AU FIL DES HOMELIES

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LA PRÉSENCE SILENCIEUSE D'UN PARFUM

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 12, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de carême – C

(3 avril 2004)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

L

a maison s'emplit du parfum". J'aurais voulu méditer ce samedi qui précède les Rameaux, sur cette petite phrase. Celle maison, elle a été remplie quelques jours auparavant par des cris et des larmes. Des cris et des larmes parce qu'un frère bien-aimé est mort, et face à cette mort, deux sœurs qui ont réagi chacune différemment, l'une dans l'espérance d'une résurrection future, et l'autre dans une sorte de révolte vis-à-vis de cette mort et jetant d'ailleurs cette révolte à la face de Jésus.

C'est un petit peu comme si ces sentiments qui nous habitaient vis-à-vis de la mort, de la souf­france du monde, c'était ce que nous avions développé dans ce temps du carême, à la fois, tiré d'un côté entre ce que nous savons, c'est-à-dire : Dieu nous aime, Il va nous sauver, nous avons confiance en Lui, oui, peut-être un jour … et tiraillés de l'autre côté par une pression dans notre vie, dans notre société, dans nos problèmes, face à ce que nous n'avons pas choisi, face à la mort, face à la faiblesse, et puis cette maison qui est la nôtre, notre esprit, notre communauté, à quel­ques heures du début de cette semaine sainte, cette maison devrait laisser le silence s'y installer, et au-delà du silence, y laisser une présence différente, non pas une présence de nos bruits, de nos cris, mais la présence d'un parfum. En effet, ce parfum, c'est quel­que chose que l'on ressent avant même l'arrivée de la personne. Je ne sais pas si vous avez déjà fait cette expérience, vous n'avez pas encore entendu la per­sonne arriver, vous ne l'avez pas encore vu, mais déjà vous savez qu'elle arrive parce que vous respirez son parfum. De même quand cette personne part, cette odeur reste, c'est la présence invisible du parfum.

Je crois que c'est cette attention que le Christ nous demande au cours de cette semaine sainte. Peut-être, comme Marie, de faire un peu un bilan sur nos cris et nos larmes, et de découvrir qu'au cœur de nos cris et de nos larmes, le Seigneur est celui qui est déjà venu planter une graine de vie, et qu'alors, ce que nous avons à lui apporter, c'est bien peu de chose, c'est tout simplement notre silence, notre vie, et aussi de nous reconnaître pécheurs, ce qui est déjà beau­coup. C'est cette attention simple d'être aux pieds du Christ et de laisser alors le parfum comme se retour­ner, c'est-à-dire que cette fois-ci, ce parfum est pris par le Christ, il va être transformé par lui, et ce sera le parfum de la semaine sainte. Je suis toujours étonné de voir que dans la Passion, le Christ est silencieux. Dans la Passion et face à la mort, le Christ n'est pas celui qui tient de grands discours, comme en faisaient Marie et Marthe, vis-à-vis de Jésus. Dans la Passion le Christ, d'une certaine manière, comme Marie, Il a cette présence, Il passe au milieu des hommes, dans sa liberté, et Il laisse cette présence silencieuse.

Frères et sœurs, essayons de rentrer dans cette Passion du Christ, le cœur peut-être un peu plus apaisé, essayons aussi dans le cœur de nos familles, dans les deuils qui nous ont abîmé, de refaire ce geste de Marie, venir aux pieds du Christ, y déposer déjà nos remerciements. Pourquoi ? Parce que Dieu nous a déjà donné beaucoup par nos défunts. Ces défunts sont associés à ce parfum, ils ne sont pas présents visiblement, et pourtant, ils nous habitent, ils prient pour nous et ils nous tirent vers le Père.

 

 

AMEN

 

 
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