elle voulait dire, afin que la personne fasse coïncider l'in­tention et le propos.

Et par exemple, parce que les pharisiens soupçonnent, comme s'ils avaient de la cire dans les oreilles, le propos va les agacer, va les contrer.

Je dis cela parce qu'il me semble qu'il y a une sorte d'hospitalité à la parole, je fais la relation entre les deux textes (la visite des anges à Mambré), on doit en quelque sorte accueillir comme en un espace arti­culé en soi, accueillir comme on accueille un hôte, comme Abraham accueille les trois anges, on doit accueillir la parole afin de la laisser se décanter en nous pour qu'apparaisse le propos de vérité de cette parole qui nous est apportée.

Il y a des gens que nous ne voulons pas en­tendre, ils parlent, comme un meuble face à nous, et le propos se heurte à un mur et nous ne voulons rien savoir. Quelqu'un que nous voudrions vraiment en­tendre et qui a du mal à dire, à se dire, à accorder son intention à sa parole, a besoin de quelqu'un qui l'ac­cueille pour que cette parole se décantant, laisse la vérité progressivement prenne corps, prenne parole et nous découvrons à ce moment-là que la personne qui a parlé nous rend libre, comme elle aussi d'ailleurs.

La prière, c'est un peu cela : c'est une sorte d'hospitalité à la Parole de Dieu. C'est ce travail d'éducation, de croire que Dieu nous attend sur un terrain distinct par rapport à nous. Oh, nous ne croyons pas que Dieu ait des intentions mauvaises à notre égard, nous sommes trop gentils pour cela, nous ne sommes pas assez méchants pour penser cela, voire de penser que Dieu ait des intentions mauvaises, et qu'il veuille nous convertir.

Nous sommes plutôt de ces gens qui dans l'ordinaire, le quotidien, pensent que Dieu a d'autres chats à fouetter que nous, d'autres choses à faire, et que ses intentions ne sont pas mauvaises, mais plutôt pas très orientées sur nous, et que nous avons été un peu oubliés dans l'affaire. Cela s'appelle d'ailleurs un impie, au sens biblique du terme, un impie, c'est quel­qu'un qui pense que Dieu est là, que Dieu existe, mais que cela n'a rien à voir avec nous. C'est plus difficile à convertir un impie qu'un pécheur, parce qu'un impie, il est juste à la limite des eaux, il ne meurt pas vrai­ment, il ne ressuscite pas vraiment, il est là, juste ce qu'il faut pour respirer, mais pas trop pour bien vivre, j'entends spirituellement.

L'hospitalité, c'est une espèce de violence qu'on doit se faire à soi, pour dire : je ne sais pas tout, je n'ai pas tout entendu, je ne sais pas tout de Dieu, et il y a de la place pour que l'Esprit le dise en moi.

Vous vous rendez compte que quand vous venez à la messe, remplis de soucis, tout à fait réels et encombrants, vous ressortez de la messe le même qu'en entrant, vous ne savez même pas qui a prêché, ni ce qu'il a dit, à part les bêtises que le prédicateur a raconté, le reste est passé inaperçu. Vous êtes rentrés, occupés, encombrés, emménagés, et vous ressortez avec les mêmes meubles, à la même place. Il y a une sorte de déplacement, le rituel de l'eucharistie nous oblige à ce déplacement pour entendre quelque chose que nous n'avons encore jamais entendu, que nous avons mille fois entendu, mais pas au point que ce qui fait vérité se plante en nous.

Un jour, quelqu'un vous dira : tiens, cette phrase, incroyable, maintenant que je l'écoute, elle a une autre résonance en moi. C'est le jour où l'on a commencé à écouter la Parole, écouter, accueillir, une sorte d'hospitalité intérieure, une sorte de charité pre­mière, par rapport à une Parole dont nous aurions besoin, et conséquence de cet accueil, de cette incor­poration de la Parole, vient alors une liberté, une aisance.

Je crois qu'à travers ce texte, nous devons dé­couvrir un peu ce que peut être et la prière et la ren­contre avec Dieu. Dieu passe très près de nous, mais encore faut-il qu'il trouve la porte ouverte, que nous l'accueillions. Il y a forcément des moments où Dieu est passé, mais c'était occupé, occupé par autre chose.

Alors, que le Seigneur nous rende disponibles sur le plan intérieur, afin que nous allions trouver auprès de Lui ce dont nous avons besoin, pour nous, pour Lui, pour notre relation avec Lui.

 

 

AMEN

 

 
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