AU FIL DES HOMELIES

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AVANT QU'ABRAHAM FUT, JE SUIS

Gn 15, 5-17 ; Jn 8, 51-59

Mercredi de la cinquième semaine de carême – A

(31 mars 1993)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ifficile pour ces hommes qui entouraient Jésus dans le temple de réaliser que cet homme fait de chair et de sang, qu'ils avaient plusieurs fois rencontré et qui était venu prier dans le temple comme ils priaient eux-mêmes et qui n'avait pas encore cinquante ans, difficile de croire qu'il eut connu leur père à tous, Abraham. Jésus essaie de leur expliquer son origine, essaie de forcer leur intelli­gence pour que, derrière l'apparence de Jésus, sa chair et ses os, son origine terrestre, ils découvrent une autre origine. Non seulement une autre origine mais aussi une autre destinée, comme si la personne de Jésus qui était venue sur terre ne pouvait pas rentrer dans cette histoire terrestre mais appartenait à l'his­toire du monde tout entier.

"Avant qu'Abraham fût, Je suis !" Il était donc là vivant avant qu'Abraham ne vienne sur cette terre. Il était auparavant auprès du Père. Il était là vivant comme une personne divine. C'est ce qu'Il leur expli­que. D'ailleurs Il ne dit pas : "Avant qu'Abraham fût, j'étais," mais "Avant qu'Abraham fût, Je suis !" ce qui tout à la fois nous porte dans un passé qui n'est plus mais un passé qui est l'infini de Dieu et en même temps cet infini, avant nous et après nous, prouvant que Jésus est à la fois plus ancien et n'a pas d'âge par rapport à cette terre, et en même temps, plus jeune et plus nouveau que l'âge de notre terre. Il est comme Dieu, Il est de l'éternité de Dieu. Il n'est pas de notre temps, Il est descendu dans ce temps pour nous dire le Père qui Lui est dans les cieux.

Lorsque dans l'Ancien Testament nous enten­dons les différentes figurations qui annoncent le Christ nos regards se portent vers le passé, nos re­gards pressentent que, dans ce passé, s'est préparée l'annonce, l'annonce de l'Incarnation de Dieu. Mais ce serait oublier que cette annonce dépasse ce temps et nous ouvre aussi à l'avenir. On pourrait ainsi entendre la phrase : "Avant qu'Abraham fût, j'étais, je suis et je serai" ce qui serait presque le Nom de Dieu. Lorsque Jésus dit qui il est, Il ouvre la porte dans le temps de l'éternité qui commence dès cet instant à ensemencer notre temps de la présence de Dieu. Cette présence de Dieu n'a ni passé, ni présent, ni avenir. Elle est tou­jours aujourd'hui. Elle renverse chaque moment de l'aujourd'hui vers l'éternité promise. Et nous-mêmes qui, par les sacrements, atteignons, derrière l'appa­rence des choses à la vérité même de Dieu, à la gloire de Dieu, à cette gloire livrée dans son corps et dans son sang, nous touchons et nous sommes touchés par cette éternité qui fracture notre vie terrestre pour y laisser entrer ce premier vent, cet Esprit d'éternité. Nous aussi, nous ne sommes ni du passé, ni du présent, ni de l'avenir, mais nous sommes de Dieu, de l'aujourd'hui de Dieu. Et l'Église signifie en tout temps l'aujourd'hui de Dieu, l'aujourd'hui efficace. Ce peuple rassemblé ce sont les hommes voulus et aimés par Dieu, hommes du passé comme les hommes d'aujourd'hui et les hommes de demain nous ferons tout ensemble un peuple nouveau, le peuple racheté. Ne laissons pas notre regard vers le passé, mais à travers ce dévoilement de la personne de Jésus, découvrons l'avenir qui, par la personne de Jésus, est la résurrection promise à tout homme, résurrection qui dépassera infiniment ce temps-là pour, en le renver­sant, offrir la vie divine, l'éternité à tout homme.

 

AMEN

 

 
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