AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'ONCTION EN VUE DE LA SÉPULTURE

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 12, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de carême – B

(12 avril 2003)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

I

l est des passages d'évangile, toujours plus tou­chants que d'autres, et l'onction de Béthanie fait partie de ces beaux passages que l'on aime pres­que naturellement à méditer, à contempler.

Ce passage peut aussi révéler au-delà de tout ce que nous disons d'habitude sur la symbolique du parfum, ce passage nous révèle comme le nœud liturgique que nous sommes en train de vivre. De manière assez concrète, l'Eglise vit quasiment chronologiquement, au jour le jour, la Pâque du Seigneur. Ce passage de l'onction de Béthanie, est juste avant l'entrée de Jésus à Jérusalem, alors qu'Il va être acclamé par la foule rameaux en main, c'est exactement ce que nous allons célébrer demain. Le texte dit : "Six jours avant la Pâque". Il s'agit bien également de ce que nous allons célébrer du Jeudi saint, jusqu'au dimanche de la Résurrection, avec cette Pâque du Seigneur qui culmine lorsque Jésus mourant sur la croix meurt en même temps que les agneaux sacrifiés au temple, pour la Pâque.

Il y a donc dans la liturgie chrétienne une mise en œuvre temporelle de l'action même du Christ, de l'œuvre même du Salut. L'Église ne fait pas de la mise en scène, mais elle entre véritablement avec le Christ dans sa Pâque. On pourrait même imaginer qu'aujourd'hui, pourquoi pas, on pourrait faire au der­nier jour de ce carême, qui précède l'entrée de Jésus à Jérusalem, ce signe de l'onction, du parfum. En même temps, il y a une chose assez étonnante dans cet acte de l'onction de Béthanie. Il y a une profondeur du geste fait par Marie, que Jésus révèle, Il dit : "Elle le fait en vue de ma sépulture". C'est donc un geste qui prédétermine ce qui va réellement se passer, un geste qui marque qu'effectivement, il y a les signes avant-coureur déjà de la Pâque qui se réalisent dans le cœur de ceux qui sont avec Jésus, même s'ils n'en connais­sent pas toutes les répercussions. Et quand on pense d'ailleurs que c'est le geste de la sépulture, on pourrait dire qu'avec le geste de l'onction de Béthanie, le tout est accompli et vrai, puisque justement, les saintes femmes allant au tombeau le matin de la Résurrection ne pourront pas faire ce geste de l'ensevelissement avec le parfum répandu sur les pieds, elles n'en ont pas eu le temps. Donc, même si ce geste n'a pas eu lieu après la mort du Christ, il a été déjà accompli et le Christ l'a lu comme la Pâque qui commençait. Au­trement dit, la Résurrection a précédé toute l'œuvre du salut. La vie et la grâce s'inscrivent déjà dans des gestes, même si ce sont des gestes de deuil, même si ce sont des gestes de mort.

On peut penser ainsi que tous les actes de l'humanité depuis la création sont rachetés, sont rem­plis déjà de la vie de Dieu, montrant par là que le dessein du salut de Dieu s'étend à tous les lieux, comme à tous les temps. Depuis le début, nous som­mes faits pour la vie, pour la résurrection, pour la grâce du Seigneur. Mais en même temps, il faut qu'il y ait action, il faut que cela se passe, il faut qu'il y ait Pâque, pour que le Christ emplisse désormais de sa vie, tout ce que nous réalisons. Ainsi nous sommes bien baptisés à la fois passant de cette mort, et déjà remplis de toute la vie. Ainsi, nous sommes bien l'Église peuple de Dieu en marche, qui quitte tout esclavage pour entrer déjà en Terre Promise. Ainsi, aujourd'hui, dans notre action liturgique, comme presque dans la chronologie, dans l'espace que nous saloons vivre dans la semaine sainte, notre monde, comme notre temps, sont déjà rachetés.

 

AMEN


 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public