AU FIL DES HOMELIES

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L'ONCTION A BÉTHANIE

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 12, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de carême – B

(26 mars 1994)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

et épisode du parfum que Marie verse sur les pieds de Jésus est fort et lourd de toute une tradition de pensée, de réactions, de coutumes dans l'Ancien Orient. Au pays de Jésus, le parfum est valorisé plus encore que dans nos sociétés où il a surtout une fonction hygiénique et prophylactique pour éliminer les mauvaises odeurs. Dans le pays de Jésus, le parfum c'est le lien de communication le plus profond et le plus subtil. A la différence même du voir ou de l'entendre qui passent pas un certain nom­bre de signes, de médiations, le parfum est pour ainsi dire la présence immédiate de l'autre. Le parfum est cette espèce de communication rayonnante à partir de la personne qui le porte en elle et qui se rend immé­diatement présent avant tout langage, et même parfois avant qu'on l'aperçoive. Dans notre propre tradition humaine, le sens de l'odorat remonte à des compo­santes instinctives et animales extrêmement profon­des. Dans la tradition biblique et dans les traditions religieuses de l'antiquité, le parfum est généralement un des cadeaux les plus subtils et les plus beaux que l'on peut faire à Dieu. Brûler un parfum d'encens c'est bien mieux qu'immoler des viandes ou de faire des libations. Le parfum évoque immédiatement la com­munication et un certain bonheur de cette communi­cation, une certaine joie de la communication réussie, reçue, accueillie par l'autre.

C'est pourquoi sans doute Marie a eu ce geste qui est resté dans la Tradition chrétienne au sujet de Jésus. Quand elle brise le vase et répand le parfum sur les pieds de Jésus et qu'elle oint son corps, sa tête et ses pieds avec ce parfum c'est précisément qu'elle transforme, par un geste prophétique, le corps de Jé­sus, celui qui va mourir, être déposé dans le tombeau et ressusciter, elle lui donne la plénitude de son rayonnement, de sa présence et d'une certaine manière de sa puissance de salut. Et c'est pour cela que le geste d'oindre de parfum le corps de Jésus est resté comme le véritable pressentiment de la Résurrection, car au moment même où le corps de Jésus est ainsi rayonnant du parfum, il montre ce qu'il sera après sa résurrection, ce corps qui rayonnera la vie, qui rayon­nera une communication du salut réussi, qui rayon­nera le bonheur d'être avec Dieu, enfin accompli. D'une certaine manière elle fait du corps de Jésus le lieu même de ce sacrifice d'agréable odeur, comme le dit la tradition biblique qui va attester la communion réussie, retrouvée, le bonheur enfin réaffirmé, ré-im­planté de la communion et de la rencontre de l'homme et de Dieu.

C'est cela le geste de Marie. Au moment même où Jésus est aux portes de Jérusalem où Il conduit son corps pour être livré sur la croix, elle, avec cette espèce d'instinct, d'intuition féminine extraordinaire, reconnaît que dans ce corps qui peut être exposé dans sa fragilité au mystère de sa mort, peut être aussi le lieu d'une sorte de rayonnement mystérieux de vie, de bonheur et de communion tel qu'il se manifestera dans la résurrection.

Cet épisode est plein de sens pour nous. Il évoque d'abord le sens même du réalisme de notre foi. C'est par le Christ homme et par le Christ Verbe In­carné dans un corps, dans une chair, qu'a rayonné pour nous le salut. Le salut nous vient du corps du Christ, nous vient par l'humanité du Christ. C'est ce corps de Jésus qui est le lieu du rayonnement univer­sel de la puissance de l'amour, de la tendresse et de la Résurrection de Dieu pour nous. Ce corps du Christ est pour nous cette réalité du monde nouveau qui rayonne sur nous, qui rayonne dans nos existences pour les embaumer, pour les parfumer du parfum de sa Résurrection. Et pour ceux et celles d'entre nous qui, à un moment ou l'autre, récemment peut-être, avons connu dans la mort d'un de nos proches ce moment où le corps devient lieu de souffrance, de­vient lieu d'abandon, devient où vont se manifester la disparition et la mort, il importe que nous sachions aussi que ce corps de nos frères, de nos sœurs, qui est passé par la mort, a reçu aussi dans sa mort, si je puis dire, l'onction telle que Marie l'a faite sur le corps du Christ. En entrant dans le Royaume du monde nou­veau, nos frères ont reçu l'onction du parfum mais cette fois-ci non pas des mains de Marie, la sœur de Lazare, mais du Christ Lui-même. Car l'entrée de chacun de nous dans le monde nouveau de la Résur­rection, c'est précisément ce moment où, dans notre pauvreté et dans notre misère, entrant à la rencontre du Seigneur, le Seigneur verse sur nous ce parfum merveilleux de sa Résurrection, de sa lumière et de la puissance de sa vie éternelle.

Qu'à travers cette eucharistie ce soit déjà le geste prophétique de Marie que nous renouvelions, que cet autel soit vraiment la table de Béthanie où Jésus était accueilli comme un ami pour que là où Il est accueilli, là rayonne le parfum de son espérance, de son amour et de sa résurrection pour tous ceux et celles qui ont part à ce corps et ce sang du Christ Res­suscité.

 

 

AMEN

 

 
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