AU FIL DES HOMELIES

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LA VRAIE LIBERTÉ

Gn 18, 1-14 ; Jn 8, 31-46 a

Mardi de la cinquième semaine de carême – A

(11 mars 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, vous l'avez entendu, nous sommes là en face d'un texte extrêmement complexe non seulement parce qu'il nous la tension tragique qui va créer la rupture irréversible entre Jésus et son auditoire, essentiellement les juifs de Jérusalem, mais aussi parce que la manière dont l'évangéliste nous rapporte les paroles de Jésus met en jeu beaucoup de notions, des grandes idées de la civilisation judéo-chrétienne : la liberté, la vérité, fils d'Abraham, appartenance à un peuple.

Tout cela est très compliqué et on ne peut pas l'expliquer en une petite homélie de semaine. Mais j'aimerais simplement attirer votre attention sur une petite chose qui, si vous prenez la peine de relire l'évangile plus tard, à la maison, sera peut-être éclairante pour vous. C'est le fait qu'ici dans cet évangile, apparaît de façon assez claire que le mot "liberté " veut dire deux choses, Nous, évidemment, comme nous sommes français, et avec la révolution française, liberté, égalité, fraternité, nous croyons savoir ce que cela veut dire, mais ce n'est pas aussi clair que cela.

Le mot "liberté" dans le monde ancien a deux registres et c'est le malentendu qu'il y a dans cet évangile parce que les juifs pensent à un registre, et Jésus pense à un autre registre. Pour les juifs et pratiquement pour tous les hommes du monde antique, la liberté est un statut civil, social, politique, un statut dans la société. On naît libre, ce n'est pas une chose que l'on devient, il y a des cas exceptionnels où l'on peut affranchir des esclaves, on n'est, ou on naît libre. La liberté ne s'achète pas et ne se marchande pas, c'est un état. C'est pour cela que les grecs pour dire le mot liberté, avaient un mot qui nous paraît compliqué, cela voulait dire "liberté d'aller et venir" qu'on a gardé dans le vocabulaire juridique d'aujourd'hui. Cette liberté-là, c'est la liberté que vous avez et dont vous pouvez jouir comme vous voulez. Si je veux aller manger au Mac Do, ou si je veux aller manger au Clos des violettes, je suis absolument libre parce que mon état libre me permet (il faut aussi le porte-monnaie, d'accord), de choisir parce que je suis dans un état libre.

C'est précisément ce dont les juifs se réclament : nous avons pour père Abraham, notre filiation nous a donné un état dans lequel nous avons la véritable liberté. Donc, qu'est-ce qui peut rajouter à notre liberté ? Rien ! Nous avons tout, nous sommes libres. Jésus leur dit : si vous étiez vraiment libres vous feriez mes œuvres, pas celles qui consistent à tuer. Pour définir la véritable liberté, et c'est pour cela que Jésus fait entrer dans la tradition de la Bible, une nouvelle dimension de la liberté: ce n'est plus simplement un état, mais c'est la capacité d'en bien user pour le bien et pour les œuvres. A ce moment-là, liberté ne veut plus dire simplement un état, mais cela vise la capacité de réaliser des œuvres et des actes.

Précisément dans ce texte, Jésus ne veut pas dissocier les deux. Il dit : vous croyez qu'il suffit d'être dans l'état de liberté pour dire : je ne manque plus de rien, je n'ai plus besoin de rien, eh bien non ! Cela ne suffit pas d'être fils d'Abraham, il faut encore faire les œuvres qu'a faites Abraham, et les œuvres, c'est que vous croyiez, que vous écoutiez, que vous soyez disponibles à ma parole et finalement que vous fassiez les œuvres que vous pourrez faire par la grâce de la révélation que je suis venu apporter. Cela pose toute la question de l'homme, et c'est cela que Jésus dit à son auditoire. Il leur dit : si vous croyez que l'homme est simplement celui qui, par un état de naissance, de privilège, d'institution, de constitution politique est libre comme l'air, vous n'avez dit que la moitié de la liberté. Tant que vous n'avez pas envisagé cette liberté dans son application concrète, dans la manière dont elle se tourne vers le bien, vous n'êtes pas encore libre, et même pire, la liberté n'est plus un état qui vous préserve, elle est un état qui vous expose à redevenir esclave. D'où la controverse à la fin sur le problème du mal et des œuvres mauvaises et du diable. A partir du moment où vous avez mal usé de la liberté, vous l'avez tournée vers le mal, non seulement vous avez perdu l'état, vous êtes asservis, mais vous avez perdu aussi la capacité de faire le bien.

Frères et sœurs, je crois que c'est très important de réaliser cela parce qu'aujourd'hui, il y a beaucoup d'ambiguïté autour de la liberté, et notamment dans notre propre vie spirituelle. La vie baptismale n'est pas un droit, c'est une grâce, et qui dit grâce, dit non pas simplement le fait de se voir conférer un état qui vous met (par hypothèse) au-dessus des autres, mais c'est un appel et une vocation. Et si cette grâce ne suscite pas en nous les œuvres et les exigences de l'activité du salut, à ce moment-là, cette grâce est perdue.

C'est bien cela que Jésus est en train d'expliquer à son auditoire : on ne peut pas se prévaloir d'une certaine manière pour dire qu'on est libre, cela ne suffit pas, ce n'est pas la véritable liberté.

Frères et sœurs, je crois que nous pouvons profiter de ce temps pour nous réexaminer sur notre propre liberté et notre manière d'en être les témoins.

 

AMEN

 

 

 

 
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