AU FIL DES HOMELIES

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DESCENDANCE D'ABRAHAM

Gn 15, 5-17 ; Jn 8, 51-59

Mercredi de la cinquième semaine de carême – C

(19 mars 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

D

epuis plusieurs jours déjà, et parce que nous nous approchons de dénouement de la Pâque du Christ, nous sommes les témoins de ce long procès entre le peuple de Jérusalem et le Christ. Ce procès dévoile progressivement la volonté de mort du peuple sur son Messie.

Dans un premier temps, les responsables de Jérusalem envoient les gardes, mais ceux-ci "n'osent pas mettre la main sur Lui". Ensuite, ils essaient de le lapider, mais Lui se dérobe, car "son heure n'est pas encore venue !" Et finalement, la troisième étape ce sera la décision prise autour d'Anne et de Caïphe : "Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour tout le peu­ple !" décision qui sera, enfin, ratifiée et exécutée par le fait de livrer le Christ entre les mains de Pilate, et qui s'achèvera pas la condamnation et la croix.

Ainsi donc, Jean prend bien soin de nous montrer que la mort du Messie n'est pas simplement le résultat d'une sorte de circonstance favorable au moment même où le complot contre Jésus réussit, mais qu'en réalité, le Christ quand Il vient au milieu de ce monde, fait vraiment apparaître, en ce monde, le désir et la volonté de mort, qu'il y a vis-à-vis de Jésus cette espèce de déploiement par vagues successives d'un désir de faire disparaître Celui-là même qui, pourtant, est la vie et qui est venu apporter la vie.

Et ceci se concrétise précisément dans la dis­cussion au sujet d'Abraham. Que représente Abraham ? Il représente la paternité en Israël. Et la paternité, cela signifie à la fois les racines et la transmission d'un héritage. Abraham a été le père des croyant parce que le croyant par excellence. Et quiconque se situe dans cette descendance ("Notre père, c'est Abraham !") se situe dans une descendance de vie, vie qui est suscitée, animé par la foi en la puissance de la Parole de Dieu. Or précisément, Jésus renvoie la question de la paternité qu'exerce Abraham sur ce peuple. Et à ceux-là même qui disaient : "Quelle est l'origine de Celui-ci ?" le Christ renvoie Israël à la question de ses propres origines. Dans le passage que nous avons entendu aujourd'hui, le Christ fait reconnaître à ceux qui le prennent en haine, qu'en réalité ils ne s'inscri­vent pas dans une descendance de vie, ils ne s'inscri­vent pas vraiment dans la descendance d'Abraham, mais ils s'inscrivent dans la descendance du démon. Car pour pouvoir s'inscrire dans la descendance de la vie, il faut, comme Il le dit "que la Parole pénètre dans le cœur de l'homme".

Jésus se donne à son peuple comme la Parole, avec toute la force concrète de ce mot, quelque chose qui est comme une source et un dynamisme de vie. Et dans la mesure où cette Parole entre dans le cœur de l'homme, elle engendre la vie. Elle ne peut vouloir que la vie. Et par conséquent, le Christ dit à Israël : Si vraiment c'était la Parole de Dieu, qu'elle entre dans ton cœur par la foi d'Abraham ou qu'elle entre dans ton cœur par la foi en mes paroles, toujours cette Pa­role, comme une force engendrait en vous des œuvres de vie. Seulement, parce que vous ne posez que des œuvres de mort, c'est un signe que vous êtes en réalité des fils du démon, c'est-à-dire que vous portez en vous cette hérédité de la mort qui ne peut que pro­duire des œuvres de mort.

Ainsi donc la mort de Jésus-Christ devient, au milieu même de l'humanité, l'expérience du Jugement, pour manifester au grand jour l'origine de ceux pour qui Il est venu. Chaque fois que nous sommes remis devant le mystère de la mort du Christ, nous sommes toujours remis devant la question de notre origine. Est-ce que notre origine c'est l'amour du Père, mani­festé à Abraham ? Est-ce que notre origine se mani­feste par des œuvres de vie, c'est-à-dire essentielle­ment accueillir le témoignage du Christ ? Ou au contraire, notre origine ne se traduit-elle pas par des œuvres de mort que nous sommes capables de poser et qui, à ce moment-là, manifestent que nous ne sommes pas enfants de Dieu ?

Ainsi en est-il du Christ, le Fils aîné. S'Il est l'aîné, s'Il est le premier-né de toute créature, c'est parce que, tout en étant Fils Lui-même, comme nous, Il est le Fils révélateur de la vérité même de notre existence. Lui est le Fils en plénitude car tout ce qu'Il fait est Vie," En Lui était la Vie". Tandis que nous, nous ne sommes fils que par participation à Lui, en recevant de Lui la vie des fils. Et trop souvent nous sommes capables de recevoir en nous, non pas une vie, mais une source de mort. Qu'en nous avançant vers cette Pâque nous découvrions cette puissance de la Parole de Dieu qui est en nous source de vie, qui dévoile en nous cette plénitude de la vie que le Christ est venu apporter par sa Parole, par la conversion de notre cœur et par la manière dont, jour après jour, Il tisse notre fidélité d'enfants de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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