AU FIL DES HOMELIES

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L'ONCTION

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 12, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de Carême – A

(14 avril 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

L

 

e prophète Isaïe avait annoncé : "Sur la montagne, ils boiront la joie. Ils boiront du vin. Ils s'oindront d'huile parfumée sur cette montagne !" En ce sixième jour avant la Pâque, comme le note l'évangile d'aujourd'hui, se profile cette montagne du calvaire où le Christ va livrer sa vie, où Il va verser son sang, ce vin nouveau d'allégresse, et où Il va oindre de la force de sa résurrection, tous ceux qui se tiendront au pied de la croix, de cette huile parfumée de son salut et de sa Vie.

Dans la tradition biblique, l'onction est un rite riche, aux multiples significations. C'est d'abord le signe de la force, de la guérison, de la santé. C'est aussi, dans le parfum, le symbole de la joie et de la beauté rayonnante. C'est également la marque de l'allégresse, du respect dû à une personne.

La mort du Christ, sa Pâque dans laquelle nous entrons en ce sixième jour qui la précède, c'est l'accomplissement de ces multiples significations de l'onction, cette onction qu'Il avait reçue au jour de son Baptême quand l'Esprit est descendu sur Lui. Sa Pâque, c'est l'accomplissement de la guérison pour notre péché, de la consolation dans notre souffrance et de la consécration de notre vie dans sa Parole de vérité, selon sa propre prière : "Père ! Consacre-les dans la Vérité !"

C'est cela qu'annonce et qu'anticipe le geste de Marie de Béthanie. C'est encore au cours d'un repas que ce geste va être posé. Elle répand sur les pieds du Seigneur un riche parfum. C'est cette onction que le Christ Lui-même désigne comme étant celle de sa mort, puisqu'Il dit : "C'est pour le jour de ma sépulture qu'elle devait garder ce parfum !" C'est donc bien dans sa mort et dans sa sépulture le signe de sa Résurrection qui s'inscrit. C'est donc bien l'huile de la consolation, le parfum de l'allégresse, et l'onction de la consécration. C'est la pécheresse, celle qui, déjà avait pleuré aux pieds de Jésus et qui avait, une première fois, répandu un parfum sur ses pieds, c'est la pécheresse qui vient poser cette onction sur les pieds du Christ, comme si les choses se renversaient et comme si le Christ avait besoin d'être oint de notre propre tendresse, de notre propre repentir, de la richesse même de notre vie pour qu'Il puisse accomplir, pour nous, sa Pâque, pour que son onction messianique devienne la nôtre, avec ce que nous sommes.

Frères et sœurs, en ce début de semaine sainte, ne gaspillons pas toute la richesse de notre vie, tout le parfum de notre amour. Il ne faut pas les gâcher au prix de je ne sais quelle occupation ou préoccupation, souci, idée ou intérêt. Cela c'est vrai chaque jour de notre vie, mais plus encore en ces jours où nous allons célébrer notre consolation, notre guérison, notre consécration dans la Pâque du Christ. Et l'attitude de Marie de Béthanie est pour nous l'exemple de ce que nous devons être tous ces jours-ci. Peut-être quitter notre vie, nos occupations trop prenantes. Laisser un petit peu de côté nos soucis, même s'ils sont réels, pour centrer notre regard sur le Christ, pour marcher à sa suite et lui faire cette joie, dans sa souffrance, lui donner cette consolation dans sa mort, de l'onction de notre temps, du parfum de notre amour, de l'allégresse de notre repentir. "Il y a beaucoup de joie au ciel pour ceux qui se repentent."

Que ces jours ouvrent notre cœur, que ces jours ouvrent notre esprit à cette Pâque du Seigneur que nous allons célébrer, une fois encore, parce que Lui-même ne cesse jamais de nous sauver pendant que nous, nous n'en finissons pas de nous perdre.

 

AMEN

 
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