AU FIL DES HOMELIES

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L'ONCTION DE PARFUM

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 12, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de carême – C

(22 mars 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

S

ix jours avant la Pâque, cette scène nous pré­pare à l'accomplissement de l'œuvre du salut dans la chair du Christ. Il est là pour un repas, annonce du dernier repas du Jeudi Saint. Marie fait un geste qui annonce sa sépulture, le mystère de sa mort et de sa déposition au tombeau. Et un parfum se ré­pand et remplit la maison, annonce de sa résurrection qui, jaillissant du tombeau, répandra sur le monde, sur la maison de l'humanité, la bonne odeur du salut, celle qui s'oppose à l'odeur de la mort, celle du cadavre, c'est-à-dire l'odeur de la vie, l'odeur de la beauté, l'odeur de l'allégresse.

Jésus nous indique ainsi comment Lui-même va vivre sa Pâque, et par le fait même, nous appelle à la vivre nous aussi avec Lui. Il dit de Marie : "Elle annonce le jour de ma sépulture." Le Christ va donc donner sa vie, Il va livrer son corps, Il va verser son sang. Cela c'est le don, mais Il ira plus loin encore, Il fera ce don dans l'abandon total : "Père, pourquoi m'as-Tu abandonné" au moment même où j'accomplis l'œuvre que Tu m'avais donné de faire, c'est-à-dire donner ma vie pour l'humanité ? C'est au moment où le Christ va tout donner qu'Il va connaître l'abandon, car il n'y a pas de don vrai et définitif sans abandon total de soi-même. Le Christ a donné sa vie, le Christ a livré son corps et versé son sang, mais Il s'est dé­pouillé de son corps et de son sang en acceptant d'être livré a la mort, à l'abandon, à la sépulture.

Il en est de même pour nous, si nous voulons être "du Christ", si nous voulons comme le suggère saint Paul, "revêtir ses sentiments". Nous sommes appelés à vivre toute notre vie dans le don jusqu'à l'abandon. Et c'est cela qu'ensemble nous essaierons, à la suite du Christ, dans la contemplation du Christ, dans la prière même du Christ, c'est cela que nous essaierons de réapprendre, même si, avec notre intelligence nous ne comprenons pas tout, heureusement d'ailleurs.

Et c'est Marie-Madeleine qui symbolise pour nous ce qu'est le don de notre vie : c'est ce que nous avons de plus précieux, un parfum de grand prix. A savoir à chacun ce qui est le plus précieux dans sa vie, pour qu'il puisse le donner. C'est notre amour sûre­ment, c'est notre désir de le connaître, c'est notre souf­france aussi, ce sont nos limites, nos interrogations, nos déceptions, voire nos péchés, notre péché. C'est tout cela qu'il faut donner au Christ parce que cela compose notre vie précieuse, précieuse parce qu'Il a versé pour elle son sang, précieuse parce qu'Il a donné pour elle son corps. Nous ne pouvons pas vivre cette Semaine Sainte sans rien donner. Et plus encore, le Christ nous appelle à vivre cette Semaine Sainte en nous abandonnant à Lui, car s'il y avait encore dans notre vie quelque chose que nous voudrions encore garder, nous la perdrions cette vie, alors que Lui-même veut nous la redonner en totalité.

Le parfum que répand Marie sur les pieds de Jésus, c'est pour nous l'appel à nous mettre, en cette Semaine Sainte, à genoux devant le Christ Sauveur et à laisser répandre à ses pieds tout ce qui jaillit de no­tre cœur. Et cela dans le silence intérieur, et cela dans cette attitude de serviteur, voire d'esclave, à genoux devant le maître parce que tout abandonné à Lui, parce que Lui seul, désormais, est tout pour nous, pour chacun d'entre nous.

C'est ainsi que le Christ nous appelle à entrer dans son mystère. Il n'y a pas d'autre route, il n'y a pas d'autre porte, puisque c'est celle-là que Lui-même a prise pour Lui et qu'ainsi Il nous a ouvert pour que nous puissions vivre avec Lui, dès cette terre et dans la vie éternelle.

 

AMEN

 

 

 
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