AU FIL DES HOMELIES

Photos

LES PARFUMS DE BÉTHANIE

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 12, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de carême – A

(16 avril 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Vase de grand prix (Musée d'Olympie)

 

F

rères et sœurs, parmi les sens que nous avons, le sens olfactif est le sens qui nous met le plus en présence de l’autre et qui en même temps est pour nous le plus difficile à s’exprimer. Nous avons toute une palette de vocabulaire pour la vue, pour l’ouïe, mais quand on arrive au sens olfactif, c’est beaucoup plus compliqué. C’est pour cela qu’il y a des gens qui suivent des cours en œnologie pour essayer de trouver les bons mots afin d’exprimer ce qu’ils ressentent quand ils sentent le parfum d’un bon vin.

Je trouve assez intéressant qu’en ce jour, presque le dernier jour de carême, à l’ouverture de cette semaine sainte, nous ayons une méditation sur l’odeur. C’est ce qui est l’expérience la plus immédiate et en même temps c’est ce qui est le plus difficile à expliquer. Vous aurez remarqué qu’entre dimanche dernier avec la mort de Lazare : « il sent », il est là depuis plusieurs jours, et aujourd’hui samedi, cette odeur qui se répand en ce même lieu, et cette fois, cette odeur de parfum, il nous est proposé de méditer sur la Passion du Christ à travers notre sens olfactif.

Le parfum dans l’Antiquité, c’est ce qui est offert aux dieux, qui monte, et qui disparaît. Et en même temps avec la mort de Lazare, c’est ce parfum de la mort. En quelque sorte, et c’est paradoxal, l’expérience de Dieu, l’expérience de la mort sont assez proches puisque c’est ce qui saute le plus au nez, et en même temps ce sont les expériences pour lesquelles on a le moins de vocabulaire pour s’exprimer. Ce sont les deux choses les plus difficiles au monde, l’expérience de la mort et l’expérience de Dieu. Comme dans un raccourci saisissant Béthanie est le lieu même où s’exprime à la fois le parfum de la mort, et le parfum de la résurrection.

Dans cette semaine sainte que nous allons vivre, nous pourrions être simplement saisis par le parfum d’une mort injuste, d’un innocent et de rester comme saisis par cette expérience de la mort sur laquelle nous n’arrivons pas toujours à mettre des mots, ce n’est qu’un innocent de plus, et il y a encore des innocents qui meurent aujourd’hui dans notre monde. En même temps, il y a ce geste prophétique de cette amie de Jésus qui en oignant les pieds de Jésus montre d’abord que maintenant le parfum de Dieu n’est pas quelque chose d’évanescent qui monte dans le ciel loin de la condition humaine, mais d’une manière paradoxale, le parfum s’attache, s’imprègne dans ce qu’il y a de plus humain c’est-à-dire la chair, et de plus humain de la chair, c’est-à-dire les pieds, ce qui est sur le sol.

C’est ce à quoi nous allons assister au cours de cette semaine sainte, à la fois l’affirmation de la divinité du corps de Jésus et en même temps l’affirmation de la divinisation du corps de tout homme. C’est cette semaine sainte dans laquelle on va renouveler comme presque en concurrence ces deux parfums, comme ces deux parfums à Béthanie : le parfum de la mort dont je faisais mention tout à l’heure, avec le vendredi saint, et en même temps, ce parfum entêtant qui marque déjà le corps de Jésus avant même son arrestation qui est le parfum de la résurrection, mais un parfum qui n’est plus réservé au Dieu seul, même plus le Dieu qui est là-haut, mais le Dieu incarné, et aussi un parfum qui est promesse pour notre propre résurrection.

Frères et sœurs, même si au cours de cette semaine sainte il nous arrivera quelquefois de ne pas trouver les mots pour comprendre ce que nous vivons, et pour saisir ce grand mystère de la mort et de Dieu, laissons-nous simplement conduire par ce parfum de Béthanie entêtant qui va nous suivre tout au long de la semaine sainte et qui se révèlera d’une manière éclatante lors de la résurrection du Christ et lors de notre résurrection à chacun d’entre nous.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public