AU FIL DES HOMELIES

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L'ONCTION DE BÉTHANIE

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 12, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de carême – B

(30 mars 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

Béthanie

S

 

ix jours avant la Pâque", l'évangéliste Jean situe donc cette onction à Béthanie une semaine avant les dernières heures de la vie du Christ, semaine qui doit aboutir à la manifestation en vérité de la gloire qui demeure dans le Christ par sa Pâque. C'est ainsi d'ailleurs qu'avait commencé l'évangile de Jean. Lorsque Jésus après avoir été baptisé par Jean le Baptiste, a commencé son ministère public, Jean nous le situe dans une semaine entière, semaine inaugurale de son mystère, de sa prédication, semaine au cours de laquelle les premiers disciples s'attacheront à Lui. Et le dernier jour de cette semaine ce sera celui de Cana où les apôtres, en constatant le premier signe de Jésus, verront sa gloire et croiront en Lui. Ainsi Jean, dans le début de la vie du Christ comme dans sa partie terminale, a situé la révélation de ce mystère dans une semaine qui doit aboutir, comme elle aboutit au début de l'évangile et à la fin, à la manifestation de la gloire du Christ. C'est cette semaine que nous commençons puisque la liturgie a pris le rythme de la chronologie. C'est cette semaine que nous commençons et elle doit nous amener à la contemplation de la gloire du Christ et à la foi en Lui comme Fils de Dieu.

Et le geste de Marie-Madeleine, la sœur de Marthe et de Lazare, nous signifie aujourd'hui quelle doit être l'attitude fondamentale dans laquelle nous devons aborder et vivre cette semaine. Cette Marie-Madeleine était déjà venue voir Jésus chez Simon et elle s'était déjà mise à ses pieds pour pleurer sur ses pieds et les essuyer avec ses cheveux. Cette prosternation devant Jésus était le signe de sa pénitence, du repentir de son péché. A ce moment-là, elle n'avait pas de parfum à offrir, elle n'avait que son péché, que sa misère, que sa détresse. Et Jésus l'a accueillie dans son pardon. Ce geste a manifesté, a signifié tout notre carême pénitentiel, où nous nous sommes mis à genoux devant le Christ pour pleurer devant Lui, pour lui demander pardon afin qu'Il nous intègre à sa table et qu'Il nous donne sa miséricorde.

Aujourd'hui, il faut dépasser, je pense, ce geste pénitentiel pour l'accomplir dans celui de l'adoration, qui est le même geste, car nous sommes toujours pécheurs devant Dieu, et que nous soyons pardonnés ou pas, nous sommes à genoux devant Lui, à genoux pour lui demander pardon, puis à genoux pour l'adorer dans sa miséricorde et dans son œuvre de salut. Et c'est à cette disposition-là que cet évangile nous invite. Non plus l'agenouillement par pénitence, mais l'agenouillement par adoration.

Marie-Madeleine a quitté la table où l'on servait un repas et elle s'est mise à genoux devant Jésus en offrant quelque chose d'un très grand prix, quelque chose qui ne venait pas uniquement de ses propres capacités. Je pense que, dans cette semaine qui commence, il faut que, les uns et les autres, nous puissions savoir nous mettre à genoux devant le Christ pour lui offrir ce que Lui-même nous a donné, c'est-à-dire son salut, sa miséricorde, son pardon. C'est cela qui est pour nous le parfum d'un grand prix, d'un prix inestimable, qui est le prix même de sa vie. Car au moment où Marie-Madeleine offre ce parfum à Jésus, Il proclame qu'elle annonce déjà le salut, sa mort et sa résurrection.

Il nous faut donc entrer dans cette semaine sainte avec notre regard fixe non plus sur la table de nos nourritures terrestres, mais centrer notre regard, notre cœur notre corps, toute notre attitude devant ce mystère du Christ qui va se dérouler devant nous, non pas comme une passion que nous répétons, non pas comme quelque chose de théâtral que nous refaisons aujourd'hui pour bien nous en souvenir, mais parce que, réellement, la passion du Christ continue à s'accomplir aujourd'hui. Et elle s'accomplit aujourd'hui à travers nous, à travers l'Église qui est son corps. Car l'Église qui est son corps ne peut pas vivre autre chose que ce qu'a vécu la tête. Et ce qu'a vécu la tête dans le temps historique de la passion du Christ, le corps que nous sommes le vit, aujourd'hui, à travers les membres de l'Église que nous sommes.

C'est pour cela qu'il faut entrer dans cette Semaine Sainte avec l'attitude de Marie, attitude d'adoration devant le Christ, mais ce Christ que nous sommes nous-mêmes. Et à travers notre propre souffrance, et à travers notre faim de pain substantiel, et à travers notre mort et celle de nos frères, nous devons croire et nous devons voir la gloire du Christ. Car si cette gloire s'est manifestée dans la tête, elle se manifeste aujourd'hui encore dans le corps. Et c'est là qu'il faut, aujourd'hui, l'adorer. C'est là qu'il faut, aujourd'hui, la reconnaître, c'est là, aujourd'hui, qu'il faut la recevoir. Et cette gloire du Christ emplit notre vie, emplit la demeure de l'Église comme le parfum de Marie-Madeleine emplissait la maison de Béthanie.

Frères, il faut donc entrer avec sérieux, avec gravité dans cette Semaine Sainte, parce que c'est celle par laquelle nous célébrons, aujourd'hui, notre sanctification, en tant que corps du Christ. Corps du Christ qui est la présence du Fils dans le monde d'aujourd'hui, qui est la souffrance du Fils dans le monde d'aujourd'hui qui est sa mort et qui est sa résurrection. Ce n'est, je crois, qu'avec cette double attitude d'adoration devant le mystère du Christ s'accomplissant aujourd'hui, et d'une adoration au cœur même de l'Église qui répand sur nous le parfum du salut, que cette semaine sainte pourra être, en vérité, une semaine pour notre propre rédemption et pour la rédemption du monde. Car si le Christ a vécu sa passion pour faire naître l'Église, il faut que l'Église, aujourd'hui, vive cette passion pour faire naître le monde dans l'humanité nouvelle, pour faire naître le monde dans la Rédemption. Cette semaine sainte, ce n'est pas la nôtre, comme celle du Christ n'était pas uniquement la sienne. C'était celle de l'humanité tout entière qu'Il est venu racheter et qu'Il est venu réunifier dans son propre corps : son corps que cette humanité a blessé et détruit, mais que la puissance de Dieu a ressuscité.

Alors entrons, par cette eucharistie, dans ce mystère profond, profondément actuel, dans ce mystère d'aujourd'hui, dans cette Semaine Sainte qui est la sainteté de la Pâque du Christ s'accomplissant dans ses membres, dans son Église, pour le salut du monde.

 

AMEN

 
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