AU FIL DES HOMELIES

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L'EAU ET LE PARFUM

Jr 15, 10-11+15-21 ; Jn 12, 1-11

Samedi de la cinquième semaine de carême – B

(31 mars 2012)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Vase aussi précieux que le parfum …

 

F

rères et sœurs, et vous la famille de Guy et de Jeannine, vous venez d'entendre une première lecture qui est très difficile à entendre, peut-être encore plus aux oreilles d'une mère, d'un homme qui regrette d'avoir été né. Il faut se remettre dans le contexte. Ce pauvre Jérémie affirme aux juifs, alors que Nabuchodonosor est en train d'assiéger la ville de Jérusalem, qu'il faut se rendre. Jérémie pense que la mission qu'il a reçue de Dieu est impossible à réaliser. Il est écartelé entre ce que Dieu lui demande et la réalité politique et concrète et il dit : "Dieu est pour moi comme un ruisseau trompeur aux eaux décevantes".

C'est quelque chose que nous avons tous expérimenté, parce que très souvent, et c'est normal, Dieu est avant tout quelqu'un qui nous donne un message d'espérance, d'amour, qui nous permettrait d'aller de l'avant, de construire quelque chose. Or, et ne serait-ce qu'à travers la mort physique qui nous touche tous, nous avons envie de dire à Dieu qu'il passe son temps à nous dire qu'il nous délivre de la mort, qu'il est à côté de nous, et alors ? Nous sommes cependant frappés par la maladie, la souffrance et la mort. Que reste-t-il de cette parole de Dieu ? Comment s'accomplit-elle ? Car la parole dans ce cas-là, elle est comme un ruisseau trompeur aux eaux décevantes mais l'eau c'est aussi la mort.

Dans l'évangile, il y a une autre parole, très belle, très poétique. Cette femme qui prend un parfum d'huile et de nard de grand prix et qui va en oindre les pieds de Jésus, essuyer les pieds de Jésus avec ses cheveux, et le texte nous le dit : "Et la maison s'emplit de la senteur du parfum". Ici, on est passé de l'eau qui est le lieu de la déception, qui est aussi le lieu de la mort, à autre chose qui est le parfum. La différence entre l'eau et le parfum sur la peau de l'homme, c'est que l'eau ruisselle mais ne pénètre pas. Mais le parfum avec l'huile pénètre la peau. Je tiens à souligner cette différence parce que au moment où nous allons entrer dans cette semaine sainte, et pour les intentions qui sont les vôtres, la mort, c'est l'eau. La mort frappe, certes, mais elle n'atteindra jamais le cœur du projet de Dieu pour les hommes.

Le parfum, c'est Dieu. Le parfum, c'est la rencontre entre cette odeur extrêmement ténue, qui est capable de rencontrer l'homme dans son physique, de rentrer en lui pour venir comme changer l'homme à l'intérieur de lui-même. Le parfum, c'est Dieu parce que nous avons autant de mal à nous exprimer sur la nature de Dieu qu'à nous exprimer souvent sur un parfum. C'est très difficile, il y a des gens qui sont expérimentés, des gens qui ont un vocabulaire précis et qui sont capables de dire ce qu'ils perçoivent du parfum. Il faut se rendre à l'évidence, très souvent nous sommes aussi démunis devant l'odeur d'un bon parfum, que lorsque nous voulons essayer de parler un tant soit peu de Dieu.

Je crois que c'est pour cela que le parfum, c'est Dieu. Ce parfum, Dieu ne se le réserve pas à lui seul. Il veut le donner, le communiquer aux hommes. C'est la raison pour laquelle il est venu sur terre. En communiquant à travers l'Incarnation et à travers tout ce qu'il a pu vivre auprès des hommes, le corps du Christ a eu la même fonction que le parfum mélangé d'huile et de nard qui pénètre et qui transforme le corps de l'homme.

En fait, nos défunts sont aussi comme un parfum. A la fois extrêmement ténus, et vous le savez, quand on rentre dans une pièce qui a été occupée par telle ou telle personne, ce qui reste de cette personne, c'est bien souvent son parfum, cette odeur que nous avons du mal à expliquer et à y mettre des mots, et c'est cela qui est la personne. Cela peut nous sembler ténu et en même temps dans le cœur de Dieu, le parfum et l'huile signent la rencontre entre Dieu et l'humanité.

Frères et sœurs, nos défunts sont comme un parfum, car au moment même où ils sont partis, souvent bien trop tôt, ce qu'ils nous laissent, c'est plus que des souvenirs. C'est comme l'eau, la vie, c'est comme un parfum, parce que la vie de nos défunts elle a pénétré en nous jour après jour, année après année, et malgré la mort qui a frappé, la vie de nos défunts nous tient toujours au corps et est toujours à l'intérieur de nous-même.

Qu'au début de cette semaine sainte, pour toutes les intentions qui sont les nôtres, la mort qui nous a frappé de près, mais aussi la contemplation du Christ qui s'avance librement vers sa Passion, que cette image du parfum et de l'huile soit pour nous l'occasion de découvrir que c'est la manière dont Dieu a voulu faire alliance avec nous, pour rester auprès de nous, en nous, et que le Seigneur associe tous nos défunts à travers cette fonction qui est celle du parfum et de l'huile, c'est-à-dire à la fois cette présence et cette pénétration au cœur même de notre vie.

 

AMEN

 

 

 
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