AU FIL DES HOMELIES

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TOUT EST DANS LES PIEDS !

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 12, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de carême – C

(7 avril 2001)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

E

lle prit un parfum de nard très pur, elle oignit les pieds de Jésus et elle les essuyait avec ses cheveux".

Pourquoi les pieds ? Cela peut vous paraître étonnant de poser la question, mais frères et sœurs, avez-vous déjà regardé les publicités pour les par­fums ? Les avez-vous analysées ? Pas simplement regardé ce qui ne coûte pas cher, mais les avez-vous analysées ? A mon avis, il y en a de trois sortes, moi personnellement, cela m'intéresse beaucoup les publi­cités sur les parfums. La première sorte sur laquelle je ne vais pas épiloguer, c'est le "parfum exotisme", drogue, en gros si vous voulez, Cham Chara, Chali­char ... c'est-à-dire le parfum qui vous fait aller ail­leurs, généralement en Inde, avec toute la mythologie hindoue. Je n'insiste pas, c'est le parfum comme une sorte d'étrangeté, comme une sorte de transposition de sa personnalité, c'est le côté "schizoïde" du parfum. La deuxième série plus intéressante, c'est le "parfum corps". Alors là évidemment, tout est permis, et je m'étonne quand je vois certaines pubs sur les pan­neaux "Decaux" sur les boulevards, qu'il n'y ait pas plus d'accidents de la route, parce qu'on sent que c'est ciblé d'une façon extrêmement forte. Ce n'est pas très sûr que le parfum corps soit présenté ainsi pour faire acheter les dames, c'est plutôt destiné aux achats des messieurs ! Mais en tout cas, cela vise quelque chose de très très précis et qui n'est pas nécessairement d'un très haut niveau. La troisième catégorie des publicités de parfums, c'est le "parfum visage". C'est générale­ment la publicité la plus intelligente. Je ne mets pas de nom parce que je ne suis pas payé pour faire de la pub pour les parfums, mais il est vrai que là, le par­fum est l'expression de la personnalité, et c'est pour­quoi généralement, le visage est très beau, ou à la mode, il y a eu une époque où il y avait un sosie de Sophie Marceau qui a fait un tabac, en tout cas, on vise autre chose, c'est le parfum source de commu­nion, source d'échange, source de regard, source d'une profonde compréhension entre ceux qui s'aiment. Or là, la scène que nous décrit Jean ne rentre pas dans ces catégories : ici, c'est le "parfum pieds". Je ne sais pas si on suggérait aux publicistes de faire une pub par­fum pieds ce que cela donnerait, je n'en ai jamais vu, vous pouvez éventuellement vous essayer et voir ce que cela donnerait.

Mais pourquoi les pieds ? Je crois qu'il y a une raison très précise. C'est parce que dans l'évangile de Jean, Marie-Madeleine, la sœur de Lazare, je ne sais pas si c'est parce qu'elle est un fétichiste, mais en tout cas, elle très branchée sur les pieds. Quand Jésus arrive pour la mort de Lazare, elle arrive et elle se jette à ses pieds. Et même si dans l'évangile de la Ré­surrection, il ne nous dit pas que Marie essaie d'attra­per les pieds, c'est quand même comme cela qu'on a toujours imaginé la scène, rappelez-vous cette magni­fique fresque de Fra Angelico à San Marco, où effec­tivement Marie-Madeleine essaie d'attraper Jésus par les pieds et c'est de cette manière que généralement on interprète le "Nolli tangere". Mais je dois dire honnêtement, qu'à ce moment-là saint Jean ne men­tionne pas les pieds de Jésus, il dit seulement :"ne me touche pas".

Je crois que les pieds ont ici un rôle très pré­cis. Les pieds c'est ce qui touche terre, les pieds c'est l'incarnation, cela peut paraître bizarre, mais c'est comme cela. En effet, si vous regardez dans la grande tradition de l'Ancien Testament, comment décrit-on la présence de Dieu sur la terre : c'est que l'Arche d'Al­liance à Jérusalem est l'escabeau des pieds, c'est le lieu où les pieds de Dieu touchent par terre. Pour les anciens, la visite de Dieu se fait par ses pieds. Donc l'Arche d'Alliance est l'escabeau du trône, où reposent les pieds de Dieu. Et je crois que Marie, la sœur de Lazare, si elle oint les pieds de Jésus, c'est parce qu'elle sait que les pieds sont le lieu même, le moyen même de l'Incarnation, du contact de Jésus avec la terre. C'est pour cette raison qu'elle a cette magnifique intuition, je pense que ce n'est pas simplement parce que Jésus pendant le repas est couché et que ses pieds sont la partie de lui-même qui est la plus accessible, ni non plus d'ailleurs une interprétation qui serait malveillante disant que c'est parce que les pieds au­raient le plus besoin de parfum, je crois que ce ne serait pas très gentil pour Jésus, mais c'est parce que pour Marie, dans sa théologie, dans sa manière dont elle appréhende à ce moment-là le mystère du Christ, c'est que les pieds de Jésus, c'est qui Lui a permis à la fois de venir sur terre, de marcher sur terre, et d'entrer en contact avec nous. Vous savez qu'il y a un très bel écho de ce mystère des pieds de l'Incarnation dans saint Paul, qui voulant expliquer la manière dont s'annonce l'évangile dit ceci : "Comment peuvent-ils croire s'ils n'ont pas d'abord entendu, comment peu­vent-ils entendre si on ne leur a pas annoncé, com­ment peut-on annoncer, s'il n'y a pas d'envoyés ?" Et il cite un texte d'Isaïe : "Qu'ils sont beaux (et ont tra­duit d'une façon un peu policée, un peu naphtaline) les pas de ceux qui sur les montagnes vont annoncer la Bonne Nouvelle". Or, c'est "qu'ils sont beaux les pieds ... "on s'extasie devant les pieds des missionnai­res. Les pieds sont la chair qui porte la Parole. Je pense que c'est cela le sens même de l'onction de Bé­thanie, c'est que Marie saisit à ce moment-là que les pieds du Christ sont les porteurs du trésor de l'évan­gile, et par conséquent, c'est aux pieds qu'elle rend hommage.

Je pense que cette vision des choses peur un petit modifier notre appréhension publicitaire du par­fum, mais aussi notre appréhension de la Parole de Dieu, et cela peut aussi modifier notre appréhension du mystère de l'Incarnation de Jésus.

Je dirais : "Tout est dans les pieds".

 

 

AMEN

 

 
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