AU FIL DES HOMELIES

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UNE PAROLE TRANCHANTE

Gn 15, 5-17 ; Jn 8, 51-59

Mercredi de la cinquième semaine de carême – B

(28 mars 2012)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

La Parole de Dieu est tranchante

F

rères et sœurs, je ne sais pas si vous avez ressenti toute la violence de la rencontre entre Jésus et les juifs. Il ne faut pas oublier qu'il met en présence Jésus et non pas les pharisiens, non pas les sadducéens, les ennemis bien connus, mais les juifs qui ont cru en Jésus. Que se passe-t-il pour que des juifs qui croient ne Jésus en viennent à rentrer dans une telle opposition avec Jésus, sachant aussi que Jésus n'y va pas avec le dos de la cuiller ? En fait, ce dialogue nous oblige à nous rappeler le statut de la parole de Dieu.

Instinctivement et encore pour aujourd'hui, la parole de Dieu doit confirmer ce que nous devons faire, ce que nous ne devons pas faire. Instinctivement, lorsque nous lisons la parole de Dieu, nous voulons y voir sa logique, tout doit couler de source et chaque pièce du puzzle doit rentrer exactement à sa place. Nous avons tendance à lisser la parole de Dieu, que nous soyons d'ailleurs croyants ou même non croyants, et c'est la raison pour laquelle certains achoppent : comment se fait-il que les choses ne soient pas logiques ? Si ce n'est pas logique, ce n'est pas vrai. Ces gens ont cru en Jésus. En quoi ont-ils cru en Jésus ? Pourquoi ont-ils cru Jésus ? C'est toute la question.

Ce que le texte veut nous dire en ce temps du carême, c'est que la parole de Dieu n'est pas là pour confirmer, elle est là pour couper. Exactement comme dans la première lecture, quand Dieu passe à travers les animaux coupés. C'est même le terme même de l'Alliance : on coupe l'Alliance. La parole de Dieu n'est pas là pour nous confirmer dans ce que nous croyons ou ne croyons pas, dans ce que nous voulons faire ou ne pas faire, elle est là pour couper parce que c'est en coupant, qu'elle nous fait rentrer dans une nouvelle naissance. C'est parce que nous sommes coupés de notre mère, arrachés à notre mère, que nous naissons. C'est la naissance d'en bas comme disait Jésus à Nicodème. Ici nous avons la même chose qu'avec Nicodème mais en termes d'affrontement. Des gens qui certes ont suivi Jésus parce que jusqu'à un certain point, ont trouvé que Jésus confirmait ce qu'ils voulaient bien entendre et croire, mais à un moment donné, cela ne passe plus. Ils refusent cette naissance d'en haut en tant que la naissance va les obliger à remettre en question tout ce qui était bien lissé, ce qui était parfait et coulait de source, et ils se retrouvent face à Jésus qui coupe dans la chair. Ailleurs, on parlera du glaive qui coupe, ici on est exactement dans cette situation. Le Christ coupe.

Frères et sœurs, que cet évangile nous aide à réfléchir sur notre propre parcours baptismal, mais aussi sur ce que nous voulons vivre en ce temps de carême. Le carême est-il simplement le désir de confirmer ou d'infirmer certains comportements que nous avons ou que nous n'avons pas ? Le carême ne devrait-il pas plutôt être une naissance d'en haut qui se fait par cette coupure, par cet arrachement ? Mais c'est ce glaive qui est la condition même de la découverte de notre propre origine divine.

 

AMEN

 

 

 
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