AU FIL DES HOMELIES

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QU'UN SEUL HOMME MEURE

Jr 20, 7-18 ; Jn 11, 45-57

Vendredi de la cinquième semaine de Carême – A

(13 avril 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

'évangéliste a une lucidité étonnante sur ce qui a dû se passer dans la décision de faire mourir le Seigneur Jésus. D'ailleurs, les juifs, aussi, dans le conseil tenu autour de Caïphe, étaient d'une lucidité étonnante.

Quand ils tiennent conseil, ils font un premier constat qui est bien vrai : "Si nous laissons cet homme faire beaucoup de signes, tous croiront en Lui, les romains viendront et ils supprimeront notre lieu saint et notre nation." Ce raisonnement n'est pas gratuit. Il reflète exactement la situation du peuple juif sous l'occupation romaine, et c'est ce qui se passera à peine quarante ans plus tard, pour quelqu'un qui n'a pas fait de signes, qui a simplement organisé des menaces révolutionnaires, qui n'avait sûrement pas l'envergure de Jésus de Nazareth. Et pourtant les romains qui, en l'an 70, avaient des empereurs assez pacifiques, ont pensé qu'il était nécessaire d'envoyer des troupes et de faire disparaître le peuple juif.

Par conséquent, lorsque les grands prêtres tiennent conseil et qu'ils disent : "Si nous laissons le Christ susciter cette adhésion de foi qu'Il a déjà commencé à faire lever au milieu du peuple, il est certain que notre peuple va y passer tout entier", c'est ce qui se serait effectivement passé. A ce moment-là, le peuple juif, en croyant massivement à Jésus, aurait accompli, de façon définitive, sa destinée messianique. C'est exactement cela la raison pour laquelle le Christ était venu. Il était venu pour accomplir les promesses. Il était venu pour Israël, et si Israël, à ce moment-là, avait pour ainsi dire, basculé de Jésus, cela aurait pu se terminer par une sorte de carnage affreux, dans lequel le Christ serait mort en véritable Messie de son peuple, non pas renié par son peuple, mais son peuple entrant dans la Pâque à la tête des nations et mis à mort par elles.

En réalité, ce qui s'est passé, et c'est le sens de la prophétie de Caïphe, c'est que le peuple n'a pas voulu s'engager sur sa destinée messianique. Lorsque Caïphe qui parle au nom de tout le peuple car il était grand-prêtre, dit : "Vous n'y entendez rien. Vous ne songez pas qu'il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour tout le peuple et que la nation entière ne périsse pas." Il ne s'agit pas simplement d'un calcul politique. Il s'agit d'un refus d'entrer dans le véritable sens de la destinée messianique qu'Israël avait reçue depuis Abraham et plus spécialement en David. Alors Dieu, pour ainsi dire, modifie son dessein en fonction de la désobéissance du peuple.

Si le peuple ne veut pas entrer dans sa destinée messianique, alors, si je puis dire, il faut changer de tactique. Et le Christ, selon la parole prophétique de Caïphe, va mourir, comme le dit saint Jean, non seulement pour tout le peuple, car c'est bien pour le peuple de la Promesse qu'Il versera son sang, mais aussi pour toutes les nations. Ce qui, dans le cas où Israël aurait répondu à l'appel du Christ, aurait dégénéré en un carnage où Israël aurait été mis à mort avec son Messie, par les nations c'est-à-dire par les Romains, voici que la situation est renversée. C'est le Christ seul qui va endurer le combat et le conflit, de la part des juifs et des romains réunis. C'est un renversement d'alliance. Le Christ attendait que son peuple manifeste vraiment qu'il était le peuple du Messie, mais à partir du moment où ce peuple le refuse, automatiquement, Il se met du côté des païens. Mais Dieu ne peut pas laisser ni son peuple, ni les païens, perdus dans leur péché. A ce moment-là, Il donne sa vie pour tous.

C'est pour cela que saint Jean dit : "Il est mort pour rassembler les enfants de Dieu dispersés", ce mot "dispersé" désignant précisément le fait que juifs et païens se sont dispersés dans le mal, ont perdu leur vocation, et plus spécialement pour le peuple juif, sa vocation messianique.

Au moment où nous entrons dans le mystère de la Passion, essayons de réaliser à quel point est grand le dessein de Dieu pour nous. Au moment même où nous le renions, et à ce titre-là même si nous sommes nous aussi du peuple messianique de l'Église, à certains moments nous renions notre destinée profonde, le Seigneur veut quand même ouvrir son cœur et son amour plus largement, pour contourner nos desseins de dispersion et d'anéantissement de nous-mêmes. C'est cela même le salut.

 

AMEN

 
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