AU FIL DES HOMELIES

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ES-TU PLUS GRAND QU'ABRAHAM ?

Gn 15, 5-17 ; Jn 8, 51-59

Mercredi de la cinquième semaine de Carême – A

(11 avril 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

E

 

n entendant parler Jésus, cet étranger qui s'était assis sur le puits de Jacob la samaritaine lui avait dit : "Es-tu plus grand que notre père Jacob qui a creusé ce puits, qui y a bu et y a fait boire ses troupeaux ?" Et Jésus lui avait révélé qu'Il venait apporter une source vive qui ne montait pas des profondeurs du puits creusé par Jacob mais qui allait jaillir de son propre cœur et qui était la vie éternelle. Et lorsque Jésus, devant les interrogations de la samaritaine, s'était révélé, Il avait dit : "Le Messie, le Christ qui doit venir, c'est Moi qui te parle !" Elle avait fait référence aux pères dans la foi, et Jésus s'était révélé comme celui qui venait accomplir les promesses que ces pères avaient reçues. Et elle avait cru. Elle avait cru que tout ce que lui disait cet homme, c'était la vérité.

Les juifs, aujourd'hui disent à Jésus : "Es-tu plus grand que notre père Abraham ?" Et Jésus leur répond, de façon encore plus claire qu'à la Samaritaine :"Avant qu'Abraham fut, Je suis !" Non seulement il fait référence à Abraham, non seulement il fait référence à sa foi, non seulement il fait référence à la promesse qu'il a reçue et à laquelle les juifs adhèrent, mais Il se révèle comme étant non seulement plus grand qu'Abraham, mais comme étant avant Abraham, manifestant ainsi qu'Il est ce Dieu même qui a parlé à Abraham, qu'il est le Fils du Père qui a promis à Abraham une descendance "aussi nombreuse que les étoiles du ciel" et qui lui avait donné, dans le sacrifice et dans le feu partageant les animaux, le signe même de la réalisation de cette promesse.

Les juifs ne reçoivent pas le témoignage du Christ. Ils croient en Dieu. Ils croient aux promesses faites à leurs pères, mais ils ne reçoivent pas Dieu Lui-même quand Il vient sur la terre et ils n'adhèrent pas à la réalisation de ses promesses. Ils ont une lecture peut-être trop événementielle de la foi. Il leur manque, alors que Jésus est devant eux, ce sens profond et spirituel de Dieu qui se présente comme étant le nouvel Isaac. Lorsque Dieu avait promis un fils à Abraham, celui-ci avait ri, non pas par incrédulité, comme on le pense peut-être, mais par étonnement. L'étonnement d'une promesse humainement irréalisable, rationnellement impossible. Son cœur et ses lèvres avaient tressailli de joie parce que Dieu s'était approché de lui. En Jésus, non seulement Dieu s'approche, mais Dieu devient le Fils de cette promesse. Il est cet Isaac spirituel et ce ne sont plus des animaux qui vont être déposés sur l'autel pour manifester la réalité de la promesse, c'est le Fils même, cet Isaac nouveau qui va être déposé sur la croix, qui va manifester sa toute-puissance dans le don de l'Esprit, et qui va ouvrir le jour nouveau, ce jour qu'Abraham a pressenti parce qu'il a cru que la Parole venait de Dieu et que cette Parole, d'une façon ou d'une autre, allait vraiment, en vérité, se réaliser.

Sa foi lui fut tenue pour justice. Cette justice, le Christ vient l'accomplir. En approchant de la célébration de la Pâque du Seigneur, du sacrifice du nouvel Isaac, de la réalisation des promesses faites à Abraham, en approchant du jour que Dieu va nous donner, et qui est le jour éternel dont Abraham a simplement vu, à l'horizon de sa foi, les premières lueurs, qu'en approchant de ces jours notre foi au Christ, fils de Dieu, fils de la Promesse, s'approfondisse ? Que nous n'en restions pas simplement, j'allais dire à une croyance faite d'habitudes ou de routine, en ce Dieu qui vient nous sauver. Mais que cet évangile de saint Jean, ce que nous allons lire encore, s'approfondisse en nous, creuse en nous comme un puits nouveau au fond duquel nous pourrons, comme la samaritaine, puiser cette vie nouvelle, cette eau nouvelle, cette eau vive, qu'Il vient nous donner pour vivifier toutes nos incrédulités, pour vivifier tous nos doutes, et pour que nous puissions adhérer pleinement à sa personne, Lui qui est Dieu, Lui qui est avant toutes choses, Lui qui est avant tout être, et Lui en qui nous serons tout.

 

AMEN

 
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