AU FIL DES HOMELIES

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LA COMMUNICATION DU CŒUR

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 10, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de carême

(26 mars 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

E

 

t la senteur du parfum emplit toute la maison!" La Semaine Sainte qui va s'inaugurer demain par la célébration des Rameaux est encore toute remplie de la senteur du parfum qui, à travers les siècles, a envahi toutes les églises, tous ces temples que nous formons et qui sont le corps du Christ, le temple vivant, la maison du Dieu vivant. Et ce parfum, c'est précisément, à la fois cette Parole cette prière et ce geste prophétique que le Christ a déclenché dans le cœur de cette femme.

Vous savez ce qui est le propre des parfums, c'est qu'ils sont une communication du cœur. Ce n'est pas quelque chose comme de l'extérieur, comme le goût de la nourriture ou comme les couleurs qui passent par nos yeux. Le parfum peut, d'une certaine manière, pénétrer à l'intime de nous-mêmes et manifester la présence de l'autre d'une manière tout intérieure. C'est sans doute pour cela que le Christ a attaché tant d'importance au geste que Marie faisait en versant ce parfum de nard très pur sur Lui. C'était le signe de cette communion, de cette intimité que le Christ voulait réaliser, par le mystère de sa mort et de sa sépulture, avec son Église. Désormais, Marie, ce n'est pas simplement celle qui a fait un geste extraordinaire, mais c'est l'Église au sens où elle veut que sa présence soit dans le cœur même de son Dieu, dans la chair même de son Dieu. Au moment où Il s'avance vers sa Passion, vers sa mort et sa résurrection, le Christ va être, comme le Bien-Aimé du Cantique, qui s'avance bondissant sur la colline de Bethphagé et qui s'en va sur la colline de Sion et qui porte encore, en son cœur, le souvenir de Marie, sa Bien-Aimée qui lui a versé le parfum "en signe de sa sépulture."

Evidemment, nous pouvons toujours avoir ce regard court, étroit, d'une fausse solidarité, ce regard de Judas Iscarioth, ce regard qui ne voit pas autre chose que le fait de s'accrocher à partager. Mais en réalité, quelle erreur ! car ce qui compte, ce n'est pas cet argent qu'on voudrait habilement partager, car il semble que dans le cas de Judas ce ne soit même pas le souci du partage qui l'anime, mais, en réalité c'est l'illusion de vouloir simplement construire une sorte de lien entre les hommes, à partir d'un mensonge. Et, au contraire dans ce geste de gratuité, de générosité s'inscrit tout le pouvoir prophétique, à la fois de Marie et de l'Église.

L'Église, en ce jour, fête la gratuité de son amour pour son Seigneur. L'Eglise célèbre ce geste extraordinaire par lequel elle ne compte pas, elle ne mesure pas, par amour de son Seigneur, quand elle le voit s'avancer vers la mort. Et c'est encore aujourd'hui, le geste et l'attitude profonde que nous devons avoir au fond de notre cœur. Lorsque nous voyons notre Seigneur s'avancer vers la mort, la seule chose qu'il peut y avoir au fond de notre être, au fond de notre cœur, c'est d'avoir envie de Lui verser sur tout son être le parfum de notre prière, de notre tendresse et de notre fidélité.

Frères et sœurs, le parfum de Marie, comme une bonne odeur, à partir du jour de l'onction de Béthanie, a envahi le monde entier et a proclamé la mort et la résurrection du Christ. Qu'aujourd'hui, à notre tour, nous sachions être ces prophètes de la gratuité de l'amour de Dieu, à travers la gratuité même de notre amour pour Lui, cet amour qui ne vient pas de nous-mêmes mais qui est simplement le parfum que Dieu a voulu répandre dans notre cœur par sa mort et sa Résurrection.

 

AMEN

 
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