AU FIL DES HOMELIES

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LE FILS

Gn 15, 5-17 ; Jn 8, 51-59

(23 mars 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL 

 

Monthermé : Église Saint Léger 
Fresque de la Sainte Trinité 

L

e discours que nous entendons en ces jours dans l'évangile selon saint Jean nous introduit dans le mystère le plus profond de la filiation entre le Père et le Fils. Et la façon dont Jésus argumente et répond aux juifs qui l'entourent revient à reprendre incessamment qu'Il est le Fils. Afin de mieux comprendre ce dont il s'agit et de répondre à cette question posée par les juifs : "Qui prétends-Tu être ?" il nous est bon de replacer au bon endroit ce que nous aurions dû être avec le Fils si la chute ou le péché originel ne nous avait pas touchés.

       C'est vrai que Dieu a placé son Fils comme premier-né d'une multitude. Il a placé le Fils comme frère aîné de tous les hommes. Et nous pouvons imaginer que si le péché originel n'avait pas touché l'humanité, c'est comme un seul groupe centré sur le Fils que nous aurions marché, que nous aurions appris à transformer ce monde pour le ramener au Père. En tête, le Fils de Dieu, et derrière lui, comme serrés, stimulés par lui, chacun de nous les hommes aurait transformé, illuminé, aurait transfiguré ce monde et aurait ramené cette création que Dieu avait faite pour que, dans sa liberté, elle puisse lui revenir.

       C'est cela la gloire de Dieu promise par le Père au Fils, et en raison du Fils, à chacun des hommes. C'est cette destinée profonde qui est la nôtre de transformer ce monde et de le ramener au Père. A cause de la chute, le Fils est resté seul. Il est resté le seul témoin fidèle de ce dessein du cœur de Dieu. Il est le seul garant de ce projet de Dieu, de vouloir ramener à lui la création.

       Nous sommes dispersés, nous sommes maintenant un peuple errant qui cherchons notre pasteur, et Christ a été isolé, seul garant, seul témoin fidèle, comme dirait l'Apocalypse "le seul Amen" au Père. Le Fils, aujourd'hui, au milieu de nous, au milieu de la violence de la haine, du mensonge et du péché, le Fils est celui qui continue à dire "Amen !", de cet amen intérieur, puissant et profond, étant le seul reste possible, le seul témoin de ce projet du Père.

       Reconnaissons dans la passion du Fils, dans celui qui maltraité, outragé, humilié par notre violence et notre péché, reconnaissons celui qui s'est voulu le seul garant fidèle à ce projet initial du Père qui voulait voir sa création s'illuminent, se transfigurer et revenir à lui. Par l'Esprit, en Église, nous formons maintenant un nouveau peuple, nous apprenons de nouveau à marcher derrière notre pasteur, à marcher comme un seul peuple, comme le Père aurait voulu que nous marchions auparavant. Il nous apprend à marcher comme à des enfants. Il nous a pris par la main pour faire de nous ses enfants bien-aimés, pour de nouveau faire de nous des fils, car c'est bien là le projet de cœur de Dieu de recommencer ce projet inlassable, de constituer en chacun de nous des fils à l'image de son Fils.

       C'est cela que le carême nous invite à faire, à nous prêter à ce remodelage que Dieu veut faire en nous pour faire de nous des enfants à l'image même de son Fils. Alors acceptons qu'il y ait quelques croix, quelques passions dans notre vie, car cette croix et cette passion nous modèlent, nous configurent à celui qui est notre bien-aimé, Christ, le Fils de Dieu Lui-même qui, partant vers sa Passion, nous amènera dans sa Résurrection.

       AMEN


 

 

 
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