AU FIL DES HOMELIES

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LA GLOIRE DE DIEU

1 R 19, 8 b-13 a ; Lc 9, 28 b-36

Vigiles du deuxième dimanche de carême – A

(15 mars 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Aix-en-Provence : Église Saint Jean-Baptiste

C

 

omme les disciples étaient bien éveillés, voici qu'il virent sa gloire !" Frères et sœurs, puisque nous entrons dans la nuit, je vous propose de méditer quelques instants sur cette expérience extraordinaire qu'ont dû faire les disciples, ce jour-là, sur la montagne : voir la gloire de Dieu. Vous l'avez remarqué, la gloire, cela ne fait pas peur ! mais cela fait plutôt entrer dans une sorte de paix qui s'apparente au sommeil. Cela apaise complètement le cœur de l'homme. Une sorte de sentiment qu'on n'est plus tout à fait soi-même et qu'on est comme en train de sombrer dans le sommeil. C'est seulement après que les disciples ont peur, quand la nuée lumineuse s'empare d'eux et les couvre de son ombre. A ce moment-là, ils ont peur parce qu'ils se sentent pris et engagés dans un destin qu'ils ne dominent pas, dans une aventure qu'ils ne connaissent pas, et dont ils pressentent, obscurément que, lorsque Jésus parlait avec Moïse et Elie de son Exode, c'était aussi d'exode qu'il est question, lorsqu'ils vont entrer et être pris dans la nuée, d'un départ, d'une marche en avant, qui doit avoir quelque chose de terrible.

Mais, revenons à la gloire. La gloire de Dieu, pour les disciples, ne fut pas quelque chose d'effrayant, parce qu'au contraire, la gloire ne peut apporter qu'une seule chose, une sorte de grand bonheur qui vous prend, qui vous saisit, et qui vous donne l'impression d'une communion, d'une joie profonde, de quelque chose qui vient d'ailleurs. Je crois que, nous avons, nous, quelque pressentiment de la gloire de Dieu dans la création. En effet, la gloire de Dieu resplendit dans toute la création. C'est pourquoi nous chantons : "Les cieux chantent la gloire de Dieu et l'œuvre de ses mains, le firmament l'annonce ". Il y a, dans toute chose, un reflet de gloire. Et surtout, il y a dans tout être, et dans l'être humain tout particulièrement, qui est ce reflet le plus beau et le plus grand, parmi les choses visibles, de la gloire et de l'amour de Dieu, il y a sans doute, là, le reflet de ce qui peut nous approcher le plus du mystère de la gloire.

Il vous est sûrement arrivé une fois ou l'autre, et même très souvent, de vous pencher sur le visage d'un petit enfant. D'abord, il n'y a pas, sur le visage d'un enfant, ces souffrances ou ces luttes, ou ces marques du péché qui endurcit notre être, qui nous creuse des rides, et qui nous défigure toujours un peu. Sur le visage d'un enfant, il n'y a rien de tout cela. Et surtout, ce qui est surprenant, dans le visage d'un petit enfant, c'est qu'habituellement il est dans une grande paix, il n'y a jamais ou rarement de crispation, de contracture. Et tout à coup, dans cette paix, peut apparaître ce que nous appelons un sourire. C'est peut-être ce qui peut nous faire comprendre ce que c'est que la gloire. La gloire, c'est cette réalité qui fait qu'une chose n'est pas simplement ce qu'elle est, qu'elle est un petit plus que ce que nous pourrions en percevoir, qu'elle est une sorte de resplendissement et d'éclat qui jaillit uniquement de ce visage d'enfant que nous contemplons et pourtant qui révèle infiniment plus, comme l'embryon d'une vie intérieure, une lumière de désir et de joie, un feu dans le regard.

Tout ceci, c'est au niveau de la créature, l'image, le pressentiment de la gloire de Dieu. Or, c'est sans doute quelque chose comme cela qu'ont dû vivre les disciples à ce moment-là. On ne nous dit pas que Jésus a été transformé, on ne nous dit pas qu'Il a été métamorphosé, on ne nous dit pas qu'Il a été changé. On nous dit qu'Il a été transfiguré. Que sa figure humaine, que sa réalité humaine a livré infiniment plus que ce que les disciples, au fil des jours, pouvaient en pressentir et en percevoir. Et c'est cela la gloire ! C'est le fait, qu'à ce moment-là, quelque chose qui était toujours dans le secret du cœur de Dieu, quelque chose qui était toujours dans la vie même de Jésus, à ce moment-là, comme une sorte de sourire, s'est manifesté aux disciples.

Cela ne pouvait avoir qu'un seul sens : manifester aux disciples qui était vraiment Jésus pour eux. Il est extrêmement significatif que la transfiguration se situe six ou huit jours après la confession de Pierre à Césarée. "Qui dites-vous que je suis ?" Et Pierre, dans le silence et l'aveuglement de la foi avait dit immédiatement, "Seigneur, Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !" Or le Christ lui avait dit : Ce ne sont pas tes yeux de chair qui t'ont révélé cela. Par toi-même, tu n'aurais jamais pu comprendre cela. Mais c'est mon Père qui a été, pour ainsi dire, la parole de ta bouche, et qui t'a fait proclamer le mystère de la foi. Or, ce jour-là, Pierre avec Jacques et Jean voient que la foi, leur foi ne peut pas être déçue et ne peut pas être trompée. Car, à ce moment-là, avec des yeux de chair, ils voient l'éclat de la gloire de Dieu, le sourire de Dieu.

En voyant ce sourire, ils entendent parler de la mort, de l'exode. C'est-à-dire que, au cœur même de cette tendresse de Dieu se manifeste la vulnérabilité de Dieu. Ce rayonnement de lumière et de gloire, ce n'est pas quelque chose de dominateur et d'écrasant, c'est un Dieu présent, offert, donné, livré, acceptant déjà sa mort à Jérusalem. Au fond, peut-être qu'au moment où le Christ mourra le vendredi saint, les disciples se souviendront que ce corps pendu à une croix, apparemment comme un malfaiteur, apparemment dans une déchéance absolue, ce corps est en réalité le corps de gloire et que ce qui est crucifié, à ce moment-là, c'était le sourire de tendresse de Dieu. Et c'est peut-être seulement, à ce moment-là, qu'ils ont pu comprendre ce que voulait dire le pardon et la réconciliation.

Il s'est peut-être produit, dans leur cœur, ou leur mémoire, comme ce que nous appelons en photographie une surimpression, c'est-à-dire deux clichés qui se fondent et qui fondent leur lumière, leurs couleurs l'un par rapport à l'autre. Dans la croix, ils ont contemplé la lumière infinie et ce sourire qui jaillissait de la chair crucifiée de Dieu. C'était vraiment l'accomplissement de la Transfiguration, car alors, c'était vraiment l'exode.

 

AMEN

 
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