AU FIL DES HOMELIES

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S'ENTENDRE DIRE : TU ES AIMÉ DE DIEU

Jr 20, 14-18+7-13

(11 avril 2003)

Homélie du Frère Yves HABERT

C

e soir, vous êtes conviés à venir vous réconcilier à l'église, toutes les églises de la ville seront ouvertes. Vous pourrez aller trouver un prêtre et vous réconcilier. C'est vrai qu'on aurait pu multiplier les tracts, on aurait pu faire des affiches en couleur, utiliser je ne sais pas quel logiciel pour faire des choses extraordinaires, passer avec des voitures haut-parleur dans toutes les rues de la ville comme pour pouvoir annoncer la venue d'un cirque. Mais je crois que dans la foi chrétienne, ce n'est pas de faire, ce n'est pas de pratiquer, ce n'est pas de faire telle ou telle chose, mais c'est vraiment de comprendre l'intérêt de la confession, de comprendre ce qu'il y a de proprement génial dans la confession et que l'on ne retrouve nulle part ailleurs.

       C'est le texte de Jérémie qui m'a mis la puce à l'oreille, quand Jérémie dit : "Tu m'as séduit, et je me suis laissé séduire". Je crois que nous sommes un peu comme ces jeunes amoureux un peu transis, et un peu naïfs aussi dans l'amour naissant, quand cet amoureux s'imagine qu'elle va m'aimer, avec toutes ces qualités que j'ai, j'essaierai d'être meilleur, elle ne verra pas que finalement, je suis un peu rapace, que finalement, je ne suis pas si bien que cela, puis, je m'améliorerai peut-être à son contact, non, elle ne le verra pas, ce n'est pas possible qu'elle le voie. Moi je dis aux fiancés, l'amour véritable commence quand on aime vraiment la personne en face de soi telle qu'elle est, avec ses qualités, avec ses défauts, avec tout ce qui fait sa vie.

       Nous, devant Dieu on est un peu comme cela, on n'aime pas paraître non apprêté, on voudrait présenter à Dieu seulement notre beau côté, ce côté présentable, ce petit effort que l'on a fait, cette pièce qu'on a pu glisser dans la main d'une personne à la rue, cette émotion qui nous a saisi en écoutant un bout de grégorien. On voudrait présenter nos petites affaires comme cela, et puis on va se dire que Dieu va s'en contenter, voilà, c'est cela qu'il cherche en fait, qu'on lui présente un visage à peu près convenable de l'homme de la femme que je suis. Je crois que non, ce n'est pas du tout cela. Ce qui intéresse vraiment Jésus à la croix, ce pourquoi Il est venu, ce n'est pas la cigarette qu'on n'a pas fumé, mais c'est vraiment nous-même, tel que l'on est. Nous-même avec ce côté merveilleux, et ce côté aussi tellement fragile, tellement pauvre, tellement pécheur.

       Etre aimé tel que l'on est. Une fois dans sa vie, se situer devant quelqu'un, Dieu, et s'entendre dire que l'on est aimé tel que l'on est, que l'on est aimé jusque-là, même jusque dans ce péché, et comprendre en fait que tout coopère à la grâce dans notre vie, et pas seulement ces deux ou trois petites œuvres que l'on peut présenter, pour lesquelles on est à moitié fiers, se présenter devant Dieu surtout avec son péché, tout coopère à la grâce, même le péché, rajoute saint Augustin. S'entendre dire que l'on est aimé tel quel. Là on rentre vraiment dans l'immense amour de Dieu pour nous. Si nous avons tellement de mal à comprendre l'amour de Dieu pour nous, c'est peut-être parce que nous ne nous réconcilions pas souvent, pas assez, que nos confessions ressemblent souvent à des justifications de notre vie alors qu'au contraire, la confession, c'est vraiment déposer le paquet, sans faire de tri, déposer le paquet au pied de la croix et tout donner à Dieu. Pour qu'il nous enfonce ? Non, pour qu'Il nous libère, qu'il nous en arrache, pour qu'il nous donne une joie que personne ne peut nous donner.

 

       AMEN

 

 
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