AU FIL DES HOMELIES

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LA NOUVELLE ALLIANCE DANS LE SANG DU CHRIST

Gn 15, 5-17 ; Jn 8, 51-59

Mercredi de la cinquième semaine de carême – C

(8 avril 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

vant qu'Abraham fût, Je suis !" La discussion entre Jésus et les pharisiens porte sur le fait de la mort. "Celui qui croit en Moi ne connaîtra jamais la mort !" Et l'argument que lui ré­torque la foule des juifs c'est qu'Abraham est mort, les prophètes sont morts. Par conséquent peux-tu préten­dre vaincre la mort ? Et Jésus dit : c'est vrai qu'ils sont morts, pourtant avec Moi, on ne connaîtra pas la mort. Et la preuve que Je suis depuis toujours c'est qu'avant même qu'Abraham ait existé, "Je suis".

Cette manière de raisonner peut nous sur­prendre un peu, mais voici en gros ce que cela veut dire. La mort, telle que l'entend saint Jean, n'est pas seulement, même si elle l'inclut, la mort biologique. Dans saint Jean, la mort c'est une notion assez com­pliquée qui veut dire essentiellement la séparation d'avec Dieu. Mourir c'est "être loin de Dieu." Donc l'inverse de la mort, c'est bien entendu la vie, mais pas simplement la vie biologique, mais la vie avec Dieu c'est-à-dire l'alliance. Autrement dit, on a deux va­leurs absolument opposées, vie et mort ce qui est pour nous le plus familier car cela relève de notions qui nous sont proches, mais mort veut dire non seulement ne plus exister mais "être coupé de Dieu", de même que vie totalement vie c'est être dans l'Alliance. Si bien que mort et alliance sont les deux opposés les plus radicaux qu'on puisse imaginer.

Dès lors, on comprend pourquoi Jésus dit : "Celui qui croit en Moi ne connaîtra jamais la mort !" parce qu'à partir du moment où Il est intégré à l'amour et à la personne de Jésus, Celui-là ne peut pas connaître la séparation, ne peut pas connaître de rup­ture d'alliance et donc ne peut pas connaître la mort. Et les pharisiens raisonnent uniquement du point de vue biologique en disant tout le monde meurt. Et Jé­sus veut leur faire comprendre que la mort n'est pas exactement cela. On comprend alors le rapport mysté­rieux entre les deux textes.

Quand Abraham scelle la toute première al­liance sacrificielle, celle par laquelle Dieu passe entre les animaux partagés, ce n'est pas simplement la mort des animaux qui scelle l'Alliance car pour qu'il y ait une alliance, il faut consentement des deux côtés. Mais quel est le consentement du côté de Dieu ? C'est déjà Jésus. C'est déjà le mystère du salut de Dieu. C'est parce que Dieu veut nous donner Jésus qu'Il donne à Abraham un premier signe d'alliance à tra­vers une coutume rituelle de l'époque. Ainsi donc Jésus peut dire : "Avant qu'Abraham fût, Je suis !" puisque au moment même où Abraham sacrifiait ses animaux, j'étais déjà l'Alliance entre mon Père et lui. Et même j'étais ce qui rend possible toute alliance, donc j'étais avant lui.

Ainsi la compréhension du mystère du Christ n'est pas simplement de donner une nouvelle source de vitalité biologique à l'humanité, ce qui en soi ne serait pas un mal, mais qui n'est pas son programme. Le but propre que cherche Jésus c'est de nous faire vivre mais dans l'Alliance. Parce que Jésus est l'Al­liance. C'est pour cela qu'Il accomplira définitivement l'Alliance que Dieu voulait lorsqu'au moment même où Il va mourir, Il donne le signe de l'Alliance qui n'est plus un animal extérieur mais est son corps et son propre sang. L'eucharistie est le moment où le corps et le sang du Christ jouent définitivement et pleinement le rôle d'Alliance, où ce corps que le Christ a fait totalement sien par l'Incarnation devient l'Alliance. A ce moment-là, l'Alliance n'est plus sym­bolique, à travers des animaux, à travers la mort sacri­ficielle d'animaux, mais elle devient réelle, elle de­vient totale. Nous sommes en Alliance avec Dieu dans le Christ. Ainsi le Christ est la "condition", la racine et le principe de toute alliance.

Vous comprenez pourquoi célébrer Pâques a tant d'importance. Lorsqu'on célèbre Pâque, on célè­bre l'accomplissement de l'Alliance c'est-à-dire le Christ qui se fait alliance, qui se donne comme al­liance totale, plénière et définitivement réalisée entre le Père et nous. Donc Il est plus que les animaux par­tagés, Il est plus que tous les signes sacrificiels de l'ancienne Alliance. Il est Lui-même l'Alliance. Lui qui est à la fois Dieu et homme devient condition de la rencontre de Dieu et de l'homme Et cela non seu­lement au moment même où Il se manifeste sur la terre, mais tous les balbutiements de rencontre qui ont eu lieu depuis la création, et notamment avec Abra­ham dans la foi, tous ces premiers balbutiements étaient déjà, dans le Christ, Alliance qu'ils avaient lieu.

Que cette contemplation du mystère du Christ comme Alliance nous aide à chaque eucharistie à mieux deviner ce qu'est notre propre vocation : rentrer dans l'alliance de Dieu, dans le mystère du Christ-Alliance.

 

 

AMEN

 

 
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