AU FIL DES HOMELIES

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ABRAHAM A EXULTÉ DE JOIE

Gn 15, 5-17 ; Jn 8, 51-59

Mercredi de la cinquième semaine de carême – C

(31 mars 2010)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

'est une très belle parole que celle de Jésus à propos d'Abraham : "Il s'est réjoui, il a exulté à la perspective de voir mon jour, et en vérité, il l'a vu ! Et ce fut pour lui source de joie !" Mais il faut faire attention et bien relire le texte de la Genèse que nous avons entendu tout à l'heure pour essayer de comprendre quel était ce "jour" et quelle fut cette joie.

Lorsque Dieu dit à Abraham : "Lève les yeux et regarde vers le ciel. Tu auras une postérité aussi nombreuse que les étoiles", c'est merveilleux. Dieu sait prendre le langage poétique de sa propre création pour élever notre propre sentiment et faire décoller notre espérance de la glèbe, de la terre à laquelle nous sommes si souvent attachés et même parfois enseve­lis. Mais la promesse faite par Dieu à Abraham ne concerne pas uniquement le nombre des étoiles et sa postérité. Il n'y a pas simplement une perspective de lumière et de développement.

Un peu plus loin, Dieu dit à Abraham : "Fais bien attention, sache bien que tes descendants seront des étrangers dans un pays qui ne sera pas le leur. Ils seront esclaves, Ils seront opprimés pendant des centaines d'années". Dans le psaume 17, nous chan­tions : "Dieu a caché sa gloire dans des nuées de té­nèbres." C'est cela que veut dire ce verset du psaume.

Dieu est caché dans la ténèbre. Dieu qui est lumière, Dieu qui est annonce d'une postérité de joie, annonce d'une présence aussi belle, aussi profonde que le ciel et ses étoiles, nous dit que sa présence est enveloppée, cachée sous un voile de ténèbres. Et ce fut cela pour Abraham : "Regarde les étoiles, tu auras une descendance aussi nombreuse, mais cette descen­dance ne vivra pas dans les étoiles, elle vivra sous l'oppression, elle vivra en terre étrangère, elle sera en esclavage."

C'est cela qu'Abraham a compris. C'est pour cela que sa joie, sa joie dont témoigne le Christ Lui-même, cette joie est celle non pas de la naïveté, j'allais même dire de la naïveté spirituelle, mais celle de la réalité, de la réalité de la foi. Et la réalité de la foi qui est lumière est elle-même enveloppée de ténèbres. Nous vivons d'une promesse qui est celle du Christ. Et cette promesse est avant toute chose. ''Avant qu'Abraham fut, Je suis !" La promesse, c'est le Christ dont la descendance, parce qu'Il est source de toute vie, sera aussi nombreuse que les étoiles. Mais les étoiles sont inscrites dans un firmament de ténèbres.

Ce firmament de ténèbres c'est que, pour nous, nous sommes aussi encore en terre étrangère, en terre du péché, que nous sommes esclaves du mal, que nous sommes opprimés par la souffrance. Il n'y a pas loin entre la promesse faite à Abraham et notre vie. Donc il n'y a pas loin, il ne devrait pas y avoir loin, entre la joie d'Abraham et la nôtre. Car il s'est réjoui en sachant très bien que ce qui était la source de sa joie, cette lumière, cette promesse, serait d'abord inscrite dans un ciel de ténèbres, dans le péché, dans le mal, dans l'esclavage.

Ce qu'Abraham a cru et ce dont il s'est réjoui, c'est cela même que le Christ, en son sacrifice, est venu accomplir. Alors Abraham est parti de la pro­messe d'un ciel lumineux, en passant par la vérité du mal, de l'esclavage, du péché et de la mort, mais, se­lon le livre de la Genèse, il est arrivé à recevoir le sacrifice des animaux partagés. Je vous rappelle le texte : "Le soleil fut couché, les ténèbres s'étendirent, c'est le voile dont parlait le psaume, "mais un brandon de feu est venu passer dans les animaux offerts." C'est cela la Pâque de Jésus, c'est cela dont nous vivons, ce qui veut dire que ce qui est la source de notre joie, ce n'est pas le plein soleil ; c'est quand le soleil est cou­ché et les ténèbres qui s'étendent, la certitude qu'à l'intérieur même de cette obscurité, de ce péché et de cet esclavage, passe un brandon de feu, la présence du Christ qui avant Abraham fut.

Nous sommes fils d'Abraham, nous vivons d'une promesse qui est accomplie, c'est la Pâque du Christ. Mais nous ne marcherons vers le sacrifice total et définitif de notre propre Pâque qu'à la manière dont a vécu et marché le descendant d'Abraham, étranger, esclave et opprimé. Il ne faut pas s'en désespérer, puisque c'est là que repose, comme une étoile dans l'obscurité du ciel, l'assurance de notre joie et de notre salut.

 

AMEN

 

 

 
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