AU FIL DES HOMELIES

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DESCENDANCE D'ABRAHAM

Gn 18, 1-14

(10 avril 1984)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Tournai : Jessé 

D

ans la première lecture, nous avons entendu Dieu Lui-même promettre à Abraham cette descendance "nombreuse comme les étoiles du ciel ou le sable de la mer", cette descendance qui va s'incarner d'abord dans l'enfant de la Promesse, Isaac. Et, au-delà d'Isaac, cette descendance doit remplir toute la terre et il y a deux manières d'entendre cette "descendance d'Abraham" : une manière charnelle et une manière spirituelle.

       Charnellement, être de la descendance d'Abraham, c'est être de la race de ceux qui s'originent en Abraham. Et c'est en ce sens que les juifs croyaient pouvoir se réclamer d'Abraham comme de leur père, parce qu'ils descendaient charnellement de lui. Mais Jésus oppose à cette descendance qui n'est que selon la chair, la descendance du cœur, la descendance spirituelle. ''Si vous étiez réellement les enfants d'Abraham, vous feriez les œuvres d'Abraham" parce que vous seriez des héritiers non seulement de sa race, mais de sa foi. Et, en ce deuxième sens, être descendance d'Abraham c'est se rattacher par le cœur, par l'esprit à la foi d'Abraham. C'est porter en son cœur cette foi qui a animé Abraham quand Dieu est venu, contre toute espérance et contre toute vraisemblance, lui promettre une descendance, à lui qui était vieux et à sa femme qui, comme dit le texte de la Genèse "était déjà usée."

       La descendance d'Abraham, l'enfant de la Promesse, ce n'est pas seulement Isaac, mais c'est bien plus le nouvel Isaac, Jésus Lui-même qui parle avec les juifs dans le passage que nous venons d'entendre. Et Jésus se réclame, non seulement d'Abraham dont Il est la véritable descendance, à la fois selon la chair et selon l'esprit, puisqu'en Lui s'unissent ces deux filiations, celle de la foi qui a conduit jusqu'à sa naissance jusqu'à son incarnation, et celle de la chair que, par Marie, Il a reçue d'Abraham), non seulement Jésus se réclame d'Abraham, mais aussi d'avoir Dieu pour Père. C'est cela qu'Abraham avait pressenti. C'est pour cela qu'il s'était réjoui et c'est pour cela que les juifs qui se croient enfants d'Abraham, sont en réalité, ceux qui ont pour père ni Dieu, ni Abraham, mais l'esprit du mal, Satan.

       Dans cet évangile, nous avons une des révélations les plus fortes sur la personnalité de Satan, sur les caractéristiques de son tempérament, si j'ose dire. Satan est représenté avec le même réalisme, de la manière aussi concrète qu'Abraham lui-même. On est fils d'Abraham ou l'on est fils du diable, comme dit Jésus. Et ainsi le diable apparaît, non comme on voudrait le dire quelquefois, comme une idée, comme un s symbole, mais comme une réalité bien tangible, comme une personne aussi réelle que la personne d'Abraham, aussi réelle que la personne des Juifs qui discutent avec Jésus, que la personne de Jésus Lui-même. Le diable est le père de ceux qui refusent de croire en Jésus, parce que la paternité du diable est une paternité de mensonge. Il est homicide dès l'origine. En effet, dès l'origine de l'humanité, le diable a conduit l'homme à la mort, à la mort spirituelle par le péché, et à la mort corporelle par la désintégration de son être, par la désagrégation de ses forces vitales, son âme cessant d'être en harmonie avec le cœur de Dieu d'où elle a jailli, et par la même, cessant d'être en harmonie avec l'âme et le cœur de ses frères, en harmonie avec la chair même que cette âme doit animer, vivifier. Mort spirituelle par la rupture de l'amitié avec Dieu, mort corporelle par cette rupture d'harmonie entre le principe de vie qu'est l'âme et le corps qu'elle doit animer et vivifier.

       C'est pourquoi, en trompant l'homme, en lui faisant croire fallacieusement que la séparation d'avec Dieu, cette désobéissance par laquelle l'homme se coupe de cette dépendance vitale dans laquelle il était avec son créateur, en lui faisant croire que cette séparation d'avec Dieu serait pour lui la liberté, puisque Satan faisait croire à Adam qu'en mangeant le fruit de l'arbre, il deviendrait semblable à Dieu, l'égal de Dieu, aussi libre que Dieu, capable par lui-même de choisir ce qui est bien et ce qui est mal, de décider ou est le bien ou est le mal, Satan a trompé l'homme en lui proposant une illusoire liberté, cette pseudo liberté de faire ce que bon nous semble et qui n'est qu'une mort, qu'une source de mort, car, en devenant son propre maître, on se coupe des racines de sa vie et l'on ne devient qu'un être isolé, pauvre, nu, séparé du Dieu en qui l'on trouve sa force et sa vie.

       En trompant l'homme, en lui faisant miroiter une fausse liberté, Satan a tué les forces vitales spirituelles de l'homme, par le péché dans lequel il l'a conduit. Et il a tué l'homme en le faisant esclave, esclave de ses passions, esclave de cette fausse liberté. Et Jésus vient nous dire que c'est la vérité seule qui peut nous donner la liberté authentique, refusant le mensonge, le mensonge du "Père du mensonge" qui remplit sans cesse le monde parce que Satan est le "prince de ce monde" et qu'il répand partout la semence du péché, la semence du mensonge et donc la semence du malheur, de l'esclavage et de la mort. C'est seulement en rompant avec le mensonge du monde pour aller à la seule Vérité que Dieu nous révèle, Dieu qui nous a dit par le Christ "Que votre Oui soit oui, votre non soit non ! Le reste vient du mauvais " c'est seulement en redécouvrant cette vérité, vérité humaine d'abord, vérité de la vie, vérité du cœur, de la pensée, en redécouvrant aussi cette vérité de Dieu qui est la source même de la vérité humaine, c'est seulement ainsi que nous devenons réellement libres, libres en nous situant à notre vraie place, c'est-à-dire comme des créatures en face de leur créateur, comme des êtres aimés en face de Celui qui les aime, comme des êtres créés par amour en face de Celui qui, dans son geste d'amour, les porte à l'existence. C'est seulement de cette manière-là que nous trouvons la liberté véritable qui est l'épanouissement vrai de tout ce que nous sommes, dans cette communion d'amour avec Dieu qui n'est pas un esclavage comme le diable voulait le faire croire à Adam, mais qui est au contraire la source de toute beauté, de tout bonheur et de tout épanouissement de notre vraie liberté.

       En ce temps où nous préparons dans la pénitence à la fête de Pâques, que notre effort soit un effort de vérité, de vérité de notre vie, de vérité de notre cœur, de vérité de notre esprit et nos pensées. Rompons avec le Père du mensonge pour que la vérité nous fasse libres et pour que, ainsi libérés, nous puissions être vraiment les fils de Dieu et non pas les fils de Satan.

       AMEN

 

 
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