AU FIL DES HOMELIES

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L'EXPÉRIENCE DE LA PRÉSENCE DE DIEU

Gn 15, 5-17 ; Jn 8, 51-59

Mercredi de la cinquième semaine de Carême – C

(24 mars 2010)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

A l'heure du soleil couchant …

 

E

n vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fut, je suis". Cette parole que nous venons d'entendre est une des plus décisives dans la bouche du Christ pour affirmer sa divinité. Abraham qui est pourtant l'ancêtre par excellence du Christ qui est le père de toute la nation d'Israël, Abraham dont Jésus vient de dire qu'il a vu le jour du Christ, est seulement dans le temps, or, Jésus n'est pas dans le temps. Abraham fut, les hommes furent, les nations, Israël furent, moi dit Jésus, "Je suis".

C'est le présent éternel de Dieu que Jésus revendique dans cette phrase et c'est ce qui explique que des siècles auparavant, quand Abraham était sur terre, Jésus était lui aussi, près de lui. Non pas qu'Abraham l'ait vu physiquement, mais dans l'expérience qu'Abraham a vécue était contenue cette présence mystérieuse de Jésus. Dans la lecture de la Genèse, on nous dit : "Comme le soleil allait se coucher (Dieu était en train de parler à Abraham), une torpeur tomba sur Abraham et voici qu'un grand effroi le saisit". La rencontre de Dieu, c'est la rencontre de l'infini et la créature se sent dépassée, et elle est comme écrasée par cette présence de Dieu.

Souvenons-nous aussi qu'au paradis, Adam s'est endormi quand Dieu a façonné avec son côté, une femme qui serait sa compagne. Les Pères de l'Église ont aimé rapprocher de ce sommeil d'Adam, et nous pourrions ajouter et de l'effroi d'Abraham, en rapprocher le moment où le Christ s'est endormi dans la mort sur la croix. Il y a dans l'approche de Dieu une sorte d'extraordinaire dépassement. C'est pourquoi Dieu a pu dire à Moïse : "On ne peut me voir sans mourir".

D'une certaine manière la rencontre avec Dieu est déjà une expérience de la mort, et Abraham a vécu cette expérience de la proximité de Dieu, au moment où Dieu lui promettait une descendance, lui qui avait déjà cent ans. Et il a cru, et parce qu'il a cru contre toute évidence, il est devenu le père des croyants. Lui qui était déjà quasiment déjà mort a engendré par Isaac tout le peuple d'Israël. Il nous a engendrés, nous aussi par la foi. Nous sommes les enfants de la foi d'Abraham qui dans l'obscurité et l'effroi, la nuit, a pressenti la présence de Dieu, a su se laisser envahir par cette présence. C'est cela que Jésus dit : "Il a vu mon jour", il l'a vu comme un prophète, c'est-à-dire dans l'obscurité, dans le mystère, mais dans la profonde communion avec ce mystère.

La foi d'Abraham trouvera son sommet dans le passage que nous lirons aux vigiles du dimanche des Rameaux, quand Abraham, sur l'ordre de Dieu, veut immoler son fils Isaac et qu'il est et au dernier moment, sauvé, parce que Dieu lui dit : "Ne touche pas à ton fils". Cette expérience qu'Abraham a vécue et le rapproche du drame intérieur de Dieu quand il voit son Fils mourir sur la croix, son Fils mourir dans les ténèbres, dans ce mystère profond.

Que nous sachions nous approcher de Dieu dans le mystère de la foi, que nous sachions nous laisser saisir par cette obscurité profonde qui nous conduit au cœur du mystère de Dieu et au cœur de notre propre mystère.

 

 

AMEN

 

 
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