AU FIL DES HOMELIES

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LA PLAINTE DE JÉRÉMIE : PLAINTE DU CHRIST

Jr 15,10-11+15-21

(15 avril 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

J

amais homme, comme Jérémie n'a été aussi loin, dans l'approche et la demande qu'il formule à Dieu. On a l'impression qu'il s'est avancé dans des contrées sauvages, désertiques, ou l'on peut penser que Dieu s'absente, que Dieu est comme un ruisseau aux eaux décevantes. Finalement, il s'est risqué là où peu d'hommes sont allés, là où on éprouve l'abandon de Dieu. En cela, il rejoint cette phrase de Jésus sur la croix, que nous entendrons dans la Passion, la phrase de l'abandon du Père.

       Il semblerait qu'avec Jérémie on ait franchi les frontières du raisonnable, d'une certaine logique, et que la souffrance et la plainte que Jérémie fait entendre, est une souffrance au-delà de l'homme, comme s'il avait par avance en lui-même ce que le Fils de l'Homme va endurer résolument. Isolé, en butte à la contradiction, incompris, maintenant sa vocation, enfermé, maltraité pour la Parole de Dieu, il tient ferme, jusque contre Dieu.

       On entend sa plainte qui monte vers Dieu : finalement, est-ce que tu n'es pour moi qu'un vil séducteur ? est-ce que tu m'as trompé ? Il est le lieu où se vit la contradiction, la Passion, comme à l'avance.

        On peut s'interroger sur la raison pour laquelle Dieu a accepté de laisser un homme s'avancer si loin dans cette opposition, dans cette déception, dans cette plainte, après la plainte de Jérémie, finalement, nous n'avons pas tellement le droit de nous plaindre. Il y a comme un point final qui est donné, à la plainte que nous entendons dans les psaumes, et dont parle le prophète Jérémie, une plainte qui va même au-delà du malheur de l'homme, puisque l'homme appelant Dieu, se trouve séparé, isolé.

       Jérémie est le dernier qui nous permet d'entrer dans l'intensité de ce que Jésus va endosser complètement, intégralement. Dieu a jugé que ce prophète, cet homme qui est allé très loin, ait pu porter cette Parole paradoxale très loin, parce qu'elle n'est pas consolation, et que pour nous elle est même contradiction. Dieu nous aurait-il séduit au sens où nous aurions été trompés ? Peut-être que cette phrase nous permet d'imaginer que dans n'importe quelle tempête des hommes nous ont précédés marchant sur ces eaux tumultueuses, comme peut être la vie et les drames qui l'accompagnent, et que ces hommes sont à bout. Mais cependant, ils sont à la tête, et nous sommes liés les uns aux autres dans ces malheurs qui peuvent nous unir les uns les autres, parce que désormais nous voyons maintenant se dessiner le visage de Celui qui prend le vaisseau en main, qui dessine les horizons, et qui ne laisse personne abandonné sur les rives qui remuent trop et qui est Celui qui est embarqué lui-même pour nous sauver et nous faire atteindre le rivage de l'autre côté, le rivage paisible, de la lumière, de la Résurrection, et donc de notre paix et de notre salut.

 

       AMEN


 

 
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