AU FIL DES HOMELIES

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LA FOI D'ABRAHAM

Gn 15, 5-17 ; Jn 8, 51-59

Mercredi de la cinquième semaine de carême – A

(4 avril 1990)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

A

u milieu des difficultés, des altercations de Jésus avec les juifs qui le conduisent petit à petit jusqu'à sa Passion, ce jour est plus par­ticulièrement consacré à Abraham. La discussion porte sur Abraham et nous avons lu le récit très ancien de l'Alliance de Dieu avec Abraham. Cette alliance se pratique selon le rite très ancien décrit. On partage des animaux offerts en sacrifice et les deux parties contractantes passent entre les moitiés partagées des animaux pour sceller ainsi leur alliance par le sacri­fice offert. Or dans l'épisode de l'Alliance de Dieu et d'Abraham, Dieu seul sous la forme d'un brandon enflammé, passe entre les animaux partagés pendant qu'Abraham est saisi d'une profonde torpeur. C'est dire que l'alliance de Dieu avec Abraham est une al­liance gratuite, une alliance unilatérale. Dieu ne s'en­gage pas moyennant tel ou tel mérite, telle ou telle action accomplie par l'homme. Dieu s'engage seul, de façon absolument gratuite et sans qu'il y ait de la part de l'homme de contrepartie.

C'est cet engagement de Dieu à l'égard d'Abraham qui a été l'objet de la foi d'Abraham. "Abraham crut et cela lui fut compté comme justice !" Comme justice entendez comme sainteté. Il n'est pas demandé à Abraham d'autre acte de sainteté que celui de sa foi. Sa foi sans limite dans ce Dieu qui s'engage totalement, sans contrepartie. C'est cette foi d'Abra­ham qui a fait que devant la stérilité de son épouse Sara, que devant sa propre vieillesse, il a cru."Il a espéré contre toute espérance" nous dit l'épître aux Hébreux quand Dieu lui promettait "une postérité nombreuse comme les étoiles du ciel ou le sable de la mer". A l'évidence cela était impossible. Il était sans enfant, il était trop âgé pour avoir des enfants et sa femme elle-même ne pouvait plus avoir d'enfant. Pourtant, il a cru et Dieu lui a donné Isaac. Ensuite, contre toute évidence encore une fois, de façon ab­surde, Dieu lui a redemandé Isaac, demandant à Abraham de l'offrir en sacrifice, selon ce geste à la fois absurde, offrir en sacrifice ce qui était l'objet même de la promesse, ce geste abominable, offrir en sacrifice son propre enfant. Et Abraham n'a pas hésité dans la foi. C'est pourquoi Dieu a arrêté son bras et lui a rendu Isaac.

Cette foi d'Abraham, cette foi par laquelle, à deux reprises, il a reçu gratuitement de Dieu l'objet de la promesse, cette foi fait de lui "le père de notre foi". C'est pourquoi Jésus peut dire qu'il a exulté en voyant son jour. Abraham est mort longtemps avant l'accom­plissement de la promesse, mais dans la foi il est contemporain de cet accomplissement. D'une certaine manière, cette foi sans défaillance lui fait "voir" avec les yeux du cœur l'accomplissement de la promesse qui lui a été faite. Et Jésus nous dit que "Abraham s'est réjoui à la vue du Jour du Fils de l'Homme pro­mis". Abraham s'est réjoui car la Genèse est pleine de cette joie d'Abraham. Tout d'abord quand Dieu lui promet Isaac. Abraham a d'abord comme un rire d'in­crédulité, mais ce rire se transformera en rire de joie car le nom même d'Isaac veut dire "sourire de Dieu". C'est donc dans cette sorte de joie secrète, intérieure, mystérieuse qu'Abraham s'est avancé dans la foi. Saint Irénée, commentant ce passage de l'évangile nous dit : "La joie d'Abraham s'est répandue sur ses descendants C'est la joie de Marie et de Joseph à la naissance de Jésus, c'est la joie des bergers appelés par les anges, c'est la joie de Siméon recevant Jésus dans ses bras. Par la communication de la foi, cette foi d'Abraham dont nous héritons et cette foi qui, des­cendue d'Abraham dans le cœur de chacun d'entre nous, remonte jusque vers sa source, la joie des des­cendants d'Abraham est remontée jusqu'à lui. Par avance, dans cette foi sans défaillance qui porte en elle notre foi à tous, Abraham, déjà, a goûté la joie de ceux qui verraient l'accomplissement de ce qu'il a cru."

Alors nous devons nous mettre à l'école d'Abraham. Nous vivons de sa foi. C'est parce qu'il a cru que nous sommes là, c'est parce qu'il a cru qu'Il a reçu Isaac, le sourire de Dieu, c'est parce qu'il a cru qu'Isaac a eu de nombreux descendants et que Jésus est la descendance d'Isaac et d'Abraham. C'est parce qu'Abraham a cru que nous croyons aujourd'hui, c'est parce qu'il a cru que l'Église existe Et c'est dans cette confiance sans limite dans la gratuité de Dieu que nous devons, nous aussi, nous mettre à l'école d'Abra­ham. Les dons de Dieu ne sont pas toujours évidents. A certains moments, les évènements de la vie nous semblent absurdes, mais seule la foi peut nous permettre d'adhérer, au-delà des apparences, au-delà des contradictions apparentes, d'adhérer à ce dessein de Dieu qui est plus fort que notre logique, qui est plus fort que la logique des évènements et qui nous conduit au salut.

 

 

AMEN

 

 
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