AU FIL DES HOMELIES

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UN GESTE PROPHÉTIQUE

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 12, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de carême – C

(27 mars 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Olympie : Vase à parfum

 

F

rères et sœurs, ce petit texte dans l'évangile de saint Jean a un rôle que je qualifierais de "charnière". Il se passe à Béthanie qui était pour ainsi dire le quartier général de Jésus. Comme vous le savez, il considérait que sa vie était en danger à Jérusalem et régulièrement, pour ne pas être arrêté la nuit (ce qui arrivera peu de jours après), il allait à Béthanie de façon incognito et comme cela, on ne savait pas trop où il logeait, et on ne pouvait pas l'arrêter. Cela sent déjà l'atmosphère du complot.

D'autre part évidemment, c'est le lieu où Jésus a accompli le plus grand de la série des signes des miracles qui font la première partie de l'évangile de Jean. Toute cette première partie de l'évangile johannique est une succession de miracles dont les plus connus sont la multiplication des pains, la guérison du paralytique de Bethesda, l'aveugle-né et enfin, la résurrection de Lazare. Par conséquent, du point de vue de l'articulation on comprend très bien que Marie fasse ce geste un peu démesuré : après tout, Jésus avait rendu Lazare à ses sœurs.

La première motivation de la démarche de Marie qui a toujours ce sens de la gratuité, de l'écoute de la parole, du service du Seigneur de façon très attentive, c'est ce geste d'ailleurs un peu teinté d'érotisme dans une civilisation comme celle-là, elle est d'une reconnaissance folle, elle est follement amoureuse de celui qui a ressuscité Lazare. Elle fait ce geste dans la perspective même de ce qui s'est accompli quelques jours plus tôt. C'est pourquoi l'on dit que les juifs venaient de jour à Béthanie pour voir Jésus, et aussi pour voir Lazare. Tout est imbriqué, et de même qu'on a la veine du complot et de la discussion chez le grand-prêtre Caïphe qui petit à petit resserre l'étau, de même on a la veine de la manière dont Jésus conduit les événements vers la résurrection à travers ce geste de l'onction de Béthanie.

La complication de la situation se noue au moment de la réflexion de Judas, qui elle non plus, n'est pas du tout un hasard. Judas critique le geste de Marie de Béthanie en disant que ces trois cents deniers pourraient être placés bien mieux que dans ce gâchis un peu ostentatoire que vient de faire Marie en brisant le vase d'albâtre et en versant le contenu sur les pieds de Jésus. On voit déjà se profiler ce motif d'argent qui sera le moyen de la transaction pour la trahison.

C'est à ce moment-là que Jésus donne lui-même le sens de l'événement : c'est en vue de ma sépulture et de ma résurrection. Jésus montre que Marie a compris aussi parfaitement que possible la signification de la résurrection de son frère. A partir du moment où Jésus a ressuscité Lazare, il mérite évidemment, par reconnaissance, de recevoir ce parfum, mais Jésus dit qu'il lui a été donné plus dans ce geste : il lui a été donné d'être prophète. C'est cela l'onction de Béthanie, le geste de Marie comme prophète qui oint les pieds de Jésus parce qu'il a ressuscité Lazare son frère. Elle proclame ainsi qu'il est la Résurrection. Elle oint ses pieds quand il est encore vivant, pour manifester qu'il restera vivant.

C'est le dernier point d'accrochage entre ces différents événements qui se suivent dans le récit : Marie au matin de Pâques essaiera encore d'attraper les pieds de Jésus, et Jésus lui dira que maintenant, la résurrection, c'est encore autre chose. C'est une sorte de fil rouge qui va de la résurrection de Lazare jusqu'au matin de Pâques, en passant précisément par cette onction de Béthanie qui est le point d'accrochage entre le déroulement des signes qui ont été donnés par Jésus durant son ministère, puis, la Passion qui constitue le deuxième volet de l'évangile de Jean, et finalement, le récit de Résurrection lorsque Marie essaie d'étreindre les pieds de Jésus.

 

 

AMEN

 

 
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