AU FIL DES HOMELIES

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AU-DELÀ DE LA MORT !

Gn 15, 5-17

(31 mars 2004)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Une Alliance éternelle

I

l y a dans l'Ancien Testament deux passages dans lesquels il est fait allusion à ce rite de sacrifice dont nous avons entendu tout à l'heure qu'il avait été accompli par Abraham. Ce rite nous paraît un peu étrange, il s'agissait au moment où on avait abattu la victime, de la couper en deux et de séparer les deux morceaux. A ce moment-là, les contractants, ceux qui avaient fait le sacrifice, passaient entre les morceaux, et c'est alors qu'ils étaient mis sur l'autel, qui ressemblait non pas à un autel comme celui qu'on voit ici, mais en gros, à un tas de cendres incandescentes, on faisait cuire la viande, la partie grasse partait en fumée, c'est pour cela qu'on parle de sacrifice d'agréable odeur, c'est la part de Dieu, et la partie non grasse, qui restait autour des os, autrement dit les bons morceaux, restait pour les gens qui avaient offert le sacrifice.

On retrouve l'attestation de ce rite dans le livre de Jérémie. Jérémie c'est beaucoup plus tard, mais c'est quand même très clair. Jérémie maudit les chefs d'Israël qui ont pratiqué le rite et c'est terrible : "Ces hommes qui ont trahi mon alliance, qui n'ont pas observé les termes de l'alliance conclue par eux en ma présence, je vais les rendre pareils au veau qu'ils ont coupé en deux, pour passer entre les morceaux". Autrement dit, gare à celui qui fait ce sacrifice, il peut se retrouver dans la position du veau ! C'est-à-dire coupé en deux, et réduit à rien du tout, "les princes de Juda, ceux de Jérusalem, je les livrerai, et tous ceux qui sont passés entre les morceaux du veau, je les livrerai aux mains de leurs ennemis et aux mains de ceux qui en veulent à leur vie, leurs cadavres serviront de nourriture aux oiseaux du ciel, et aux bêtes de la terre". Qu'est-ce que cela veut dire ? Une chose très simple. Quand on fait un sacrifice, on scelle une alliance. Qui est engagé dans cette alliance ? C'est la vie des contractants. Symboliquement, l'animal mort représente la possibilité de mort qu'il y a si on trahit le geste que l'on a fait. En faisant le sacrifice d'alliance, on se dit : à la vie dans la fidélité, à la mort dans l'infidélité. Donc, on ne sort pas de là.

Si on comprend cela, on comprend le sacrifice d'Abraham. En fait, Abraham dans ce récit instaure le sacrifice d'alliance, mais vous avez vu, ce n'est pas Abraham qui passe entre les morceaux, c'est Dieu qui passe sous la forme d'un brandon de feu. Je ne crois pas que cela veuille dire ici que Dieu fait le cuisinier pour cuire le veau saignant, mais cela veut dire que Dieu est le véritable contractant à la vie et à la mort qui passe entre les morceaux des animaux sacrifiés, pour dire qu'Il est l'unique garant de l'Alliance. L'Alliance repose sur lui. Donc, c'est pour cela que Jérémie pourra se payer le luxe de critiquer les princes de Juda, parce qu'eux ont cru qu'en passant entre les morceaux du veau partagé, ils ont cru que c'était eux qui scellaient l'alliance, et c'est la pire illusion, croire que l'Alliance repose sur eux. A ce moment-là, ils faussent d'emblée le sens de l'Alliance, et Dieu est obligé d'intervenir pour leur montrer que le geste qu'ils ont cru instaurer était en réalité un geste de mort parce qu'ils en avaient perverti le sens depuis le départ.

C'est intéressant de comprendre cela parce que tous les jours, nous célébrons le sacrifice d'Alliance. Maintenant, on n'est pas obligé d'aller acheter un veau dans les boucheries de la rue d'Italie, c'est plus reposant, peut-être que c'est moins nourrissant, un petit peu de pain, un peu de vin, mais c'est la même idée. Il n'y a de sacrifice d'alliance que s'il y a cet horizon et cette perspective de l'engagement à la vie et à la mort des contractants. C'est pour cela qu'aujourd'hui, quand on célèbre l'eucharistie, on célèbre le passage de Dieu, qui, comme le brandon de feu, vient dans le pain et le vin et en fait le témoignage de la réalité même de l'Alliance à la vie et à la mort comme Jésus l'a réalisé par sa mort et sa Résurrection.

C'est pour cela que je me plais à penser que lorsque Jésus dit : "Avant qu'Abraham fut, je suis", dans l'évangile, j'ai envie de croire qu'à ce moment-là, Jésus pense à ce passage de la Genèse, chapitre quinzième que nous avons lu : "Abraham l'a vu et il s'est réjoui", car effectivement, Dieu, le Christ est passé comme un brandon de feu entre les animaux partagés, et c'est lui qui a pris l'engagement à la vie, à la mort, de réaliser l'Alliance entre l'humanité et le mystère de Dieu. Je crois que Jésus veut dire qu'en réalité, Il est déjà passé dans les sacrifices de l'ancienne alliance, qu'Il a déjà engagé la dimension de contrat d'Alliance à la vie à la mort dans tous les sacrifices de l'ancienne alliance, et maintenant, dans sa propre mort, Il va le sceller définitivement jusqu'à la Résurrection.

C'est pourquoi encore, au moment où s'allume le feu de Pâques, quand on chantera un répons, où l'on fait mémoire de ce moment où Abraham a fait le sacrifice des animaux partagés et l'on dit : "je suis passé comme un brandon de feu", voulant dire par là que le rite du feu pascal n'est pas seulement le renouvellement du printemps, comme parfois un certain nombre de gens le croient, que c'est une sorte de feu de joie pour annoncer le renouveau et le réveil de l'univers, des pâquerettes et des colchiques dans les prés, mais c'est le fait que quand on allume le feu pascal, c'est vraiment le brandon de feu de la présence de Dieu qui passe dans la chair du Christ, qui la ressuscite pour sceller définitivement l'Alliance avec l'humanité.

 

AMEN


 

 

 
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