AU FIL DES HOMELIES

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L'HUMILITÉ ET LA JOIE

Gn 15, 5-17

(28 mars 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Rayonnement de joie !

V

ous avez remarqué frères et sœurs que dans le chapitre huitième de l'évangile selon saint Jean, il est souvent question d'Abraham, notre père dans la foi, et vous veniez d'entendre ce verset dans lequel Jésus parle de l'exultation d'Abraham, nous pourrions élargir le mot et parler du rire ou du sourire d'Abraham. A quel événement Jésus fait-il allusion ? J'ai mené ma petite enquête dans le livre de la Genèse, Il est question du rire par trois fois. Dans le chapitre dix-septième au verset dix-sept, Dieu promet à Abraham une grande descendance. Effectivement, Abraham vient d'être le père d'Ismaël, et il se met à rire après la naissance d'Ismaël. En quelque sorte, nous pourrions caractériser ce rire comme étant un rire d'incrédulité vis-à-vis de l'autre. Abraham dit à Dieu : tu me promets une grande descendance, je suis le père d'Ismaël, c'est fait. Sa mère n'est pas ma femme Sara, mais ce n'est pas grave. Une sorte de rire d'incrédulité sur l'autre comme si Abraham se mettait à rire de Sara en pensant qu'il n'a pas besoin d'elle pour que la promesse s'accomplisse.

Un autre passage parle du rire, nous connaissons ce passage très bien, c'est la visite des trois personnages au chêne de Mambré au chapitre dix-huitième. Cette fois-ci, c'est Sara qui rit ! C'est un rire d'autodérision. Sara rit d'elle-même : vous dites que je vais être mère, mais c'est impossible. Elle se dit qu'elle n'a pas sa place dans le plan divin qu'ils viennent proposer et annoncer sous la fraîcheur de la chênaie de Mambré. Elle se met à l'extérieur de ce plan.

Il y a un troisième passage au chapitre vingt-et-unième, au verset six, Isaac le fils d'Abraham et de Sara est né. "Dieu m'a donné de quoi rire, tous ceux qui l'apprendront me souriront".

Dans ce verset qui récapitule le rire ou le sourire, la joie, nous avons d'abord une autodérision de la part de Sara qui dit que tout le monde va rire de ce que je suis mère alors que j'ai passé l'âge. Le rire suivant est celui de la réjouissance mutuelle. Je ris de la joie de quelqu'un d'autre, alors qu'en soi, elle ne m'est pas accordée directement. C'est une joie gratuite.

Mais frères et sœurs, il ne faut pas croire que tout est rire et sourire dans le cycle d'Abraham. Nous venons effectivement d'entendre ce matin, un passage extrêmement important où il est question de l'Alliance entre Dieu et Abraham. On pourrait le caractériser comme quelque chose de proche de l'effroi, de la nuit: c'est Dieu qui passe à travers les animaux coupés en deux. C'est Dieu qui fait Alliance en son nom et au nom d'Abraham. Je voudrais resituer ces deux réflexions, le sourire et l'effroi dans ce temps du carême. Ceux qui ne sont pas chrétiens nous le reprochent bien assez souvent, les chrétiens font toujours la tête, vous ne souriez jamais etc … Peut-être que le sourire, le rire devrait au programme. Pourquoi ? parce que je crois que la naissance d'Isaac avec à la fois cette autodérision et cette réjouissance mutuelle nous renvoie à ce que nous devrions vivre comme expérience du carême. L'autodérision, savoir rire de soi, car généralement, nous savons assez facilement rire des autres, trouver les erreurs et les failles des autres, mais nous manquons généralement d'humour sur nous-même. En tant que chrétien, nous devons avoir une certaine autodérision vis-à-vis de nous. C'est ce que nous pourrions appeler l'humilité. Reconnaître que nous ne sommes pas le centre du monde, que nous ne sommes pas si importants, mais en même temps, Dieu est celui qui nous dit que nous avons notre importance dans son plan divin. Et souvent, nous en doutons, nous sommes comme Sara et nous disons : écoute, trop peu pour moi, arrange-toi avec les autres, je ne suis pas si important que cela, je me retire de l'économie du salut, ne viens pas me chercher. Or, Dieu au cœur du carême nous rappelle nous avons notre place.

Cette réjouissance mutuelle quelle est-elle ? N'est-elle pas celle que nous devrions avoir le jour de Pâques, à la naissance de nouveaux chrétiens, des catéchumènes qui ont fait cette démarche, ont découvert qu'ils avaient leur place dans le dessein de salut de Dieu, qu'ils étaient rachetés par la mort du Christ. Nous pourrions très bien faire le rapport entre la Passion du Christ et Dieu qui passe entre les animaux partagés et nous dit : c'est moi, Dieu qui fait Alliance. C'est cela que Dieu nous rappelle le jour du vendredi saint.

Que ce carême soit pour nous le temps du sourire, non pas de la dérision vis-à-vis des autres, mais d'abord d'une certaine autodérision vis-à-vis de nous, une humilité devant ce que nous sommes, et en même temps du sourire et du rire, c'est-à-dire de la joie mutuelle que nous aurons le jour de Pâques en accueillant de nouveaux chrétiens nés de l'eau du baptême.

 

AMEN


 

 

 

 

 
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