AU FIL DES HOMELIES

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L'ENFANT EST TOUJOURS UNE PROMESSE

Gn 18, 1-14 ; Jn 8, 31-46 a

Mardi de la cinquième semaine de carême – B

(27 mars 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

La visite à Mambré

F

rères et sœurs, et vous tous les membres de la famille de Frédéric, vous vous êtes peut-être demandé pourquoi il se fait que nous lisions des textes aussi étranges aujourd'hui sur Abraham, sur le Christ et ses débats sur la filiation des juifs au sujet d'Abraham. C'est vrai que c'est assez compliqué.

Je voudrais vous ramener à une chose qui vous touche très profondément et qui est dit dans le premier texte. Ce texte est assez connu, puisque nous parlons de Frédéric un peintre, peut-être a-t-il admiré lui-même, la fameuse icône de Roublev où l'on voit trois anges assis autour d'une table. Cette icône évoque les trois anges qui sont venus visiter Abraham et la tradition a vu dans ces trois anges, les trois personnes de la Trinité. C'est Dieu qui est venu rendre visite à Abraham. C'est déjà un récit vraiment pictural. La deuxième chose plus profonde et liée au texte, c'est que ce texte nous apprend une chose extraordinaire que nous vivons dans les familles, c'est que l'enfant est une promesse. Voilà le secret de ce texte.

Un enfant, c'est une promesse. Quand un enfant arrive ce n'est pas simplement un processus biologique qui s'est mis en route, il y a une sorte de promesse qui l'entoure. Il y a tout un passé, il y a des ancêtres, il y a des attentes, des espoirs, il y a tout cela qui fait qu'au moment même où cet enfant est conçu est comme le concentré de toute une histoire qui l'a précédé, c'est l'histoire des grands-parents, de tous ceux qui vont petit à petit l'entourer, le cajoler, le faire grandir. Un enfant est toujours enfant d'une promesse.

Ce texte de la Genèse nous raconte que pour Isaac, comme pour tout enfant, c'est la même chose, un enfant est toujours une promesse de Dieu. Nous ne nous en rendons pas compte parce qu'on nous a fait comprendre que nous étions une promesse comme nos frères et sœurs, donc, cela a déjà un peu rabaissé le niveau, on nous a appris que nous étions une promesse de Dieu. Comme toute promesse, c'est un acte gratuit, donné. Dans le récit c'est souligné par le fait que Abraham et Sara ont déjà dépassé l'âge de devenir parents, Sara a quatre-vingt dix-neuf ans, c'est un record, ce texte nous redit que la promesse est un don gratuit. Comment accueillir, comment vivre le mystère de la paternité et de la maternité sinon sur ce mode de la gratuité et du don. Si chaque enfant est une promesse, ce qui est le plus dur, c'est que c'est une promesse sur laquelle nous n'avons pas de prise, c'est tout autre chose. Même pour Isaac, et pourtant, on peut dire qu'il était l'enfant cajolé, chéri, il y a eu un moment où Abraham a dû monter sur le mont Moriah, pour commencer à procéder à ce sacrifice humain qui est ignoble, mais qu'il réalise par obéissance, et ce que veut dire le texte, c'est que la promesse ne lui appartient pas.

C'est peut-être l'aspect le plus difficile et le plus profond dans le mystère de notre existence Comme parents, comme membres d'une famille, tous les enfants de toute la génération qui vient sont une promesse. Et nous n'avons pas de prise sur ce don gratuit. Elle va grandir, elle va nous échapper, parfois par des chemins dont on voudrait qu'ils n'existent pas ou par des difficultés incroyables. Mais, et c'est cela qui est le plus important, cela reste une promesse. C'est cela que j'aimerais que nous fassions nôtre aujourd'hui à partir de ce texte, c'est que quoiqu'il se soit passé, Frédéric reste une promesse, il reste un don gratuit. Il reste quelqu'un qui a quelque chose à nous dire, à nous donner, à partager avec nous, d'une façon peut-être qui n'est pas du tout celle que nous aurions voulu, c'est un autre problème, mais il continue d'être pour nous une promesse. Seulement, il ne l'est plus comme nous l'avions souhaité. C'est à la fois très dur, parce que nous avons toujours des visées sur les promesses, mais c'est en même temps très grand parce que même si cela ne correspond pas à notre manière de voir, à nos projets, à ce que nous attendions, cela reste ce don gratuit qui ne cesse de surgir, de rejaillir et de recréer en nous quelque chose de la promesse originelle.

Ce n'est pas pour nous replier sur le passé, car les promesses ne nous replient jamais sur le passé, les promesses nous projettent toujours au-delà de nous-même. C'est pour cela qu'elles sont toujours difficiles à gérer, car c'est à la fois un cadeau, c'est inouï, c'est magnifique, et en même temps, les promesses nous arrachent à nous-même.

Au cours de cette eucharistie, en priant pour Frédéric, en priant les uns pour les autres, demandons que nous comprenions tous, malgré tous les événements qui se sont déroulés dans nos familles, les arrachements, que nous comprenions ce sens de la promesse. Il s'agit de quelque chose, quelqu'un qui nous fait nous dépasser nous-même qui nous arrache à nous-même et nous fait entrevoir quelque chose que par nos propres forces, par la vie toute simple n'aurait jamais surgi et qui pourtant peut surgir. Et ce qui nous dit que la promesse vient de Dieu, c'est que cette promesse ne faillira pas.

 

AMEN

 

 

 

 
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