AU FIL DES HOMELIES

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LE PARFUM

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 12, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de Carême – C

(4 avril 1998)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

P

our nous tous, et plus spécialement pour ceux qui sont venus prier pour les défunts de leur famille, dont les obsèques ont été célébrées récemment dans cette église, nous avons besoin de Dieu, et nous avons besoin de cette proximité de Dieu. Une sorte de besoin viscéral, pas simplement un besoin "d'esprit", un besoin au niveau des idées, mais bien un besoin plus ancré, plus intérieur, plus instinc­tif. Le manque, d'autant plus grand quand il est creusé par le deuil, peut nous amener à crier davantage vers Dieu, à la fois parce que nous nous sentons seuls, et aussi parce que nous nous sentons trop loin de lui.

L'onction dont nous avons entendu le récit aujourd'hui, ce parfum, va encadrer la semaine que nous allons vivre. Dans huit jours, au matin de la Ré­surrection, des femmes reviendront, avec les aromates et les parfums, pour oindre le corps de Jésus. Ce parfum d'aujourd'hui inaugure une manière particulière dont Dieu se rend présent dans nos vies.

Qu'est-ce que c'est qu'un parfum ? C'est un peu de nous... plus léger... un peu de notre odeur pro­longée, comme un message que nous envoyons aux autres, un peu léger, à tout moment, ce parfum ne s'en va pas à une seule personne, mais il s'en va à tous ceux qui passent à côté de nous. Le parfum, c'est quelque chose de nous que nous laissons un peu sortir de nous sans que nous l'adressions à quelqu'un. C'est un peu de nous, dans cette offrande un peu généreuse, nous ne comptons pas, il y a des gens qui se parfu­ment tellement qu'on les sent de loin, et on les sent même après qu'ils soient passés, le parfum, c'est cette imperceptible présence, qui est avant vous et qui est après vous, et que vous ne mesurez pas par une sorte de don. Être là, mais pas simplement avec son corps, mais qui est plus que le corps, une sorte d'enveloppe plus large que nous-mêmes.

Le parfum a une très longue histoire, il y a des moments qui sont terribles, par exemple dans le livre de Suskine, si vous l'avez lu, vous aurez les na­rines remplies des effluves, le livre n'est pas parfumé par lui-même, mais il y a de telles descriptions, qu'on en sort presque suffoqué.

Et, le parfum dans l'antiquité, était tout à fait réservé à Dieu, il y avait deux usages en fait entière­ment séparés : l'usage pour Dieu, et l'usage pour les femmes, et l'on ne mélangeait pas les deux usages.

Pour les femmes, c'est-à-dire les prostituées, la séduction. Et puis, l'usage pour Dieu, c'est l'encens, comme par exemple on le pratique au moment des obsèques, lorsqu'on encense le corps.

Et vous voyez que nous les chrétiens, et c'est Marie-Madeleine qui en a eu l'intuition géniale, nous mettons ensemble le corps et Dieu. En quelque sorte, pour la première fois, par ce geste d'une sensualité au-delà de tout, non seulement elle oint les pieds de Jé­sus, elle les essuie de ses cheveux, ce qui suppose qu'elle les a dénoués, geste éminemment féminin, que donc ses cheveux sont suffisamment longs pour qu'elle puisse effectivement les essuyer avec ses cheveux. Il y a cette proximité du pied et du visage, qui en dit long sur la sensualité qui se dégage de ce désir de femme, ce qui veut dire que Jésus se laisse toucher par cette femme, et joint en ce geste le parfum sacré et le parfum profane, chose absolument étonnante, ce qui veut dire que le corps n'est pas étranger au sacré, il en est le centre.

Plus qu'une sensualité, au travers de la sen­sualité de Marie-Madeleine, il est dit la résurrection de la chair. Au travers de ce geste, de ce symbole qu'elle place à une place inaugurale de la Passion, elle dit que le cœur de la semaine sainte, le cœur de la Passion, c'est le corps, la chair humaine.

C'est pourquoi cet événement encadre toute cette semaine, il qu'il va falloir attendre maintenant le matin de Pâques pour que ces mêmes parfums vien­nent enfin totalement non seulement oindre le corps entier du Christ, mais cet embaumement, ce parfum, c'est le symbolisme même de ceci : quand Dieu s'ap­proche de nous, par les sacrements, il nous embaume de sa présence. Notre corps est fait pour être oint du parfum de Dieu, c'est cela qui est dit !

Nous sommes créés non seulement pour transporter notre odeur humaine, mais pour transpor­ter avec nous quelque chose de si généreux, si vola­tile, que notre cœur est germe de la Résurrection, et qu'il embaumera.

J'imagine qu'au Paradis, nous embaumerons par la chair ressuscitée de ce parfum, parce que vous savez qu'un parfum n'a pas la même odeur sur toutes les personnes, et qu'on choisit, justement en joignant et le parfum et la peau, qui a une alchimie incroyable.

Cela fait le génie des parfumeurs, qui doivent trouver les parfums qui s'accommodent à l'odeur de votre peau. Donc, il y a une jonction, une communion entre votre propre odeur, l'odeur de votre humanité, ajoutée à celle de Dieu, symbolisée par cette onction qui est celle de Dieu, qui vient non pas pour annuler votre odeur, mais vient l'embellir : un parfum qui donne une sorte de beauté supplémentaire à votre propre odeur pour que les autres vous reconnaissent.

Ainsi, le parfum que Marie-Madeleine a ré­pandu avec tant de liberté sur les pieds de Jésus, geste qui choque tellement Judas, je pense que la phrase importante, et je vais terminer par là c'est, deux phra­ses : "La maison s'emplit de la senteur du parfum" à cause de la profusion, de la générosité d'un tel geste.

Et la deuxième phrase : "mais moi, vous ne m'aurez pas pour toujours". C'est-à-dire qu'il y a Dieu qui remplit la maison, comme jadis la Gloire de Dieu remplissait le Temple de Jérusalem, maintenant, Dieu remplit notre maison de sa présence.

 

 

AMEN

 

 
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